[Santé] Les vitamines : des alliées inestimables pour une bonne santé physique et mentale


La découverte des 13 vitamines que nous connaissons aujourd’hui (A, D, E, K, B1, B2, B5, B6, B8, B9, B12, et C), de leur structure chimique, de leurs nombreuses propriétés et effets sur le métabolisme, est une longue et passionnante histoire qui s’étale sur plus d’un demi-siècle, de 1887, date de la découverte de la vitamine B1 (Thiamine), par le biologiste hollandais Christian Eijkman, jusqu’à la découverte de la vitamine B9 (Acide folique), dont le rôle-clé dans l’anémie macrocytaire des femmes enceintes fut mis en évidence en 1930 par la grande hématologue britannique Lucie Wills, mais qui ne fut chimiquement identifiée qu’en 1941.

Il est impossible de passer ici en revue l’ensemble des études récentes concernant les effets bénéfiques de certaines vitamines dans la prévention d’une multitude de pathologies organiques, mais également neurodégénératives ou psychiatriques. Néanmoins, quelques-unes de ces études méritent d’être évoquées.

En mai 2020, une étude britannique, portant sur 20 pays européens, a constaté un lien entre les niveaux de vitamine D et les cas de COVID-19 (voir a.r.u.). Ce travail, dirigé par Lee Smith de l’Université Anglia Ruskin, a montré une nette corrélation entre les niveaux moyens de vitamine D, le nombre de cas de COVID-19 et les taux de mortalité. La vitamine D aurait cet effet protecteur en limitant la production de cytokines inflammatoires.

Ces recherches ont notamment montré qu’en Italie et en Espagne, pays ayant eu, au regard de leur population, une mortalité très élevée due à la COVID-19, on observe des taux moyens de vitamine D inférieurs à ceux de la plupart des pays du nord de l’Europe. L’explication réside dans le fait que les habitants les plus âgés du sud de l’Europe évitent de s’exposer de manière intensive au soleil ; en outre, la pigmentation plus foncée de la peau dans ces pays méditerranéens réduit également la synthèse naturelle de la vitamine D. L’étude souligne qu’on trouve, en revanche, des taux moyens de vitamine D les plus élevés dans les pays du nord de l’Europe, en raison des habitudes alimentaires, telles que la consommation d’huile de foie de morue et de suppléments de vitamine D, et d’une exposition accrue au soleil. Or, les pays scandinaves, Finlande, Danemark, Norvège (à l’exception notable de la Suède pour d’autres raisons) sont parmi les pays d’Europe où le nombre de cas de COVID-19 et le taux de mortalité par habitant sont les plus faibles. « Nos travaux montrent une relation significative entre les niveaux moyens de vitamine D et le nombre de cas de COVID-19, et en particulier les taux de mortalité par COVID-19, considérés proportionnellement à la population, dans les 20 pays européens », indique Lee Smith.

Il y a quelques semaines, début mars, une étude réalisée par l’Ecole des sciences de la vie de l’Université d’Hiroshima (Japon) a confirmé les bénéfices de la vitamine B6, que l’on trouve dans de nombreux aliments, pour renforcer notre système immunitaire et prévenir les formes les plus graves de la Covid-19 (Voir Frontiers in Nutrition). Ces recherches rappellent que la vitamine B6, qui exerce un effet protecteur contre les maladies chroniques telles que les maladies cardiovasculaires et le diabète en diminuant l’inflammation et le stress oxydatif, est également en mesure de diminuer les risques de développer une forme grave de Covid-19. L’étude souligne également le lien entre thromboses (coagulation du sang) et gravité de la Covid-19, en précisant que la vitamine B6 possède des vertus anti-thrombotiques.

