[Brèves] TÉMOIGNAGES. Chats, chiens, vers de terre… Leur phobie des animaux leur gâche la vie



Clémence, Caroline et Manon sont respectivement phobiques des chiens, des chats, et des vers de terre. Elles sont conscientes que leur peur est disproportionnée mais n’arrivent pas à lutter contre la panique qui les envahit quand elles voient ces animaux et elles nous racontent comment cela perturbe leur vie au quotidien.

Crises d'angoisse, peur panique... La phobie des animaux peut perturber fortement la vie quotidienne de ceux qui la subissent.
Crises d’angoisse, peur panique… La phobie des animaux peut perturber fortement la vie quotidienne de ceux qui la subissent. | ILLUSTRATION ALAÏS RASLAIN

Changer de route en apercevant un pigeon, ne pas supporter de voir un serpent en photo, paniquer dans le métro quand un chien s’approche… La zoophobie, la phobie des animaux et insectes, est courante. Et selon l’animal concerné, elle peut être plus ou moins handicapante.

Clémence, 24 ans, et Caroline, 30 ans, respectivement phobiques des chiens (cynophobie) et des chats (ailurophobie), y sont confrontées au quotidien. Aucune des deux ne sait réellement ce qui a pu déclencher cette peur irrationnelle.

La cause d’une phobie n’est en effet pas facile à identifier : elle peut être due à un traumatisme, un parent peut la transmettre à son enfant en ayant des réactions inadaptées face à un animal ou une situation… Selon la psychiatre Christine Mirabel-Sarron, « une dizaine de raisons neurobiologiques, neuropsychologiques et génétiques amènent à être phobique », et plusieurs de ces raisons peuvent se cumuler.

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« Mes parents ont l’impression que j’ai toujours eu peur, alors que je n’ai jamais été mordue ou attaquée, confie Clémence, originaire de Rennes. D’après un psychologue que j’ai consulté et qui m’a confirmé qu’il s’agissait d’une phobie, le fait d’avoir vu mes parents pas très rassurés face aux animaux et d’avoir été « protégée » (en étant portée sur leurs épaules par exemple) quand j’avais peur d’un chien pourrait être une piste. »

« Voir un chat en photo me met mal à l’aise »

Du côté de Caroline, sa phobie des chats est apparue quand elle avait 8 ans. « Pourtant, plus jeune, j’avais des chatons et je n’en avais pas peur. En revanche, j’étais terrorisée par les chiens ! » Un jour, elle se rend chez sa tante, qui a un chat : « Je me rappelle être entrée dans l’appartement, avoir vu le chat et avoir eu super peur. » Elle nous répète l’histoire que sa mère lui a racontée, sans savoir si cela est lié à sa phobie : « Quand elle était enceinte de moi, à deux jours d’accoucher, un oiseau est rentré dans ce qui serait ma future chambre. Il a tapé tous les murs, ça a mis du sang partout et il est mort à ses pieds. Sous le choc, elle s’est directement rendue chez le médecin qui lui a dit qu’il y avait un risque que son bébé ait la phobie des animaux, que ça avait sûrement déclenché un truc. »

La phobie est bien ancrée chez la gestionnaire e-commerce : elle ne peut pas être dans la même pièce qu’un chat et change de chemin quand elle en repère un dans la rue. Même en voir en photo ou en vidéo la met mal à l’aise. « Le problème, c’est qu’il y a des chats partout, constate Caroline. Beaucoup de mes amis en ont : du coup, je ne vais pas chez eux, sauf s’ils enferment leur chat dans une pièce. Même là, je ne suis pas sereine : quand j’arrive dans l’appartement, je vérifie que la porte ferme bien, je garde un œil dessus… »

La jeune femme anticipe autant que possible : avant de se rendre dans un endroit qu’elle ne connaît pas, elle demande systématiquement s’il y a un chat et prévient de sa phobie. « Souvent, ça fait rigoler, et c’est vrai que c’est risible, mais les gens sont plutôt compréhensifs. Je pense que j’en avais beaucoup plus honte quand j’étais jeune : je racontais que j’étais allergique. »

