[Société] TTSO : Restons calme

http://timetosignoff.fr/2020-09-21


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Restons calmes

Bien sûr, la perspective de voir la Cour Suprême US totalement dominée par 6 juges (très) conservateurs (vs 3 “libéraux”) pour les décennies à venir est assez flippante. En particulier à un moment où les conquêtes sociales/avancées sociétales, au premier rang desquels le droit à l’avortement (posé par l’arrêt de la Cour Suprême Roe vs Wade en 1973), se voient de plus en plus contestées aux US. Restons calmes.

Si la Cour Suprême — à la fois Cour de Cassation ET Conseil Constitutionnel — se trouve au sommet de l’édifice légal américain, il ne faut pas oublier que les US sont une fédération et que les Etats ont toujours l’option d’appliquer OU PAS la loi fédérale. Par exemple : la marijuana est illégale au niveau fédéral, ce qui n’empêche pas un nombre grandissant d’Etats de la légaliser… il pourrait en aller de même demain avec l’avortement ou le mariage homosexuel.

Et en admettant même qu’un arrêt de la Cour Suprême invalide la loi d’un Etat, ce dernier a toujours l’option de ne pas mettre en œuvre le jugement suprême… et par la même de réduire l’autorité et la crédibilité institutionnelle de la Cour Suprême

Dis autrement, le plus gros risque d’une Cour Suprême exagérément partisane serait son propre discrédit… dis autrement (bis), de partager le sort de la présidence Trump…


[Société] Ruth Bader Ginsburg, juge à la Cour suprême des Etats-Unis, est morte à l’âge de 87 ans


Deuxième femme de l’histoire américaine à siéger au sein de la Cour suprême, icône de la gauche progressiste, cette juriste devenue phénomène culturel avait fait de l’égalité des sexes son combat.

La juge Ruth Bader Ginsburg, à la Cour suprême, à Washington, le 29 septembre 2009.

« RBG » n’est plus et la gauche américaine a perdu son icône. Deuxième femme de l’histoire des Etats-Unis à siéger au sein de la Cour suprême, Ruth Bader Ginsburg y a défendu sans relâche l’égalité des sexes. De loin la plus connue des juges de la plus haute instance juridique du pays, elle était adulée par les progressistes et détestée par les conservateurs. Elle est morte, vendredi 18 septembre, à l’âge de 87 ans, des suites d’un cancer du pancréas dans sa maison de Washington.

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Joan Ruth Bader naît le 15 mars 1933 à Brooklyn, à New York, au sein d’une famille juive qui abandonne rapidement l’usage de son premier prénom, jugé trop courant à l’époque. Privée d’université du fait de son sexe, elle est incitée à poursuivre ses études par sa mère, emportée par un cancer alors que sa fille est encore au lycée. Brillante, Ruth Bader Ginsburg intègre l’université Cornell, membre du club prestigieux de l’Ivy League, où elle rencontre son futur mari, Martin Ginsburg. Puis elle intègre l’école de droit de Harvard. Il s’agit alors d’un bastion presque exclusivement masculin dont le doyen demande aux rares femmes admises pourquoi elles viennent prendre « la place d’un homme compétent ».

Plafond de verre

Après un passage par l’école de droit de Columbia, à New York, pour suivre son époux, Ruth Bader Ginsburg se lance dans une carrière universitaire où elle ne cesse de se heurter à un plafond de verre lié à son sexe. Un séjour en Suède, pays plus progressiste, lui permet d’aiguiser ses convictions. De retour aux Etats-Unis, elle fonde en 1970 la première revue juridique exclusivement consacrée aux droits des femmes. Deux ans plus tard, elle participe au lancement d’une section similaire au sein de la puissante association American Civil Liberties Union (Union américaine pour les libertés civiles, ou ACLU). Sa détermination de guerrière se manifeste par une série de victoires devant la Cour suprême dans des affaires de discriminations liées au sexe. Elle choisit avec soin des cas montrant que ces discriminations peuvent également pénaliser les hommes.

Ruth Bader Ginsburg pose avec un livre intitulé « Ma grand-mère est très spéciale », écrit par son petit-fils Paul Spera, à Washington, en 1993.

En avril 1980, le président démocrate Jimmy Carter consacre sa réputation naissante par une nomination à la prestigieuse cour d’appel du district de Columbia, considérée comme une antichambre de la Cour suprême. Elle y gagne le respect du juge conservateur Antonin Scalia, qui la précède au sein de la plus haute instance juridique du pays. Leur passion commune pour l’opéra et les talents culinaires de Martin Ginsburg seront à l’origine d’une longue amitié, en dépit de leurs profondes divergences philosophiques.

En 1993, le président démocrate Bill Clinton la nomme à la Cour suprême où elle rejoint la première femme nommée en 1981 par Ronald Reagan, Sandra Day O’Connor. Considérée comme modérée lors de sa nomination, elle se déporte rapidement sur sa gauche, au point de devenir, de par ses avis, la juge la plus progressiste de cette instance jusqu’à la nomination de Sonia Sotomayor, en 2009.

Ruth Bader Ginsburg prête serment sous l’œil du président Bill Clinton qui a proposé sa nomination à la Cour suprême, à Washington, le 9 août 1993.

Mugs, gym et films

C’est à cette époque que la juriste devient un phénomène culturel. Elle gagne un surnom, « Notorious RBG », inspiré par le nom de scène d’un rappeur (Notorious BIG), et les collerettes sophistiquées dont elle agrémente son austère robe noire de juge font l’objet d’articles. En 2015, la publication d’un livre hagiographique consacre sa popularité. Sa frêle silhouette est dupliquée à l’infini sur des tee-shirts et des mugs que s’arrache la gauche américaine.

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Un film de fiction lui est consacré, de même qu’un documentaire. Ses séances de gymnastique recensées avec soin par son coach personnel deviennent également un succès de librairie. Un opéra-comique en un acte, intitulé sobrement Scalia/Ginsburg, reproduit les joutes des deux amis à la Cour suprême à l’aide d’extraits de leurs interventions. « La beauté de notre Constitution, c’est qu’elle peut, comme notre société, évoluer », s’y exclame Ruth Bader Ginsburg.

Les neuf juges de la Cour suprême américaine (Ruth Bader Ginsburg est au premier rang, à gauche), à Washington, le 1er juin 2017.

Veuve depuis 2010, elle s’accroche à son siège au-delà de l’âge de 80 ans, choisi par de nombreux juges pour prendre leur retraite, alors que la présence de Barack Obama à la Maison Blanche garantit pourtant son remplacement par une personnalité également progressiste. La victoire de Donald Trump à la présidentielle de 2016 la contraint à prolonger son bail, en dépit de soucis de santé à répétition qui plongent régulièrement le camp démocrate dans les affres.