La vitamine D joue également un rôle majeur en matière de prévention et de protection contre de nombreuses pathologies. Une méta-analyse portant sur 2 367 personnes a par exemple montré en 2018 que les personnes déficientes en vitamine D étaient moins bien protégées contre deux souches de grippe après avoir été vaccinées que celles qui avaient des niveaux de vitamine D adéquats (Voir NCBI). D’autres recherches ont montré que l’administration quotidienne de suppléments de vitamine E aux personnes de plus de 65 ans augmentait la quantité d’anticorps qu’elles produisaient après avoir été vaccinées contre l’hépatite B et le tétanos.

Une autre étude publiée en février dernier par le Centre de recherche contre le cancer d’Heidelberg a montré, de manière saisissante, que, si tous les Allemands de plus de 50 ans prenaient des suppléments de vitamine D, on pourrait éviter jusqu’à 30 000 décès par cancer par an, et gagner plus de 300 000 années de vie (Voir FEBS PRESS). Selon ce travail, une supplémentation en vitamine D serait associée à une réduction du taux de mortalité par cancer d’environ 13 %. « Compte tenu des effets positifs potentiellement significatifs sur la mortalité par cancer, nous devrions chercher de nouveaux moyens de réduire la carence en vitamine D largement répandue dans la population âgée en Allemagne », estime M. Brenner, qui a dirigé cette étude. Celui-ci souligne qu’en Finlande, pays où certains aliments sont enrichis en vitamine D, le taux de mortalité par cancer est inférieur de 20 % à celui de l’Allemagne, ce qui constitue un écart considérable pour deux pays ayant un niveau économique et médical comparable.

L’étonnant pouvoir protecteur de la vitamine D en matière de cancer a également été mis en lumière par une autre étude américaine très solide, portant sur 25 800 patients, publiée en novembre 2020 (Voir JAMA Network). Ces recherches, effectuées par des scientifiques du réputé Hôpital Brigham and Women’s de Boston, ont montré qu’une supplémentation en vitamine D pouvait réduire l’incidence des cancers avancés et métastatiques. Les participants à cette étude, qui s’est étendue sur sept ans, de 2011 à 2017, étaient des hommes de 50 ans ou plus et des femmes âgées de 55 ans ou plus qui ne souffraient, initialement, ni de cancer ni de maladie cardiovasculaire. Certains ont reçu une supplémentation en vitamine D, d’autres une supplémentation en Oméga-3 et un groupe a reçu un placebo. Dans le groupe ayant reçu de la vitamine D, le nombre de cancers graves qui se sont déclarés pendant la durée de l’étude a été inférieur de 20 % à celui observé dans le groupe-témoin, qui avait reçu un placebo.

Ces études confirment un autre travail effectué en 2018, sous l’égide du Centre de santé publique du Japon, et mené auprès de plus de 33 000 patients issus de 9 régions différentes du pays (Voir The BMJ). Cette étude a montré que la concentration de vitamine D3 dans le sang était inversement associée au risque de cancer. Pour cette étude, des échantillons de sang avaient été prélevés pour mesurer les taux de vitamine D et les patients avaient été divisés en quatre groupes, allant du taux le plus faible au taux le plus élevé de vitamine D. Au cours de l’étude, 3301 nouveaux cas de cancers ont été enregistrés. Après pondération des facteurs de risque de cancer (âge, poids, tabagisme), les chercheurs ont constaté qu’un taux plus élevé de vitamine D diminuait le risque global de cancer. Cette diminution, pour les plus gros consommateurs de vitamine D, était particulièrement marquée pour le cancer du foie, puisqu’elle atteignait 30 %.