Un chat sur son paillasson

Mais pas toujours possible d’échapper à sa pire peur : « Un soir, j’ai entendu des miaulements. Je pensais que le chat était dans la cour de l’immeuble. Le lendemain matin, ça miaulait encore. Quand j’ai ouvert ma porte pour sortir, j’ai vu que le chat s’était installé sur mon paillasson, au pied de chez moi, alors qu’il y avait plein d’autres tapis dans le couloir ! Complètement paniquée, je me suis enfermée chez moi et j’ai dû appeler une amie pour qu’elle vienne le déloger. J’étais incapable de sortir autrement. » 

Caroline a aussi passé des vacances mémorables en 2017, lors d’un court séjour sur l’île de Koh Phi Phi en Thaïlande : « En arrivant, j’ai très vite constaté qu’il y avait des chats partout. Mon stress a un peu cassé l’ambiance de ces trois jours. Je ne voulais pas aller dans les restaurants typiques car ils étaient ouverts aux chats et privilégiais plutôt des restaurants ultra-touristiques où les gérants les repoussaient un peu. J’allais à la plage car il y avait de l’eau et ils venaient moins. Dès que possible, je préférais être dans ma chambre : un comble compte tenu des paysages magnifiques de l’île ! »

« Ce n’est pas qu’avoir peur »

Clémence rencontre les mêmes difficultés avec sa peur panique des chiens, qui se manifeste principalement lorsqu’il peut y avoir un contact : « J’ai moins peur si je sais qu’il ne peut pas m’atteindre », explique-t-elle. La jeune femme se prive parfois de se rendre chez des amis s’ils ont des chiens, et, adolescente, refusait de partir en colonie de vacances par peur d’en croiser.

Impossible pour elle de passer une journée sans y penser. « Je suis tout le temps sur mes gardes. Je sais que sur mon trajet pour aller au bureau, à Paris, il y a un monsieur qui promène trois chiens sans laisse. Ça me motive à partir un petit peu plus tôt pour éviter de tomber sur lui. » Les transports en commun sont aussi source d’inquiétude : « Quand je suis dans le métro et qu’il y a un chien, je change de place. Un matin, en me rendant au travail, je me suis retrouvée dans une rame bondée. Un homme est rentré avec son chien et je ne pouvais pas bouger. J’ai fait une crise de panique et je suis arrivée au boulot mal en point », se rappelle la chargée de recrutement.

L’entourage de la jeune femme est au courant de sa phobie : « Les gens autour de moi savent que j’ai peur, je peux difficilement le cacher. Mais souvent, ils pensent que j’ai juste peur et ne se rendent pas compte que c’est une phobie. Ce n’est pas qu’avoir peur : quand un chien approche, je panique, je pleure, je n’arrive pas à respirer ni à me contrôler. »

Elle confie toutefois avoir des amis très prévenants : « Surtout quand ils m’ont déjà vu faire une crise, sourit-elle. Ils anticipent pour moi. Cet été, je suis partie en randonnée avec mes amies. Quand elles marchaient devant et croisaient un chien, elles demandaient à leurs maîtres de le tenir devant moi. »

« Mon frère me courait après avec des vers »

Manon, 24 ans, peut, elle, compter sur ses collègues, plus compréhensifs que sa famille face à sa phobie des vers de terre (anthelmophobie). « Elle est apparue quand j’avais 7 ans, raconte-t-elle. Un jour, il y a eu une averse. En allant récupérer ma corde à sauter qui était sur la terrasse, j’ai vu un énorme truc gris sur le sol. Mon père a la phobie des serpents, et sur le coup, j’ai cru que ça en était un. Il me répétait toujours que c’était dangereux. Je me suis donc mise à hurler, mais en fait, c’était juste un gros ver. » 

