[Brèves] 5/5 Retour de Nantes en Bretagne : pourquoi le débat revient régulièrement depuis cinquante ans


Bretagne réunifiée : à quoi ressembleraient les Pays de la Loire sans Loire-Atlantique ?

La question demeure secondaire dans le débat sur la Bretagne à cinq départements. Dans cette hypothèse, il faudra pourtant statuer sur le sort des quatre départements restants : Vendée, Maine-et-Loire, Sarthe et Mayenne (2,3 millions d’habitants). Des scénarios de rattachement aux régions voisines circulent. L’hypothèse de ce « démembrement » reste critiquée. Cinquième épisode de notre série sur la réunification de la Bretagne.

Le pont de Saint-Nazaire, le plus long de France, enjambe l’estuaire de la Loire au niveau de Saint-Brévin-les-Pins.
Le pont de Saint-Nazaire, le plus long de France, enjambe l’estuaire de la Loire au niveau de Saint-Brévin-les-Pins. | ARCHIVES

Si le rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne est attendu comme une radieuse perspective côté breton, elle tournerait, chez les voisins ligériens, à un vrai casse-tête. Pour une raison essentielle : le poids écrasant de Nantes et de la Loire-Atlantique, qui représentent à elles seules 37 % des 3,787 millions d’habitants des Pays de la Loire, pour ne parler que des indicateurs démographiques. Quid du sort de la Vendée, de la Mayenne, du Maine-et-Loire et de la Sarthe, dans un territoire devenu exsangue ?

« Ils pourraient en principe en droit, continuer de former une région, répond le politologue nantais Arnauld Leclerc. Mais en termes de population, d’économie, la région serait exceptionnellement faible. On a cherché à faire de grandes régions, à tort ou à raison peu importe d’ailleurs, mais on aurait là une totale exception. Je doute de la viabilité, à long terme, d’un ensemble restreint à quatre départements, dans lequel il manquerait le plus lourd et, géographiquement, celui qui fait le lien avec les autres. »

Le jeu en vaut-il la chandelle ?

« Je peux comprendre, poursuit l’universitaire, la revendication de la prise en compte d’une culture, pour qu’elle bénéficie d’une plus grande reconnaissance par les institutions, c’est tout à fait normal. De là à vouloir reformer une grande région, en démembrant une autre qui, aujourd’hui marche et a trouvé son point d’équilibre et quelque part son identité, ça me paraît très discutable. »

Et la Loire dans tout cela ? Sa partie aval se retrouverait scindée en deux segments. « Une partie du corridor ligérien se reconstituerait sans l’estuaire, observe le géographe Christian Pihet, de l’université d’Angers. Ce qui pose un énorme problème. Parce qu’il y a quelque chose d’important, de métropolitain avec Nantes-Saint-Nazaire, qui a des débouchés sur l’intérieur du territoire national. »

Une des hypothèses propose que, en cas de rattachement de la Loire Atlantique à la Bretagne, les Pays de la Loire soient fondus dans deux régions : Nouvelle-Aquitaine et Centre Val-de-Loire. | INFOGRAPHIE OUEST-FRANCE

Besoin de trancher le débat

Alors quel scénario alternatif pour les départements orphelins des Pays de la Loire ? Il faut reconnaître que la question n’encombre pas le débat public sur la réunification, pas davantage que le sort des 63 % d’habitants ligériens restant (à peine 2,361 millions sur quatre départements). L’éventuel référendum, que de nombreux élus et collectivités appellent de leurs vœux depuis ces derniers mois, ne prévoit pas de leur donner la parole, du moins dans un premier temps. Que la Bretagne réunifiée ait pour conséquence l’amputation des Pays de la Loire n’est clairement pas considéré comme un aspect prioritaire de la question.

Certains souhaitent imposer un référendum pour définitivement trancher le débat. C’est ce que pense Florian Le Teuff, adjoint à la maire de Nantes, délégué aux enjeux bretons. Aux dernières municipales, il figurait sur la liste écologiste et citoyenne. Au sein de la nouvelle majorité municipale, il milite pour la tenue d’un référendum qui aurait une « valeur décisive ».