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Dates

15 mars 1933 Naissance à New York

1980 Nommée à cour d’appel du district de Columbia par le président Jimmy Carter

1993 Nommée à la Cour suprême par Bill Clinton

18 septembre 2020 Mort à Washington




[Société] La vérité des religions


La vérité des religions

– Permanence et diversité des religions

Les religions sont une réalité massive impossible à ignorer puisque correspondant à un stade décisif de notre développement cognitif au même titre que les mythes. C’est d’abord en effet le produit du langage narratif, de sa grammaire permettant le récit du passé et se substituant au langage simplement phonétique qu’on peut dire encore animal, ne servant que de signal ou de désignation (nomination). Ce n’est pas qu’il était impossible avant de représenter des scènes de chasse en combinant images et gestes, mais le langage narratif ouvre au foisonnement des récits et de leurs univers parallèles, récits du lointain ou de l’invisible, monde du sacré opposé au monde profane (visible, matériel, immédiat), mais faisant exister un monde commun qui est un monde de l’esprit, de la culture, avec un langage commun à des groupes élargis qui en assurent la pérennité et la complexification. C’est sans doute la véritable fondation de notre humanité, plus que l’outil – et bien plus récemment, un peu plus de 100 000 ans sans doute jusqu’à 40 000 ans pour Alain Testart car il se produit une “explosion de la communication à l’aide de symboles vers 38000/35000” (Avant l’histoire, p234). Ainsi, société, culture et religion (“l’état théologique ou fictif“) seraient indissociables à partir d’un certain stade pour des êtres parlants qui se racontent des histoires.

Il n’est pas si facile en tout cas de se débarrasser des religions comme l’espéraient les républicains rationalistes et les marxistes qui assimilaient la religion à l’opium du peuple et l’oppression des dominés par le clergé mais qui auront vu le retour stupéfiant, comme si de rien n’était, de la religion orthodoxe en Russie après plus de 70 ans d’athéisme pourtant (mais la religion y était remplacée par le dogmatisme du marxisme-léninisme stalinien servant d’idéologie commune). Il ne faut pas se fier à notre France déchristianisée et son improbable laïcité républicaine, héritière de nos guerres de religions. Car les religions sont diverses et se tolèrent mal entre elles, servant de marqueurs identitaires. Il n’a pas manqué de tentatives de les réconcilier ni de déclarations oecuméniques, mais l’exemple de Leibniz montre qu’à vouloir réconcilier protestants et catholiques on n’arrive qu’à se faire détester des deux camps car on ne marchande pas avec la vérité, du moins avec ce qu’on croit tel et constitué en conviction “profonde” inébranlable, existentielle.

De même, ce qui fait obstacle à la récupération des religions par le rationalisme qui prétend en incarner la vérité, c’est le fait qu’elles touchent à la vérité justement et sont liées à des groupes sociaux, des civilisations. Il est significatif que cette récupération par des athées endurcis se formule presque de la même façon chez Auguste Comte, Durkheim ou Alain, débutant par la proclamation que toutes les religions sont vraies pour en donner des explications scientifiques assez différentes mais qui ratent l’essentiel.

– Psychologisme (Alain, universel)

Ainsi, pour Alain, les raisons seraient surtout psychologiques, renvoyant la religion à une nostalgie de l’enfance, quand les adultes étaient des géants, et comme des dieux pourvoyant à leurs besoins ou répondant à leurs prières. C’est manifeste avec Dieu-le-père du christianisme mais beaucoup moins pour l’Islam ou le Bouddhisme. On voit plutôt comme des sentiments archaïques peuvent investir des figures divines. Il faut dire que le parti pris d’Alain était aussi de considérer que “Tout est vrai dans les doctrines” (p26) des différents philosophes, il suffit de le chercher plutôt que de se précipiter à critiquer. Ce n’est donc qu’un cas particulier de l’appliquer aux religions. “Si tout ce qu’on dit est vrai, s’il n’est besoin que d’y remettre la vie, et exactement de savoir ce qu’on dit, il est clair que toutes les religions sont vraies” p76. Cette interprétation qui s’en tient au contenu réduit en fait la religion à un enseignement moral comme les contes sont supposés le faire pour les enfants (mais la morphologie des contes, souvent cruels, montre que c’est leur structure qui est le plus fondamental). C’est pourquoi Alain prend pour principe que “la religion est un conte, qui, comme tous les contes, est plein de sens. Et l’on ne demande point si un conte est vrai“. Et bien justement si ! Ce qui les oppose aux contes, qu’on ne doit pas croire, c’est que les religions exigent au contraire qu’on les prenne au sérieux et qu’elles soient la vraie religion, révélant la vérité (la “bonne nouvelle” de l’évangile), qu’on ait foi en elles et non pas qu’on en ait une simple connaissance intellectuelle.

Je me suis aperçu que l’interprétation allégorique promue dans “l’invention de Jésus” (qui en montrait la construction mythique) tombait en fait sous la même critique d’intellectualisme passant à côté de la nécessité pour la religion d’une foi qui sauve (à l’opposé du gnosticisme réduisant la vérité au savoir). L’interprétation allégorique de la religion comme récit mythique relève de l’évidence rationnelle mais consiste à chercher l’enseignement d’une vérité universelle (ésotérique) derrière ses paraboles fictives particulières (exotériques) qui la distinguent des autres religions. C’est chercher l’esprit de textes qu’il ne faudrait pas prendre à la lettre (la lettre tue, on ne le voit que trop). Sauf que c’est rater ainsi la raison sociologique de la diversité des religions (des peuples berbères se sont convertis au judaïsme pour se différencier du christianisme romain), ainsi que la fonction de la religion comme garant de la Vérité et de la Loi, dont la psychanalyse a montré toute l’importance. C’est aussi ce que ratait Aristote en expliquant le besoin religieux par l’expérience intérieure du sacré, de la dévotion, de l’enthousiasme, de la crainte et du respect qui nous saisissent devant la divinité, devant ce qui est supérieur aux hommes, raisons purement individuelles qui seraient communes. Cela ne suffit pas à faire une religion ni autre chose qu’une simple superstition.

– Durkheim (sociologie, relativisme)

Les explications psychologiques ne suffisent pas à rendre compte de la fonction sociale des religions, mieux appréhendée par Durkheim dont cependant le relativisme minimise trop l’incompatibilité des vérités religieuses, car c’est bien l’autorité supérieure de la vérité qui s’oppose à la laïcité, à la reconnaissance d’une vérité différente de la sienne, au compromis des croyances. L’utopie de réunir toutes les religions (car elles défendraient toutes les mêmes valeurs universelles, celles de la société) se heurte aux différences culturelles et dogmatiques impossibles à réconcilier, qui sont des différences d’appartenance, et vouloir substituer la science aux religions est confondre science et vérité, ce que beaucoup font, Auguste Comte revendiquant même cette confusion entre science, politique et religion. Le besoin de croyances partagées est plus fort que la simple raison, les sciences ne pouvant s’y substituer, ses résultats pouvant toujours être remis en cause et faisant l’objet de controverses incessantes (on ne le voit que trop).