Selon elle, c’est comme cela que sa phobie des vers de terre a débuté. « Par contre, je n’ai pas la phobie des serpents, précise-t-elle. Après cet épisode, mes parents trouvaient ça très drôle de laisser mon frère me courir après avec des vers de terre dans la main, alors que j’étais vraiment en panique. Ça a alimenté ma phobie. »

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Crise de panique au boulot

L’assistante en post-production essaie de venir à bout de sa phobie seule, en regardant des images et des vidéos de vers de terre. « Ça allait un peu mieux. Mais il y a deux ans, mon petit frère m’a fait une blague, en me touchant avec un bâton et en disant : « Attention, c’est un ver de terre ». Je suis repartie de zéro. » Sa peur, bien réelle, dépasse sa famille : « Ils me disent que c’est idiot et que les vers de terre ne font pas peur, que ce n’est pas dangereux. Je le sais bien mais quand j’en vois, je ne me contrôle pas, ça ne passe pas par la case réflexion dans mon cerveau », explique-t-elle.

La phobie impacte son quotidien à elle aussi : « Entre chez moi et le tramway, il y a un endroit avec de la terre. Quand il pleut, j’appréhende toujours de prendre le tram, par peur qu’il y ait des vers de terre. Même les voir en photo, ça me fait une sensation dans mon corps très désagréable, c’est presque douloureux. »

Et cela va parfois jusqu’à la crise de panique. La dernière en date, c’était il y a quelques semaines, à son travail. « Mon bureau est situé au rez-de-chaussée et a une porte vitrée qui donne sur un jardinet. Il pleuvait, je regardais par la fenêtre et je vois un ver de terre qui est sur la petite terrasse du jardinet. J’ai hurlé, je suis allée me cacher dans le bureau de mes collègues à côté, et l’un d’eux a dû aller l’enlever de là. »

L’hypnose pour vaincre la phobie

Si, comme l’explique la psychiatre Christine Mirabel-Sarron, la plupart des personnes phobiques des animaux arrivent à vivre avec leur peur, Caroline et Manon envisagent de suivre, un jour, une thérapie pour en venir à bout. Clémence, elle, a déjà sauté le pas il y a quelques années, quand elle a compris que cela prenait une très grande place dans sa vie : « Je me suis rendu compte que ça pouvait vraiment me pénaliser quand j’ai cherché mon premier job étudiant. J’ai fait un essai dans un bar où je devais faire du service en terrasse. Des gens étaient installés avec des chiens : j’étais incapable de traverser la terrasse avec le plateau de boissons ou d’aller les servir. Même mon choix de métier est contraint par cette peur ! » 

Ses parents l’avaient déjà emmenée, enfant, voir un psychologue et un magnétiseur, sans grand succès. « Ce n’était pas vraiment ma décision, alors que pour venir à bout d’une phobie, je pense qu’il faut que ça soit à l’initiative de la personne concernée », avance Clémence.

Elle décide de tester l’hypnose à 19 ans. « J’ai fait quatre ou cinq séances et à ma grande surprise, j’étais réceptive. » La praticienne lui lance des défis entre les séances. « Par exemple, à la fin de la première séance, elle m’a demandé d’essayer de ne pas changer de trottoir la prochaine fois que je croiserais un chien dans la rue. Un jour, elle m’a dit qu’elle aimerait que je prenne un chien dans mes bras. J’ai trouvé le plus petit chiot dans mon entourage et ses maîtres l’ont fait courir dans le jardin pour que, quand je le prenne, il soit tout endormi », raconte-t-elle.

Clémence remarque qu’elle fait des progrès mais arrête les séances d’hypnose quand elle déménage. « Je pense que ça serait bien que je reprenne, admet-elle. Parce que je me dis que quand j’aurai des enfants, si j’ai toujours cette phobie, ça sera très compliqué : quand je fais une crise, plus rien de ce qui se passe autour de moi ne compte. »