Florien Le Teuff milite pour la tenue d’un référendum. | LOUISE PAHUN

Après deux premières victoires – l’installation d’un drapeau breton devant la mairie de Nantes et le vote d’un vœu en faveur d’un référendum – il va maintenant piloter l’instance « plurielle » qui va organiser la concertation avec l’État afin de définir les modalités concrètes du référendum. Car tout reste encore à définir : le périmètre de la consultation, la date du scrutin, la question posée. Florian Le Teuff n’imagine pas que le référendum se limite à la Loire-Atlantique. « On ne peut pas se passer de l’avis des citoyens des autres départements », affirme-t-il.

Le Parlement serait amené à participer au processus. D’abord pour voter la loi organisant le référendum. Ensuite, pour voter la loi entérinant le redécoupage des régions. L’association Bretagne réunie objecte que seule une consultation des électeurs est juridiquement possible, et non un référendum décisionnel. Florian Le Teuff ne partage pas cet avis. Il s’appuie sur la loi constitutionnelle de 2003. Celle-ci dispose, dans son article 72-1, que « la modification des limites des collectivités territoriales peut également donner lieu à la consultation des électeurs, dans les conditions prévues par la loi ».

Certains proposent un référendum pour trancher définitivement le débat. | ARCHIVES

Le risque de la marginalisation des départements

Pour que les habitants puissent se prononcer, encore faut-il savoir quels scénarios pourraient être envisagés. « Il existe des solutions pour les départements pris isolément », tempère Arnauld Leclerc. Maine-et-Loire, Sarthe et Mayenne pourraient ainsi rejoindre la région Centre Val-de-Loire. Et la Vendée pourrait se marier avec le Poitou-Charentes et une Nouvelle Aquitaine qui s’étend déjà jusque à Biarritz sur douze départements… et aurait pour capitale régionale Bordeaux. « Si chacun se rattache à une autre région, il récupère une capacité d’intervention, mais devient complètement excentré ailleurs et, quelque part, marginalisé. »

Une option que préconisent toutefois, eux aussi, des Bretons favorables à une Bretagne à cinq. Une façon de prendre en compte l’ensemble du problème et de répondre au reproche, qui leur est fréquemment retournée, de se laver les mains du devenir des quatre départements « abandonnés ».

Il nous faut inventer le bon processus démocratique pour que les citoyens puissent donner leur avis, et que celui-ci soit respecté.

— Florian Le Teuff, adjoint à la mairie de Nantes

On ne sait pas encore ce que l’on pense de ce scénario, dans les quatre départements concernés, où la question ne mobilise pas le même engouement militant qu’en Loire-Atlantique. Les concernant, aucun référendum n’est pour l’instant à l’ordre du jour. À défaut, c’est un sondage, que suggère la jeune association A la Bretonne, qui a lancé une cagnotte à cet effet.

Il y a parfois eu, dans ces départements, des velléités « sécessionnistes », en particulier en Sarthe. Et le 28 avril 1973, la page Région d’Ouest-France titrait : « Le conseil général de la Sarthe demande à quitter les Pays de la Loire pour la région du Centre ! » Plus récemment, le Sarthois Jean-Pascal Gayant, professeur de sciences économiques à l’université du Mans parlait dans Ouest-France d’une région « fourre-tout » et « mal-née » dont le « possible démantèlement » serait « très largement souhaité ».

Un référendum suffira-t-il à mettre fin à cette région décriée ? Le précédent de la consultation sur le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes incite à une certaine prudence. 55 % des électeurs du département de Loire-Atlantique s’étaient prononcés en faveur du transfert de l’aéroport de Nantes-Atlantique. Mais l’État a finalement pris la décision inverse. Et enterré le projet de Notre-Dame-des-Landes. Bien conscient des difficultés, Florian Le Teuff affirme : « Il nous faut inventer le bon processus démocratique pour que les citoyens puissent donner leur avis, et que celui-ci soit respecté. »