Dans ce panorama des effets protecteurs et préventifs des vitamines contre de nombreuses pathologies, il faut bien sûr évoquer la plus connue et la plus médiatique d’entre elles, la vitamine C, découverte au XVIIIème siècle, mais synthétisée seulement en 1934. L’activité anticancéreuse de la vitamine C avait été pressentie et vantée par le grand biologiste américain Linus Pauling, seul, avec Marie Curie, à avoir eu deux fois le prix Nobel (Chimie en 1954 et Paix en 1962). En 2016, une étude américaine réalisée par l’Université de l’Iowa a montré, sur certains cancers du poumon et du pancréas, la meilleure efficacité d’un traitement combinant chimiothérapie, radiothérapie et doses élevées de vitamine C en intraveineuse. Dans cette étude, la vitamine C a été administrée à des niveaux de concentration 100 à 500 fois supérieurs à ceux observés lors d’une prise orale. Les chercheurs ont alors observé que la vitamine C formait du peroxyde d’hydrogène (H2O2), une molécule présente dans l’eau oxygénée, capable de détruire les cellules cancéreuses par différents mécanismes : en créant des dommages à l’ADN, en activant le métabolisme et en inhibant la croissance. Fait remarquable, les cellules normales sont épargnées par ces effets destructeurs car elles possèdent, contrairement aux cellules malades, un haut niveau de catalase, une enzyme qui leur permet de garder des niveaux de vitamine C très bas, en l’éliminant (Voir Science Direct).

Rappelons qu’en 2009, une autre équipe de recherche française avait, elle aussi, pu montrer que l’acide ascorbique (le principe actif de la vitamine C) avait une action inhibitrice sur les gènes impliqués dans la prolifération cellulaire. Ces chercheurs avaient notamment réussi à augmenter sensiblement la durée de vie de souris atteintes de cancer, grâce à un traitement par injection de vitamine C (Voir PLOS). Cette étude, dirigée par Michel Fontès, directeur du laboratoire Thérapie des Maladies Génétiques de l’Université de la Méditerranée à Marseille, avait confirmé les propriétés anti-prolifératives et anticancéreuses de l’acide ascorbique à haute dose.

Mais si certaines vitamines, administrées de manière judicieuse et personnalisées, peuvent participer de manière puissante à la prévention et au traitement de nombreuses maladies graves (cancer, maladies cardiovasculaires, infections virales) elles peuvent également, ce qui est moins connu, avoir un effet bénéfique sur certaines pathologies neurodégénératives et neurologiques. Une récente étude réalisée par des chercheurs allemands de l’Université de Fribourg vient de montrer l’action bénéfique d’un dérivé de la vitamine A, l’acide rétinoïque, sur la santé synaptique et la connectivité du cerveau (Voir eLife). La vitamine A, déjà connue pour stimuler le système immunitaire, se trouve dans certains aliments d’origine animale, dont les produits laitiers, les œufs, la viande et le poisson gras, mais également dans certains fruits et légumes à feuilles. L’équipe du Docteur Andreas Vlachos, de l’Institut d’anatomie et de biologie cellulaire de l’Université de Fribourg, et du Professeur Jürgen Beck, chef du département de neurochirurgie de l’Université de Fribourg, a pu montrer, pour la première fois, que la vitamine A exerçait une action positive sur le maintien de la plasticité synaptique chez l’homme.

Ces recherches ont montré que l’acide rétinoïque augmente non seulement la taille des épines dendritiques, mais renforce également leur capacité à transmettre des signaux entre les neurones humains. Ces travaux montrent donc que les acides rétinoïques sont des médiateurs importants pour la plasticité synaptique dans le cerveau humain, ce qui ouvre de nouveaux champs de recherche thérapeutique pour soutenir ou restaurer la plasticité cérébrale, qui peut être affectée dans de nombreuses maladies touchant le cerveau et le système nerveux.

