[Brèves] « Mes chats sont comme mes enfants » : comment expliquer le lien fusionnel entre humain et animal ?

La relation entre l’humain et l’animal de compagnie est difficile à décrire, loin d’être liée à une simple dépendance. Les mécanismes physiologiques à l’œuvre laissent à penser que, comme beaucoup de propriétaires l’affirment, chiens, chats et autres compagnons sont réellement des membres de la famille, probablement capables de nous aimer en retour.

Une petite fille heureuse auprès de ses chats et de son chien.
Une petite fille heureuse auprès de ses chats et de son chien. | ALEKSANDR – FOTOLIA

Plus qu’un compagnon de vie, l’animal de compagnie est souvent considéré comme un membre de la famille. D’autant plus quand il en fait partie depuis longtemps. La relation entre un enfant et un chien qui ont grandi ensemble est d’ailleurs souvent proche de celle des frères et sœurs. Il est intéressant de noter que les enfants uniques connaissent des conflits fraternels avec eux, du type : “maman, le chien m’a volé mon jouet !”, remarque Marcel Rufo, pédopsychiatre.

« Ça y est, la famille est enfin au complet ! »

En grandissant, le lien entre l’humain et l’animal ne perd pas de son intensité. La relation fusionnelle que Maëva, 32 ans, entretient avec son poney, elle la doit au combat qu’elle a mené pour qu’il survive, maltraité et mal nourri par une gérante d’écurie. Pendant deux semaines, la Bretonne, alors mère d’un bébé de deux mois, a fait 45 minutes de route de nuit, pour soigner et nourrir en douce Sunday, qui ne lui appartenait alors officiellement qu’à moitié.

Son animal tenait difficilement debout dans un box de 9 m², sur 20 centimètres de fumier. Deux semaines de cauchemar : l’odeur, les rats, la boue, les chevaux enfermés dans le noir qui n’ont plus la force de se mouvoir, raconte-t-elle. Quand elle est enfin parvenue à faire constater les maltraitances et être autorisée à ramener le poney chez elle, son mari s’est exclamé : Ça y est, la famille est enfin au complet !

Un enfant sur un poney, fidèlement suivi par le chien. | OUEST-FRANCE

Une petite fortune en frais médicaux

Certains propriétaires affirment même aimer leurs animaux comme leurs propres enfants, qu’ils en aient ou non, et sont prêts à tous les sacrifices. Ainsi, Zorg et Gallifrey ont beau coûter une petite fortune en frais médicaux, Aurore, 28 ans, paye ce qu’il y a à payer, quitte à manger des pâtes à tous les repas s’il le faut. Pour cette Costarmoricaine, les deux matous font partie de ma famille bien plus que les humains de ma famille que je n’ai pas choisis. Je les considère comme mes enfants, tout en respectant leur train de vie de chat.

Ce que l’on éprouve pour un animal est en effet assez similaire à ce que l’on peut ressentir pour son enfant. Des chercheurs japonais ont comparé en 2015 la réaction de propriétaires face à leur chat ou leur chien à celle de parents face à leur progéniture. On constate la même caractéristique physiologique du lien : la sécrétion d’ocytocine, l’hormone de l’attachement, explique Sarah Jeannin, psychologue et éthologue au sein d’Animal Academy.

Comment l’expliquer, alors que nos espèces peinent à communiquer ? Il y a une part de projection. L’animal est le seul individu du foyer qui, a priori, ne nous juge pas, ne nous fait pas de reproche, ne nous ment pas. Il ne dégage que du positif. En outre, la présence d’un animal fait baisser le taux de cortisol, l’hormone du stress de façon bien plus importante qu’un proche.

Attention aux dérives

Les deux professionnelles mettent cependant en garde contre les dérives d’un attachement trop fort. Certains propriétaires font de l’anthropomorphisme et ne respectent pas les besoins de l’animal. J’ai eu en consultation une femme végétarienne qui nourrissait son dogue allemand de tofu. Il a fini hospitalisé dans un état grave, se souvient la docteure en éthologie.

D’autres finissent parfois par développer une haine de l’humain, poursuit-elle. Dans certains mouvements de protection animale, on va par exemple faire preuve de compréhension lorsqu’un chien mord, chercher les traumatismes qui l’y ont poussé, mais condamner à l’inverse très facilement une personne qui en agresse une autre, sans réfléchir à ce qu’elle a vécu.

L’attachement à l’animal se traduit de façon instinctive, notamment lorsque l’on s’adresse à nos compagnons. « On va adopter une voix plus aiguë, articuler davantage, comme on le ferait face à un nourrisson, observe Pauline Delahaye, zoosémioticienne. C’est un réflexe archaïque visant à faciliter l’apprentissage du langage par les plus petits qui perçoivent mieux les fréquences aiguës. »

Nous aiment-ils ?

Notre compagnon ressent-il les mêmes émotions à notre égard ? L’étude japonaise le laisse à penser : les chats et chiens, seuls observés jusqu’ici, sécrètent la même hormone de l’attachement. Pour autant, Pauline Delahaye reste prudente. « On ne peut jamais affirmer avec certitude qu’un autre être nous aime comme nous l’aimons, qu’il soit de la même espèce ou pas. Mais les troubles, dépressions ou dépérissements observés en refuge chez des mammifères abandonnés tendent à croire que les animaux peuvent ressentir l’amour. »

Les comportements de protection des chiens ne sont pas des conditionnements, mais des marques d’affection profonde. Pour le canidé, il est clair que les humains avec lesquels il vit font partie de sa famille.

Quant aux félins, réputés plus mystérieux, c’est un peu différent. Il n’existe à notre connaissance pas d’autres cas d’animaux solitaires qui vivent avec des animaux sociaux. Nous ne sommes pas non plus certains que ce ne soit pas eux qui nous aient domestiqués, plutôt que l’inverse. Mais il y a à l’évidence une vraie volonté de communiquer avec nous. Les chats miaulent rarement entre eux.