La sociologie n’a pas bonne presse, trop vexante à exhiber nos déterminations dans ce qu’on croyait libre et jusqu’à nos sentiments intimes. C’est à ce refoulement qu’on doit le relatif oubli dans lequel est tombé Durkheim (et Maurice Halbwachs) qui a réussi pourtant à donner une vue unifiée des phénomènes religieux dans “Les formes élémentaires de la vie religieuse” bien que les assimilant un peu trop aux croyances animistes alors que leur différence n’est pas seulement de degré, passant de l’immanence à la transcendance. A l’évidence, en tout cas, les religions ne sont pas une réalité psychologique individuelle mais bien un fait social global, un phénomène collectif avec ses rites, un dogme imposé cependant et non choisi (tel prince, telle religion) même si des croyants ou mystiques se veulent plus croyants que leur Eglise et en relation directe avec leur dieu. Comme “une institution humaine ne saurait reposer sur l’erreur et sur le mensonge : sans quoi elle n’aurait pu durer” lui aussi va jusqu’à affirmer que “il n’y a donc pas au fond de religions qui soient fausses. Toutes sont vraies à leur façon : toutes répondent, quoique de manière très différentes, à des conditions données de l’existence humaine“.

De façon très hégélienne, la religion ne serait même que l’image qu’une société se donne d’elle-même, et le sentiment religieux la transfiguration du sentiment d’appartenance à cette société. Durkheim définit ainsi la religion comme “système solidaire de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées, c’est-à-dire séparées, interdites, croyances et pratiques qui unissent en une même communauté morale, appelée Eglise, tous ceux qui y adhèrent” (p.65). “Les phénomènes dits religieux consistent en croyances obligatoires, connexes de pratiques définies qui se rapportent à des objets donnés dans ces croyances“, croyances que ces rites associés viennent simultanément exprimer et renforcer, se manifestant en tout premier lieu par une séparation fondamentale entre le sacré et le profane. Le paradoxe, c’est que ce constat d’une croyance universelle soit d’un incroyant et d’une froide raison scientifique. “Il ne peut y avoir de société qui ne sente le besoin d’entretenir et de raffermir, à intervalles réguliers, les sentiments collectifs et les idées collectives qui font son unité et sa personnalité” (p610), en s’appuyant sur “une sorte d’électricité qui se dégage de leur rapprochement et les transporte à un degré extraordinaire d’exaltation” (p317).

Durkheim va assez loin dans l’explication sociologique, culturelle, extérieure, de nos représentations qui ne se limitent pas à la religion car prenant naissance dans le langage commun qu’il nous faut apprendre et nous soumet à ses dogmes ou catégories, véhiculant une vision du monde particulière, c’est-à-dire d’un certain découpage du réel, qui nous lie au groupe élargi des locuteurs de la même langue :
Dans le mot, se trouve donc condensée toute une science à laquelle je n’ai pas collaboré, une science plus qu’individuelle ; et elle me déborde à un tel point que je ne puis même pas m’en approprier complètement tous les résultats. Qui de nous connaît tous les mots de la langue qu’il parle et la signification intégrale de chaque mot ? p621
La société ne peut abandonner les catégories sans s’abandonner elle-même C’est l’autorité même de la société, se communiquant à certaines manières de penser qui sont comme les conditions indispensables de toute action commune. La nécessité avec laquelle les catégories s’imposent à nous n’est donc pas l’effet de simples habitudes dont nous pourrions secouer le joug avec un peu d’effort ; ce n’est pas davantage une nécessité physique ou métaphysique, puisque les catégories changent suivant les lieux et les temps ; c’est une sorte particulière de nécessité morale qui est à la vie intellectuelle ce que l’obligation morale est à la volonté. (p24-25)


Ce qui se veut un dépassement de Kant, contestant que ses “formes a priori de la sensibilité humaine” soient universelles, appliqué ici aux différentes religions, ramène la diversité des croyances à de simples différences de style au fond assez indifférentes, voire bénéfiques pour la diversité culturelle. Ce que Durkheim évacue dans ce relativisme culturel revendiqué, qui se veut ouvert à toutes les religions au nom de la science, c’est pourtant bien la prétention des religions de dire la vérité et de constituer le fait d’y croire ou non en enjeu existentiel. Ce que ce point de vue scientifique évacue, c’est le tout autre rapport de la science à la vérité et aux convictions que les religions, convictions personnelles qui n’ont rien à faire en science. Depuis Galilée, la physique suffit à montrer comme nos convictions (Aristotéliciennes) sont systématiquement réfutées par l’expérience, le réel quantique ou relativiste débordant nos capacités de représentation.

La difficulté, c’est que l’enseignement des sciences se fait inévitablement de façon dogmatique, oubliant son histoire, le processus dans le résultat, alors que la recherche scientifique est par définition anti-dogmatique, remettant constamment en cause des dogmes établis, soumis à vérification et en constants progrès. Les dogmes religieux se veulent, eux, immuables et définitifs comme révélation divine, ce qui en fait des marqueurs identitaires stables. C’est bien la dimension sociale qui prime dans les religions, ce que le sociologue reconnaît mais sans voir que cela rend impossible de substituer la science aux religions. La science ne peut jouer le rôle de garant de la vérité encore moins d’appartenance à sa communauté. Il y a maldonne quand elle le prétend.

Ce n’est pas la même chose avec la morale et l’ambition de tirer de la socio-logie une morale scientifique. “C’est de la science sociale que relèvent les problèmes qui jusqu’ici appartenaient exclusivement à l’éthique philosophique. Nous les reprendrons à notre tour… Seulement, nous essaierons de la traiter scientifiquement“. Cours de science sociale, 1888, p106. Cela n’a rien d’impossible cette fois, et participe de la dilution de la philosophie dans les sciences mais, justement, la religion ne se limite pas à la morale.

– Religions, politique et dogmatisme

Les religions sont tellement riches que ce n’est pas leur dimension politique, identitaire qui saute aux yeux en premier malgré sa manifestation récurrente dans notre actualité, on reste fasciné par le contenu foisonnant qui s’y greffe, cultivant la nostalgie de l’enfance et la crainte morale (méfiance des incroyants), suscitant de hautes spéculations et productions artistiques, assurant toutes autres sortes de fonctions et de rites sociaux, gratifiant les fidèles de vécus mystiques et de bonnes pratiques – tout cela étant prétendu la pure expression de la vérité divine. Le lien au pouvoir est pourtant assez clair dès qu’on y porte le regard. D’abord, comme on l’a dit, d’être religion imposée (par la cité, le prince ou l’empire). Cela devrait suffire. Rousseau lui-même pensait indispensable une religion civique unissant les citoyens d’une démocratie. La crainte de Dieu se trouve ainsi relayée très concrètement par la crainte de la force ! Cela ne veut pas dire que la religion se limite à être l’instrument du politique car elle acquiert la plupart du temps une certaine autonomie par rapport au pouvoir, jusqu’à s’y opposer ponctuellement en mettant une limite à son arbitraire. La religion incarne, en effet, le respect du dogme et des tables de la Loi, fonction religieuse complétant les fonctions militaire et productive structurant les sociétés (pas seulement indo-européennes). Cette fonction du respect des dogmes peut être assimilée à celle du respect des contrats, si important militairement aussi bien qu’économiquement. Ainsi, l’Islam débute par un contrat militaire entre tribus disparates, fondateur de l’Umma. L’institution du Droit est une fonction essentielle des religions mais qui sert aussi de justification de l’ordre établi et notamment, il faut le souligner, des conquérants (juifs, musulmans, colonialisme). C’est ce qui a fait le succès des religions des vainqueurs, preuve par l’histoire, la durée, la domination, de la nécessité de l’unité idéologique du peuple colonisateur d’une population locale diverse.