En 2017, une précédente étude réalisée par des chercheurs canadiens et chinois avait déjà montré (Voir Springer) qu’une carence, même faible, en vitamine A, augmentait le risque de maladie d’Alzheimer. Ces chercheurs de la Chongqing Medical University (Chine) et de l’University of British Columbia (Canada) ont observé que les souris déficientes en vitamine A présentent un développement anormal d’agrégats de protéines caractéristiques de la maladie d’Alzheimer. En outre, la descendance de ces souris présentait des capacités cognitives réduites. Cette étude a également analysé des prélèvements sanguins de 330 participants âgés en moyenne de 77 ans, résidant dans des foyers de soins chinois. Leurs capacités cognitives ont été mesurées grâce à deux échelles d’évaluation, l’ADAS-Cog (Cognitive subscale of the Alzheimer’s Disease Assessment Scale) et la CDR (Clinical Dementia Rating Scale). Les chercheurs ont ainsi pu montrer, en s’appuyant sur des analyses de sang régulières, l’existence d’un lien important entre les niveaux de vitamine A et la déficience cognitive. Ces travaux montrent de manière intéressante qu’une carence même faible en vitamine A favorise le dépôt de la plaque amyloïde chez les souris modèles Alzheimer et conduit à des déficits de mémoire. Les chercheurs préconisent donc la piste d’une supplémentation ciblée chez certains patients, en vitamine A, pour prévenir la maladie d’Alzheimer.

Des recherches françaises menées par l’Inserm, réalisées en 2017, ont par ailleurs montré, sur plus de 10 000 personnes suivies pendant 17 ans, qu’une carence en vitamine D pouvait augmenter sensiblement les risques de développer une maladie d’Alzheimer. Ces travaux ont montré que les participants présentant une carence (25 %) ou une insuffisance (60 %) en vitamine D avaient un risque multiplié par deux de développer une démence et un risque multiplié par près de trois de développer une maladie d’Alzheimer par rapport à ceux ayant un niveau élevé en vitamine D.

En 2013, une vaste étude américaine menée sur 85.000 enfants nés entre 2002 et 2008 par l’Université de Columbia a par ailleurs montré que des compléments de vitamine B9 (dont la carence durant la grossesse augmente sensiblement le risque de malformations du système nerveux primitif de l’embryon), avant et au début de la grossesse, pouvaient réduire de près de 40 % le risque d’autisme du nouveau-né (Voir JAMA Network).

L’ensemble de ces découvertes et recherches récentes nous amènent à modifier profondément la vision scientifique et médicale que nous avons des vitamines. Même si le rôle et l’importance de ces substances dans le bon fonctionnement du métabolisme sont à présent connus depuis des décennies, leur utilité a longtemps été circonscrite à des domaines biologiques et des pathologies bien précises, le plus souvent bénignes. Mais ces travaux montrent qu’en réalité, les vitamines possèdent un immense pouvoir de prévention, pour de multiples maladies et constituent également un immense potentiel thérapeutique, loin d’être entièrement connu et exploité.

Nous savons aujourd’hui qu’une utilisation personnalisée et appropriée des vitamines (c’est-à-dire combinant celles issues d’une alimentation rééquilibrée et celles issues d’une éventuelle supplémentation ciblée, correspondant à une prescription médicale), en fonction bien entendu de l’âge, des antécédents médicaux et du profil génétique du patient, pourrait devenir l’une des clefs de voute de la médecine préventive et prédictive qui s’annonce, et visera en priorité à nous maintenir le plus longtemps possible en bonne santé et en bonne forme physique et psychique.

Alors que notre société est confrontée à un vieillissement accéléré et inexorable, qui risque de se traduire, quels que soient les progrès de la médecine, par une augmentation considérable des pathologies lourdes liées au grand âge, nous devons repenser complètement notre système de santé et nos concepts de soins de manière à prévenir, dès le plus âge, et tout au long de la vie, les maladies les plus graves, qui peuvent être très largement évitées ou retardées pour un coût global bien modeste au regard de nos dépenses de santé qui dépassent les 210 milliards d’euros par an, soit 7 200 euros par foyer français…

Il serait souhaitable que les pouvoirs publics et l’ensemble des acteurs médicaux s’emparent enfin de ce formidable levier que représentent les vitamines, pour l’intégrer pleinement à notre politique de santé et de promotion du bien-être et permettre ainsi de franchir une nouvelle étape décisive dans la production active de la santé pour tous et l’amélioration de notre qualité de vie.

René TRÉGOUËT

Sénateur honoraire

Fondateur du Groupe de Prospective du Sénat

e-mail : tregouet@gmail.com