[Société] Musiques du monde : quatre chanteuses avec le Sahara en partage

Musiques du monde : quatre chanteuses avec le Sahara en partage

« Sahariennes », une création musicale dirigée par le chanteur et guitariste Piers Faccini, est présentée à l’Opéra de Lyon le 3 juin, puis en tournée.

La chanteuse mauritanienne Noura Mint Seymali.

De retour chez lui, dans les Cévennes, au milieu du silence et des chants d’oiseaux, vendredi 28 mai, le chanteur et guitariste Piers Faccini savoure la satisfaction d’avoir bien rempli sa mission. Il rentre de cinq jours passés à Lyon pour une résidence de travail en vue de préparer et d’ajuster Sahariennes, une création musicale qui sera présentée le 3 juin à l’Opéra de Lyon, puis à Lille, Paris et Orléans. S’inscrivant dans la saison Africa 2020 (initialement prévue de juin à décembre 2020), coproduit par l’Opéra de Lyon et l’agence de concerts et management Dérapage Prod, ce projet original et prometteur réunit quatre chanteuses de grand talent menant chacune sa propre carrière : Noura Mint Seymali, l’une des voix les plus renommées de Mauritanie, venue spécialement de Nouakchott avec son mari, le guitariste et joueur de luth tidinît Jeiche Ould Chighaly, Souad Asla, originaire de la région de Béchar, dans le Sud algérien, installée en France, la chanteuse sahraouie Dighya Moh Salem, née à Dakhla, au Sahara occidental, également basée en France, et l’artiste marocaine Malika Zarra, qui mène sa carrière entre l’Europe, le Maroc et les Etats-Unis.

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A l’origine de Sahariennes, une idée aux allures de défi : construire une rencontre entre des artistes venant de pays du Sahara. Un projet quasi utopique quand on sait les relations conflictuelles de certains de ces pays et territoires de cette région entre eux… « Le répertoire de cette création vient des compositions de chacune des chanteuses et des chansons traditionnelles évoquant la fête, le mariage, les histoires de grands-mères, mais également des épreuves ou des chagrins, explique Greg Connan, de Dérapage Prod. C’est un voyage et un partage dont le sens est d’abord de raconter les héritages culturels communs ou cousins de femmes artistes du Sahara. » La question du Sahara occidental – dont le statut oppose depuis des décennies le Maroc aux indépendantistes du Polisario et à l’Algérie – n’y est pas abordée : « C’est un hymne au savoir-vivre-ensemble»

« Un vrai défi »

Une idée qui fait sens pour Piers Faccini, sollicité récemment afin d’assurer la direction artistique de cette création musicale. L’homme dont le métier est d’abord d’écrire des chansons a abordé cette nouvelle mission avec un réel enthousiasme : « Vu la situation actuelle tellement tendue, politiquement, mettre ensemble sur scène une Mauritanienne, une Algérienne, une Marocaine et une Sahraouie, quelle belle démarche ! Ces chanteuses montrent que la paix est possible au-delà des conflits de frontières, tout simplement en unissant la force de leurs voix. J’ai pris beaucoup de plaisir à guider humblement ces quatre artistes talentueuses et les musiciens qui les accompagnent, dans la narration de ce spectacle, le choix et la couleur des arrangements. C’était un défi pour moi de trouver le bon équilibre, d’inventer des ponts entre leurs répertoires respectifs. » 

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L’idée de s’impliquer dans cette histoire l’a d’autant plus emballé qu’il y a parmi les chanteuses Noura Mint Seymali, issue d’une lignée d’iggawin(équivalent mauritanien des griots ouest-africains), dont la voix puissante perpétue dans des couleurs contemporaines l’héritage dont elle est dépositaire. « Travailler avec elle et son mari, Jeiche, un musicien incroyable lui aussi, joueur de tidinît et guitare électrique microtonale, c’est aussi une belle aventure pour moi. » Piers Faccini se dit amoureux de la musique mauritanienne, depuis qu’il a découvert l’album Guitare des sables, de Moudou Ould Mattalla (Buda Records, 2006). « J’ai trouvé alors cette musique extraordinaire, et je ne comprenais rien du tout. » Il a passé ensuite beaucoup de temps à customiser sa guitare avec des frettes pour jouer des quarts de ton et des microtons, à se plonger dans les modes non tempérés.

« Ce fut un vrai défi de mettre ensemble les modes de la musique mauritanienne, le tidinît et la guitare microtonale avec la mandole[instrument à cordes pincées utilisé dans le chaâbi et la musique kabyle] de Mohamed Abdennour, l’un des musiciens algériens participant à cette aventure », explique Piers Faccini. Lui-même ne devrait pas rejoindre avec sa guitare la petite troupe sur scène. Il part en tournée dès le 5 juin avec ses musiciens pour présenter son nouvel album, Shapes of the Fool(Beating Drum- Nø Førmat !).

Sahariennes, le 3 juin (18 h 30) à l’Opéra de Lyon, le 4 juin (19 heures) au Grand Sud, à Lille (en partenariat avec l’IMA de Tourcoing), le 5 juin au 360 Paris Music Factory (à 17 heures et 19 heures) à Paris, le 6 juin (17 heures) au Grand Théâtre d’Orléans (concerts donnés en jauge limitée à 35 %) puis tournée à la rentrée.



alain@barras.fr et merci à Christine H. pour cette douceur qui fait plaisir aux oreilles et aux cœurs