La croyance ne suffit pas à faire une religion comme on peut le voir avec la sorcellerie qui est combattue par les pouvoirs car elle n’est pas socialisée mais se présente comme un affrontement entre sorciers. Il ne suffit pas de prêter une intention, une volonté à tout ce qui nous arrive et lui donne un sens, ni de personnifier l’esprit du monde. C’est pourquoi l’animisme n’est pas en soi une religion. Dans les religions il faut croire au dogme officiel et se mettre sous l’autorité d’une vérité révélée comme le Dieu de Descartes garantit les vérités mathématiques. Les sciences n’ont pas cette garantie, seulement de leur effectivité, l’une ne peut pas prendre la place de l’autre puisque l’une est dogmatique, tendance originelle, l’autre anti-dogmatique et qu’on peut dire inhumaine mais beaucoup plus récente. Le dogmatisme ne suffit pas pour autant à faire religion. Ce n’est pas pour rien, en effet, que les religions demandent non seulement d’avoir foi dans leurs dogmes, et tout ce qu’on ne peut comprendre ni voir, mais bien au-delà exigent un acte de foi dans ce qui paraît absurde (credo quia absurdum), de purs oxymores (vie après la mort, homme-dieu, vierge-mère, etc.), impossibles à accepter pour un non croyant. On ne souligne pas assez ce non-sens au coeur des religions et qui fait la fierté de ceux qui se croient capables de comprendre ce qui paraît si évidemment dénué de sens. Il faut céder sur la raison. Après cela on peut croire n’importe quoi, s’assurant de la fidélité aveugle au groupe, ce qui souligne à quel point la religion est d’abord un fait social d’appartenance avant que d’être une doctrine.

– Auguste Comte

Auguste Comte, aujourd’hui bien oublié, précède Durkheim et Alain (qui le reconnaissait comme son maître) dans l’analyse sociologique des religions mais s’il est intéressant de s’attarder sur lui pour finir, c’est d’une part qu’il est exemplaire de la confusion des vérités voulant mettre la science et sa religion au pouvoir, et d’autre part qu’il est le grand inspirateur du culte laïque ayant inspiré les instituteurs de la république et sans lequel on ne comprend pas tous nos débats sur la laïcité aujourd’hui. C’est, enfin, que la confusion doit être dénoncée entre science et politique comme entre science et religion, notamment devant la tentation hygiéniste ou écologiste d’un gouvernement des savants sous prétexte qu’on a incontestablement besoin des lumières de la science (mission bien remplie par le GIEC), mais tout comme de vouloir mettre les religieux au pouvoir, l’utilisation politique de la science mène inévitablement à sa manipulation, sa corruption. Cette confusion peut être attribuée plus précisément au fait de prétendre à une vérité scientifique, d’appeler vérité une loi certes vérifiée mais qui n’est qu’une approximation souvent et n’a rien d’un principe fondateur. Au jour le jour, les études publiées se contredisent. Plus rarement, certes, de grandes découvertes contredisent les anciennes théories…

D’ailleurs, Auguste Comte n’ignore pas l’historicité des sciences mais il croit pouvoir appeler tout de même “vérité scientifique” un savoir solide, vérifié, bien que daté peut-être. La vérité est pour lui un savoir fiable, sur lequel on peut compter, tel qu’il l’avait appris à Polytechnique, même s’il admettait explicitement que cette vérité scientifique pouvait évoluer avec le progrès des sciences (un peu comme la vérité devenue sujet historique pour Hegel). “L’esprit humain commence à peine à comprendre que la vérité puisse ne pas être immuable“. C’est pourtant ce que doit être la vérité religieuse, éternelle qui n’est pas réfutable par l’expérience ni ne peut connaître de révolutions scientifiques. Il est d’ailleurs significatif qu’Auguste Comte n’ait pas reconnu le changement de paradigme de la science de son temps, rejetant les probabilités qui allaient envahir tout les champs scientifiques, car leur vérité lui semblait trop hasardeuse.

Ce qui a permis le glissement des vérités scientifiques aux vérités religieuse, c’est sûrement la place qu’Auguste Comte laissait au dogmatisme dans la science et son enseignement. Il considérait en effet, non sans raisons, le dogmatisme comme l’état normal de l’intelligence humaine, “disposition à croire spontanément, sans démonstration préalable, aux dogmes proclamés par une autorité compétente“. Cette confiance naïve est la condition de la transmission d’informations et de l’enseignement (y compris des sciences). “Une fois ces lois, ces faits mis en évidence, leur vérité ne doit plus être discutée“. En science, comme en religion, “l’hérétique est celui qui a une opinion” (Bossuet), conception de la science pour ingénieurs qui ne font que l’appliquer, pas pour des chercheurs mettant ces dogmes à l’épreuve.

Surtout, il avait beau prôner le dépassement de la théologie et de la métaphysique par le savoir positif scientifique, le fondateur de la sociologie rêvait lui aussi d’unité socialeet voulait laisser toute sa place au coeur, pas seulement à la froide raison, reconnaissant la nécessité de la religion pour l’harmonie sociale afin de forger une mémoire collective en renforçant la solidarité émotionnelle. “Le mot même de religion indique l’état de parfaite unité qui distingue notre existence, à la fois personnelle et sociale, quand toutes ses parties, tant morales que physiques, convergent habituellement vers une destination commune” (Catéchisme Positiviste). Même à ne pouvoir qu’y échouer, il ne faut pas croire que pour cela, les religions pourraient se contenter d’enfumer les esprits, devant s’appuyer aussi sur de fortes vérités, effectives (notamment morales), et des institutions solides (notamment charitables) pas seulement sur ses professions de foi ou les mystères sacrés ni même sur les rites communautaires.

Il va sans dire que cette aspiration à l’unité (unis par une vision commune du monde) est un dangereux fantasme, qui a été au principe des divers totalitarismes depuis la Terreur, ne produisant qu’une division encore plus hostile de la société, l’unité se faisant uniquement contre un ennemi commun ou bouc émissaire (la catastrophe écologique ne pourrait-elle être l’ennemi qui nous unit?). De toutes façons, les choses ont bien changé par rapport à l’époque du printemps des nations, des cités antiques ou des tribus primitives. L’unité de l’Empire universel de la marchandise et du numérique ne repose pas sur l’unité des esprits mais sur l’unité planétaire. Il y a déconnexion depuis quelque temps déjà du politique avec l’idéologie et la religion dans l’Etat universel (l’Etat de Droit planétaire, l’ONU, l’OMS, l’OMC, et la coordination des banques centrales), cela commence avec la dissidence protestante. Les tentatives de reconstituer cette unité, dont l’absence est cruellement ressentie, ne peuvent qu’échouer lamentablement ou mener au pire. C’est un fait (scientifique), la cohabitation dans nos villes et nos pays n’est plus fondée sur la philia, l’appartenance communautaire, ni sur une vérité partagée mais sur le simple respect des lois. Nous sommes à un nouveau stade de l’universalisme et de la population. Reste l’appartenance pour chacun à des groupes, des idéologies, des religions, mais qui, dans leur diversité, ne se confondent plus avec la société, ne l’organisent plus (voir la description de la sortie de la religion par Marcel Gauchet dans “Le désenchantement du monde“), ce qui aurait plutôt tendance à en renforcer l’irrationnel qui ne se confronte plus à la pratique.

