[Société] Les collectivités territoriales appelées à accélérer la mise en place du compostage à grande échelle


Alors que les ménages apprivoisent progressivement la pratique du compostage, les collectivités doivent généraliser son usage d’ici à fin 2023 pour respecter les objectifs fixés par la Commission européenne.

Des membres de l’association La Tricyclerie fournissent en déchets organiques un compost, à Nantes, en 2017.

Le 1er juillet, quatre places de stationnement ont été transformées en bornes d’apport volontaires de biodéchets (déchets alimentaires) dans le 14e arrondissement de Paris. Les bacs à compost ont été construits en quelques semaines à la demande de l’association de quartier Les Hyper Voisins, qui regroupe plus de 15 000 adhérents.

Une transformation à visée écologique pour ces riverains et à portée symbolique pour la Ville de Paris, dont la maire, Anne Hidalgo, souhaite réduire la place de l’automobile en ville. « Ce projet tripartite, association-entreprise-collectivité, va être testé pendant six mois. L’installation s’est faite très rapidement et on a déjà trois fois plus d’entrées que prévu », raconte Cyrielle Callot, directrice générale de la start-up Les Alchimistes, qui organise la collecte et le recyclage des biodéchets de professionnels et de plus en plus de ménages.

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A l’image de Paris, les projets d’installation de bacs à compost partagés se multiplient dans les communes françaises. A Amiens, l’association Les Recyclettes, dont les services de collecte de biodéchets étaient originellement destinés aux restaurateurs, a mis en place début 2020 trois composteurs partagés, à la demande de riverains. « Quand on a commencé à exister sur les réseaux sociaux, beaucoup de particuliers nous ont contactés pour nous demander de collecter leurs biodéchets. On s’est rendu compte qu’il y avait un véritable besoin », explique Olivia Beaujot, cofondatrice de l’association.

Les déchets alimentaires (épluchures, aliments non consommés, etc.) représentent 30 % de la poubelle des ménages

Aujourd’hui, les déchets alimentaires (épluchures, aliments non consommés, etc.) représentent 30 % de la poubelle des ménages, d’après l’Agence de la transition écologique (Ademe) et finissent souvent en décharge ou incinérés. Une méthode que Pauline Debrabandere, responsable du programme « territoire » de l’association Zero Waste France, juge insensée. « A l’incinération, on brûle des aliments gorgés d’eau, comme la salade, qui en est composée à 90 %. C’est totalement paradoxal », explique-t-elle. L’incinération des déchets produit des gaz à effet de serre (GES) qui participent au réchauffement climatique lors du processus de combustion.

La mise en décharge des biodéchets pollue aussi : le compactage des déchets alimentaires dans un environnement sans oxygène entraîne leur fermentation, créant ainsi des conditions favorables à l’émission de méthane dans l’atmosphère. Au contraire, la valorisation des déchets alimentaires par le compostage permet de faire retourner au sol ces matières organiques, les transformant en un produit semblable au terreau permettant de nourrir les sols.

Résultat d’une volonté politique

Si l’implantation de zones de compostage peut se faire sous l’impulsion d’associations, elle est également le résultat d’une volonté politique. « C’est le cas des collectivités pionnières en la matière, comme Besançon ou Lorient, explique Pauline Debrabandere. Souvent, c’est lié à un problème de fermeture de décharge. Des collectivités se sont donc posées, il y a déjà dix ou vingt ans, les questions qu’on se pose aujourd’hui. »

Des alternatives sont développées pour prendre en charge la collecte des biodéchets, comme la distribution de composteurs individuels, l’installation de bacs partagés ou la mise en place d’une collecte séparée, comme c’est le cas aujourd’hui pour le verre. Rennes, par exemple, compte aujourd’hui plus de cinq cents sites de compostage partagé. Mais on est encore loin d’une généralisation sur le territoire.

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Pourtant, à compter du 31 décembre 2023, toutes les villes européennes devront proposer une solution de tri des biodéchets à leurs habitants, dans le cadre de l’application du « Paquet économie circulaire » défini fin 2017 par le Parlement européen et les Etats membres. La France a retranscrit cet objectif dans la loi antigaspillage pour une économie circulaire, votée début 2020. « La réglementation européenne nous impose d’aller vite. C’est pour cela que le mandat des maires de 2020 à 2026 est central », déclare Pauline Debrabandere.

Un processus d’implantation assez long

La « vague verte » lors des élections municipales du 15 mars et du 28 juin laisse présager un regain d’attention. Que ce soit Lyon, Strasbourg, Montpellier ou Marseille, plusieurs villes semblent prêtes à s’engager dans cette voie. Pour ces métropoles, Pauline Debrabandere prône des solutions de compostage partagées : « C’est beaucoup plus facile à mettre en place face à une telle densité et c’est moins cher que la distribution de composteurs individuels. On estime qu’un bac à compost partagé revient à 9,50 euros par habitant par mois à la collectivité. En plus, il y a tout un côté social lié à la pratique du compostage », avance-t-elle.

« Globalement on sent qu’il y a une envie. Il y a un nombre croissant d’appels d’offres pour accompagner des municipalités sur des études de faisabilité pour implanter des nouvelles zones de compostage partagées », s’enthousiasme Cyrielle Callot.

Les municipalités font face à de nombreux freins qui les éloignent des objectifs fixés pour la fin 2023. La France a accumulé du retard par rapport à ses voisins européens

Mais les municipalités font face à de nombreux freins qui les éloignent des objectifs fixés pour la fin 2023. D’abord, la France a accumulé du retard par rapport à ses voisins européens. « Aujourd’hui, on n’est pas à la hauteur. On estime qu’à peu près 30 % de la population française a accès à un dispositif de tri à la source. Et seulement 6 % par le biais d’une collecte séparée en porte-à-porte ou en apport volontaire », explique Chloé Mahé, chargée d’accompagner les collectivités dans la mise en place de collectes séparées de déchets alimentaires au sein de l’Ademe. A l’inverse, en Italie, Milan fait figure d’exemple puisqu’elle collecte entre 70 % et 80 % des biodéchets de ses habitants.

Entre l’étude de faisabilité, le déploiement et l’expérimentation, le processus d’implantation d’une zone de compostage est assez long, surtout dans une commune novice en matière de tri des biodéchets. « Quand on est sur des agglomérations de 400 000 ou 500 000 habitants, on ne peut pas généraliser une mise en place en moins de trois ou quatre ans. L’échéance de 2023 sera déjà dépassée », explique Chloé Mahé.

Finalement, le manque d’information et de communication sur la thématique du compostage empêche une vraie appropriation de cette méthode par les ménages. « Les collectivités ont souvent mis à disposition un simple guide, alors qu’il faudrait mettre en place une initiation et un suivi pour que ça fonctionne », explique Jean-Jacques Fasquel, formateur en compost et auteur du livre Composter en ville (Rustica, 2018).

Un constat que Pauline Debrabandere corrobore : « Il faut que la collectivité s’implique dans la gestion, le suivi, l’installation. Ce n’est pas seulement mettre en place le composteur en lui-même, c’est vraiment assurer son fonctionnement avec une personne. C’est là que ça pêche aujourd’hui. »