C’est la confusion de la science avec la vérité puis celle de “la religion comme sociologie” qui ont mené Auguste Comte, à la suite de son maître Saint-Simon, à vouloir élever la science à la religion, faire de la science un pouvoir spirituel. “La science réelle devait d’abord aboutir à la saine philosophie, capable ensuite de fonder la vraie religion“. Le résultat est une religion positiviste qui mimait de façon un peu ridicule la religion catholique mais englobait à la fois un système commun de croyances et des pratiques rituelles et sociales réunissant les adeptes autour du culte de la société. Cette religion utilitaire, revendiquant sa fonction sociale, croyait cependant pouvoir se passer de Dieu : “Tandis que les protestants et les déistes ont toujours attaqué la religion au nom de Dieu, nous devons au contraire écarter finalement Dieu au nom de la religion” en mettant à la place l’Humanité existant réellement mais c’était là encore manquer la garantie de la vérité et des contrats, de l’unité du groupe, et une religion sans Dieu (comme le bouddhisme certes) est une religion sans prière ni pardon, sans le Dieu sensible au coeur justement, sans interlocuteur divin qui nous répond et nous juge, sans un autre monde au ciel des idées, enfin, qui justifierait celui-ci.

– A chacun sa vérité

En effet, si le croyant peut maudire les dieux, les trouver cruels, la foi du moins non seulement permet mais lui fait un devoir de célébrer les beautés de notre monde malgré ses injustices et ses souffrances. Seul un philosophe chrétien comme Pierre Magnard peut écrire “Penser c’est rendre grâce”, car si l’on doit son existence à Dieu, nous lui devons la gratitude des enfants pour leurs parents, en dépit de tout, et de montrer notre joie, quand la pensée critique ne mène qu’à la révolte et au désespoir ne pouvant donner crédit à une quelconque pensée positive des imbéciles heureux.

Les nouvelles scientifiques étant pires de jour en jour, elles ne laissent plus beaucoup de place à l’émerveillement comme au temps du progrès triomphant. On n’en a donc pas fini avec les religions même si elles devraient changer radicalement à l’ère de l’information, de wikipédia et de google où ce qui manque encore, on le constate depuis un moment, c’est bien la garantie divine de la vérité que les scientifiques sont bien incapables de fournir aux politiques avec leurs querelles intestines (scientifiques ou politiques). La reconstitution d’un dogme scientifique prend du temps, les consensus successifs ne se stabilisant qu’après-coup, a posteriori et pour un temps indéterminé avant de nouvelles révolutions scientifiques, ce qui rend illusoire un gouvernement des savants comme de vouloir faire des scientifiques les nouveaux prêtres de l’humanité. Il est très important, et pas du tout accessoire, de prendre la mesure de l’incompatibilité entre les différents régimes de vérité de la science, de la politique et de la religion, ce qui plaide pour une véritable séparation des pouvoirs et l’autonomie de ces différents champs, difficile laïcité qui ne peut être la religion de la science.

Voir aussi Dieu et la science et La science et la vérité.

Jean ZIN




[Brèves] Concarneau. L’hôpital entame une thérapie contre la voiture.


Le centre hospitalier de Cornouaille et Concarneau Cornouaille agglomération (CCA) ont signé une convention visant à limiter l’usage de la voiture pour les trajets entre son domicile et l’hôpital.

Olivier Bellec, président de CCA, et Karelle Hermenier, directrice de l’hôpital de Concarneau, ont signé une convention de quatre ans liant l’agglomération au centre hospitalier de Cornouaille.
Olivier Bellec, président de CCA, et Karelle Hermenier, directrice de l’hôpital de Concarneau, ont signé une convention de quatre ans liant l’agglomération au centre hospitalier de Cornouaille. | OUEST-FRANCE

Le diagnostic n’est pas encore totalement posé. Mais le « mal » est connu. Comment limiter l’usage de la voiture pour les trajets entre son domicile et son lieu de travail ? À l’hôpital de Concarneau, on a décidé de se pencher sur la question afin d’opérer le changement.

Dans cette optique, le centre hospitalier de Cornouaille (Chic) a signé une convention, intitulée « plan de mobilité durable », avec Concarneau Cornouaille agglomération (CCA). Par ce biais, la collectivité s’engage à accompagner, durant quatre ans, l’établissement de santé avec un objectif clair : proposer aux salariés une alternative à la voiture. « De manière presque individualisée, souligne Karelle Hermenier, directrice de l’hôpital de Concarneau. Car, chez nous, de nombreux salariés ont des horaires variant d’un jour à l’autre. »

Une « appétence » pour la pratique du vélo

Plusieurs options se dégagent pour répondre au défi : le vélo, la marche, les transports en commun et le covoiturage. « On a déjà identifié de potentiels utilisateurs du vélo ou du bus », note Arnaud Sandret, directeur des ressources humaines et des relations sociales au Chic. Sur les 377 personnes travaillant sur le site du Porzou, près de la moitié habite à moins de 300 mètres d’un arrêt de bus, ou vive à vingt minutes maximum à vélo. « Reste désormais à identifier les freins  , enchaîne Arnaud Sandret.

Le vélo ? « On voit qu’il y a une appétence pour sa pratique, pointe Olivier Bellec, président de CCA. Ceci dit, on est très retard en termes d’aménagement. Dans le département, on ne peut pas toujours pédaler en toute sécurité, loin des automobiles. Il y a sans doute des aménagements qui peuvent être réalisés en concertation avec les élus locaux. » Sachant que, comme le soulignent Karelle Hermenier et Arnaud Sandret, l’hôpital dispose d’un parking à vélo mais également de vestiaires et de douches, permettant aux salariés de se changer une fois leur trajet effectué.

Création d’une communauté de covoitureurs en 2021

Les transports en commun ? « Les horaires peuvent constituer un obstacle », souligne Arnaud Sandret. « Mais il y a des aménagements possibles, enchaîne Benoît Bithorel, responsable du service déplacements à CCA. Il suffit parfois d’avancer de dix minutes l’horaire d’un bus pour que les usagers y trouvent leur compte. »

Le covoiturage ? Le Chic créera, en 2021, une communauté regroupant les salariés de l’hôpital via le site Ouestgo.

Pour limiter la place de la voiture à l’hôpital, la thérapie s’annonce longue mais les remèdes existent.




[Brèves] De la glace fraîche découverte au nord d’Encelade, la lune glacée de Saturne


Vingt-trois rencontres rapprochées et au total, 13 années d’observations. C’est grâce aux précieuses données recueillies par la sonde Cassini entre 2004 et 2017 que les astronomes de la Nasa sont parvenus à produire une carte extrêmement détaillée de la surface d’Encelade, lune de Saturne. Une carte qui révèle la présence de glace fraîche dans l’hémisphère nord.

Si les astronomes s’intéressent d’aussi près à Encelade, la lune glacée de Saturne, c’est parce qu’ils espèrent y trouver des traces d’une vie extraterrestre. Et en utilisant les données recueillies en 13 ans d’exploration de la planète aux anneaux et de ses lunes par la sonde Cassini, les chercheurs de la Nasa sont parvenus à produire les images infrarouges d’Encelade les plus détaillées jamais produites. Elles apportent notamment la preuve de l’existence de glace fraîche du côté de l’hémisphère nord de la lune de Saturne.

En 2005, les astronomes avaient déjà découvert des panaches de glace et de vapeur d’eau provenant de l’océan liquide qui coule sous l’épaisse couche de glace qui recouvre Encelade. C’était du côté du pôle sud et des fameuses rayures de tigre.

Cette activité géologique apparait clairement sur les nouvelles images infrarouges que les chercheurs de la Nasa présentent aujourd’hui. Des images tirées des données de l’imageur spectral visible et infrarouge (Wims) de la mission Cassini. Et qu’ils ont obtenu après application d’une technique de correction photométrique. Car la luminosité observée d’Encelade dépend des propriétés du matériau de surface, de la forme de la surface et de l’angle sous lequel elle est vue. Une correction de ces variations était nécessaire pour montrer les différences de composition et d’état physique à la surface.


Ici, cinq vues infrarouges d’Encelade, la lune glacée de Saturne. D’abord centrée sur le côté avant, puis sur le côté tourné vers Saturne et sur le côté arrière. Et sur la seconde ligne, les pôles nord et sud. © Nasa, JPL-Caltech, University of Arizona, LPG, CNRS, Université de Nantes, Space Science Institute

Ici, cinq vues infrarouges d’Encelade, la lune glacée de Saturne. D’abord centrée sur le côté avant, puis sur le côté tourné vers Saturne et sur le côté arrière. Et sur la seconde ligne, les pôles nord et sud. © Nasa, JPL-Caltech, University of Arizona, LPG, CNRS, Université de Nantes, Space Science Institute 

Une activité géologique au nord d’Encelade

« L’infrarouge nous montre que la surface du pôle sud-est jeune, ce qui n’est pas une surprise, car nous connaissions les jets qui y projettent des matières glacées », explique Gabriel Tobie, chercheur à l’université de Nantes et coauteur de la nouvelle étude, dans un communiqué du JPL (Jet Propulsion Laboratory). Mais le fait que des caractéristiques similaires à celles observées au sud apparaissent dans l’hémisphère nord mène les astronomes à la conclusion que, non seulement cette région est — comme l’hémisphère sud — recouverte de glace fraîche, mais qu’elle est le siège d’une activité géologique du même type.

« Maintenant, grâce aux yeux infrarouges de Wims, nous pouvons remonter le temps et dire qu’une grande région de l’hémisphère nord semble également jeune et était probablement active il n’y a pas si longtemps, géologiquement parlant », poursuit Gabriel Tobie. Les astronomes estiment que ce qu’ils qualifient de resurfaçage de l’hémisphère nord pourrait être dû à des panaches de glace semblables à ceux observés du côté du pôle sud. Ou à un mouvement plus progressif de la glace à travers les fractures de la croûte, depuis l’océan souterrain jusqu’à la surface.

Les chercheurs comptent maintenant appliquer la même technique à d’autres lunes glacées du Système solaire. Avec pour objectif de les comparer à Encelade. En commençant pourquoi pas avec Europe et Ganymède, les lunes de Jupiter, grâce aux missions Juice et Europa Clipper.




[Brèves] L’UFC-Que choisir porte plainte contre Nintendo pour obsolescence programmée


L’UFC-Que choisir porte plainte contre Nintendo pour obsolescence programmée

Elle reproche à l’entreprise japonaise de « vendre des manettes qui ont vocation à tomber en panne avant la fin de la première année d’utilisation ».

Les manettes détachables de la Switch rencontrent souvent un problème avec leur stick directionnel, les rendant inutilisables.

Après un premier coup de semonce en novembre 2019, l’UFC-Que choisir passe à l’acte : l’association de consommateurs a annoncé, mardi 22 septembre, dans un communiqué, porter plainte contre l’entreprise Nintendo, pour obsolescence programmée, auprès du procureur de la République de Nanterre.

L’UFC-Que choisir s’intéresse depuis des mois à un problème auquel de nombreux clients de la firme japonaise sont confrontés, celui de manettes Switch défectueuses. Depuis longtemps, des utilisateurs de la console se plaignent de dysfonctionnements – généralement le dérèglement du joystick directionnel au bout de quelques mois d’usage – rendant les Joy-Con (le nom commercial des contrôleurs) quasi inutilisables.

Lire aussi La Switch de Nintendo rattrapée par ses manettes défectueuses

En novembre 2019, l’UFC-Que choisir avait mis en demeure Nintendo de réparer gratuitement les manettes défaillantes, lui reprochant de facturer 45 euros leur remplacement. Dans la foulée, elle avait lancé un appel à témoignages auprès des consommateurs concernés. Si le PDG de Nintendo France a depuis mis en place un service après-vente permettant de faire réparer gratuitement ces manettes, l’UFC n’a pas baissé les armes.

Une action collective aux Etats-Unis

Après avoir récolté, dit-elle, plus de 5 000 témoignages en seulement quarante-huit heures, elle a décidé de « diligenter une expertise sur plusieurs manettes défectueuses, plus ou moins récentes, afin d’analyser l’origine de cette panne », peut-on lire dans son communiqué. Résultat :

« Les experts ont relevé que des modifications ont été réalisées par Nintendo dans la conception de ses manettes, il y a quelques mois, mais pas sur le problème à l’origine des pannes. Alors que Nintendo était informée de ce dysfonctionnement, le géant nippon a choisi de ne pas intervenir sur les composants sujets à cette panne. »

Les experts ont trouvé deux causes pouvant expliquer le problème : « une usure prématurée des circuits imprimés » et « un défaut d’étanchéité qui entraîne une quantité inquiétante de débris et poussières au sein du joystick ». En ne modifiant pas ces caractéristiques, dénonce l’association, « la société continue de vendre des manettes qui ont vocation à tomber en panne avant la fin de la première année d’utilisation, en connaissance de cause ». Pour elle, « Nintendo s’adonne à des pratiques d’obsolescence programmée ».

Les milliers de témoignages reçus par l’UFC-Que choisir lui ont permis de se faire une image plus précise du problème :

« 65 % des consommateurs victimes ont constaté cette panne moins d’un an après l’achat des manettes. Elle apparaît quel que soit le profil ou l’âge du joueur, même en jouant moins de cinq heures par semaine. 25 % des consommateurs ont même vu la panne survenir dans les six mois après l’achat, malgré la faible utilisation de la console. »

Le défaut des Joy-Con de Nintendo lui vaut déjà une action collective aux Etats-Unis, lancée en juillet 2019. S’il n’existe aucun chiffre officiel quant au nombre de manettes défectueuses, des indices de leur récurrence existent. Sur YouTube, par exemple, les tutoriels vidéo de réparation du Joy-Con les plus populaires ont été vus plus d’un million et demi de fois.




[Brèves] Vie extraterrestre : un gaz troublant identifié dans l’atmosphère de Vénus

Une molécule associée sur Terre à l’activité de bactéries anaérobies, la phosphine, a été découverte dans l’atmosphère de Vénus. Cela suggère l’existence, postulée depuis plus d’un demi-siècle, de formes de vie microscopiques dans les hautes couches de l’atmosphère de la planète. Mais la prudence s’impose comme l’a expliqué à Futura l’astrophysicien Franck Selsis qui nous a autorisés à reprendre un texte qu’il a rédigé à ce sujet.

C’est le buzz du moment alimenté par une publication dans le très réputé journal Nature Astronomy. Il faut dire que l’article peut laisser penser que l’on a trouvé une biosignature suggérant l’existence de formes de vie microscopiques dans certaines couches de l’atmosphère de Vénus, qui sont relativement clémentes pour des organismes connus sur Terre du point de vue des températures et pressions présentes. Une équipe d’astronomes de l’université de Manchester, du Massachusetts Institute of Technology et de l’université de Cardiff annonce en effet avoir identifié la signature spectrale d’une molécule bien particulière dans ces couches en utilisant le mythique radiotélescope Atacama Large Millimeter/submillimeter Array (Alma), au Chili et le James Clerk Maxwell Telescope (JCMT) situé à Hawaï. La molécule en question est loin d’être aussi complexe que celle de l’ADN ou encore de la chlorophylle dont la découverte avait été mise en scène sur Europe dans la toute aussi mythique adaptation sur grand écran du roman du regretté Arthur Clarke2010 : Odyssée deux. En effet, il s’agit de la phosphine, une molécule contenant seulement quatre atomes, un de phosphore (P) et trois d’hydrogène(H) donc de formule PH3.

Le phosphore est indispensable pour la vie telle que nous la connaissons sur Terre puisque, rappelons-le, chaque nucléotide de l’ADN est constitué d’un groupement phosphate (ou acide phosphorique) lié à un sucre, le désoxyribose, lui-même lié à une base azotée. Le squelette de l’ADN est donc formé de la répétition sucre-phosphate. On a fait la découverte du phosphore dans la composition de la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko, comme l’expliquait Futura dans un précédent article. Ce qui laisse penser que c’est le bombardement des comètes et des astéroïdes qui l’a amené sur la Terre primitive.

Des explications de Jane S. Greaves (École de Physique & d’Astronomie, université de Cardiff, Royaume-Uni), qui a mené l’étude publiée aujourd’hui. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l’écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». © Royal Astronomical Society

La phosphine, une molécule biotique et abiotique

Sur notre Planète bleue, la phosphine est bien présente dans notre atmosphère et on peut relier son existence, avec les quantités observées, à celle de l’activité de bactéries anaérobies. Dans un précédent article que l’on peut consulter sur arXiv, la célèbre exobiologiste Sara Seager (qui a contribué à l’article de Nature Astronomy), avait avancé avec ses collègues que la présence de phosphine dans une atmosphère d’une planète tellurique de type terrestre pouvait constituer un argument pour l’existence de formes de vie, qui constitueraient la seule explication plausible à la présence des molécules PH3 en certaines quantités. Dans un autre article, où elle expliquait que l’on avait découvert des micro-organismes dans les nuages sur Terre, elle développait, toujours avec ses collègues, des réflexions et un modèle pour un cycle de vie pour ces formes vivantes, dans l’atmosphère de Vénus.

La condition qui fait intervenir un environnement associé à une planète de type terrestre a son importance pour donner du poids à cet argument. En effet, l’atmosphère de Jupiter contient de la phosphine et cela n’étonne personne depuis longtemps car on explique très bien sa présence par des processus abiotiques. La prudence s’impose donc, comme nous allons bientôt le voir, quand on parle de biosignatures. Car cette notion n’est pas sans poser des problèmes et exige d’être maniée avec précaution, tellement il est difficile d’être sûr que certaines molécules ne peuvent être produites que par l’activité de formes de vie.

Pour Janusz Petkowski et Clara Sousa Silva, chercheurs au MIT et parmi les auteurs de la découverte de la phosphine, nous ne connaissons aucun processus non biologique sur Vénus capable de produire les molécules détectées. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l’écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». © Massachusetts Institute of Technology (MIT)

Mais comment des micro-organismes, fussent-ils extrêmophiles, pourraient-ils survivre dans l’atmosphère de Vénus ? C’est un enfer avec une pression au sol d’environ 90 atmosphères et surtout des températures de l’ordre de 450 °C, sans parler des nuages responsables de pluies d’acide sulfurique.

Certes, mais nous savons que certaines des couches de la haute atmosphère de Vénus ont des conditions plus clémentes, à savoir des températures et des pressions comparables à celles de l’atmosphère tempérée sur Terre et que l’on doit même y trouver des gouttelettes d’eau liquide, à tel point que Russes et Américains ont envisagé sérieusement d’y installer des colonies avec des ballons. Toutefois, si des températures de l’ordre de 30°C doivent bien exister dans ces couches, les modélisations et les mesures concernant l’atmosphère de Vénus laissent penser que les nuages y seraient très riches en acide sulfurique, à 90 % contre 5 % pour les environnements terrestres où survivent malgré tout des extrêmophiles. L’existence de micro-organismes sur Vénus n’a donc rien d’évident.

Une autre question que l’on peut se poser est celle de l’origine de ces formes de vie. En fait, on soupçonne depuis quelque temps que Vénus n’a pas toujours été un enfer et qu’il y a environ un milliard d’années, elle était habitable. Les formes de vie microscopiques qui existent peut-être aujourd’hui dans son atmosphère pourraient donc être des vestiges des formes de vie vénusiennes initiales. On peut aussi penser qu’il s’agit de contaminations bien terrestres, apportées par des météorites, si l’on croit quelque peu à la théorie de la panspermie.

En tout état de cause, on pourrait tester cette théorie avec des missions à destination de Vénus qui sont déjà en projet et qui pourraient, par exemple, introduire un ballon dirigeable dans l’atmosphère de Vénus pour y faire des analyses qui pourraient s’avérer concluantes. On pense par exemple à une mission russe à l’étude, Venera D.


La conférence du 14 septembre 2020 sur la découverte de la phosphine. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l’écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». © Royal Astronomical Society

Que pense aujourd’hui Franck Selsis, bien connu des lecteurs de Futura pour ses travaux sur les exoplanètes et notamment la recherche de biosignatures, de la publication de Nature Astronomy ? Nous lui avons demandé et voici ses commentaires.


L'astrophysicien Franck Selsis étudie les atmosphères planétaires et l'exobiologie. © Benjamin Pavone
L’astrophysicien Franck Selsis étudie les atmosphères planétaires et l’exobiologie. © Benjamin Pavone  

La plus grande découverte scientifique de l’histoire ?

Voici quelques remarques qui me semblent importantes, suite aux communiqués annonçant la mise en évidence d’un possible marqueur de vie, ce que l’on appelle aussi souvent une biosignature, sur Vénus, à savoir l’observation de phosphine (PH3) dans l’atmosphère vénusienne :

Détecter un ou plusieurs constituants simples comme la phosphine (PH3), le méthane (CH4), l’oxygène (O2), l’ozone (O3) dans l’atmosphère d’une planète ou en mesurer l’abondance, ne peut pas être en soi considéré comme une biosignature.

Soyons précis sur le vocabulaire : une biosignature ou un biomarqueur, ce n’est pas quelque chose qui est possiblement lié à la vie, c’est la “preuve” non ambiguë que la vie est impliquée.

Donc annoncer la détection d’une biosignature sur une autre planète, c’est annoncer la plus grande découverte scientifique de l’histoire. Or, on ne compte plus, hélas, de telles annonces en particulier dans l’histoire de l’exploration martienne.

Ce n’est en effet pas parce que la vie peut produire une molécule que la présence de cette molécule implique la vie.

« On ne comprend pas donc c’est la vie ! » Non ! Se trouver face à un phénomène qui n’est pas immédiatement compris est très commun en science et heureusement car c’est la principale motivation et source d’enthousiasme dans la recherche.

Affirmer qu’une propriété dérive d’un processus biologique implique justement d’en comprendre et d’en démontrer la nature et non pas d’avoir mis en évidence une “anomalie”, c’est-à-dire une observation pour l’instant sans explication. Par exemple, si je vois une lumière inhabituelle dans le ciel, je peux ne pas avoir d’explication pour le phénomène, mais affirmer qu’il s’agit d’un vaisseau extraterrestre nécessiterait des données solides démontrant que c’est de cela qu’il s’agit.

Il faut donc bien prendre garde avec ce communiqué sur la phosphine vénusienne à ne pas se retrouver dans une posture qui ne serait pas différente de celle consistant à crier à l’invasion extraterrestre parce qu’on voit une lumière inhabituelle dans le ciel.

Que signifierait “trouver une biosignature” en observant une autre planète ?

  • Que l’on dispose d’un ensemble assez détaillé d’informations concernant la composition et les conditions physiques sur cette planète, son irradiation par l’étoile, ses dégazages volcaniques, etc. Or, cette condition n’est pas encore remplie pour Vénus dont les processus atmosphériques et les échanges entre la surface et l’atmosphère sont encore mal compris.
  • Que cet ensemble de propriétés soit inexplicable par des processus physico-chimiques et géophysiques seuls et que cette conclusion fasse consensus au sein de la communauté scientifique. Il n’y a qu’une publication pour l’instant !
  • Que l’on propose l’hypothèse que des métabolismes puissent être à l’origine de l’anomalie observée [on a sauté directement à cette étape] et que cette hypothèse s’accompagne d’un ensemble de tests observationnels, c’est-à-dire de conséquences impliquées par l’hypothèse et vérifiables par l’observation.
  • Que cette hypothèse tienne la route face aux tests observationnels proposés et à toutes les nouvelles observations disponibles mais aussi face aux théories alternatives, jusqu’au stade éventuel (atteignable ou non ?) où la communauté considérera que cette hypothèse biologique est bien confirmée.




[Brèves] Les moines bretons faisaient déjà des crêpes au Moyen-Âge


Des galettières médiévales ont été retrouvées sur le site de l’ancienne abbaye de Landévennec, dans le Finistère. Les analyses physico-chimiques et expérimentales ont permis de déterminer que celles-ci servaient à faire cuire des crêpes dès le 13e siècle.


Exposition

Au terme de recherches étalées sur plus de cinq ans, les scientifiques du musée de l’ancienne abbaye de Landévennec ont eu une conclusion sans appel : les moines de l’abbaye cuisaient déjà des galettes bretonnes au Moyen-Âge.

Des galettières retrouvées dans les fosses de l’abbaye

L’origine de cette étude remonte à une découverte : dans les fosses de l’ancienne abbaye du Finistère ont été retrouvés des morceaux de céramiques médiévales d’une forme bien caractéristique… Ces galettières, plats circulaires en terre cuite d’un centimètre d’épaisseur et de vingt-cinq à quarante centimètres de diamètre, ne se retrouvent en effet nulle part ailleurs que dans la région bretonne.

L’objet retrouvé était archéologiquement complet, c’est-à-dire suffisamment bien conservé pour être reconstitué dans sa forme d’origine. Crédits : Archéologues : A. Bardel et R. Pérennec, coll. Musée de l’ancienne abbaye de Landévennec

Ces récipients sont reconnaissables à la fois par leur forme, mais également leur matériau, la céramique onctueuse, riche en talc pour renforcer leur résistance à une cuisson à haute température”, explique à Sciences et Avenir Guénolé Ridoux, chargé des expositions du musée de l’ancienne abbaye de Landévennec. Mais comment s’assurer que ces plats, datés du 13e et 14e siècles, étaient bien utilisés pour cuire la célèbre galette bretonne ?

Des traces de beurre et d’autres produits laitiers

Des analyses chimiques – une chromatographie et une spectrographie de masse – ont d’abord été réalisées sur les deux galettières retenues pour l’étude. Les scientifiques ont alors pu déterminer la présence d’acides gras à chaînes courtes, marqueurs chimiques des produits laitiers. Les analyses ont également révélé des traces d’acides phytaniques et de cholestérol ainsi que des produits de la dégradation de triglycérides à haute température, témoins de l’utilisation du beurre pour la cuisson.

Les résultats de l’analyse physico-chimique ont été résumés dans une infographie. Crédit : David Yven

Plus intéressant encore, les cétones impaires détectées dans la céramique suggèrent une cuisson de matière grasse à très haute température, entre 240 et 270°C. “Ces données sont parfaitement compatibles avec la cuisson des crêpes aujourd’hui, à plus de 220°C !”, souligne Guénolé Ridoux.

À la recherche de la cuisson parfaite

Afin de vérifier ces résultats d’analyse, les scientifiques se sont attelés à l’archéologie expérimentale, un domaine de l’archéologie visant à retracer les gestes et techniques passées par l’expérimentation. Six galettières ont ainsi été reconstituées pour être testées dans différentes conditions de cuisson. Au beurre, au saindoux ou encore sur foyer, chaque récipient a été soumis à un protocole distinct. L’objectif : comparer les traces laissées par ces différentes utilisations avec les galettières d’origine.

Les six galettières ont été testées avec des températures de cuisson et graissages différents. Crédits : Musée de l’ancienne abbaye de Landévennec

Au total, l’équipe a pu réaliser une douzaine d’expérimentations. Si l’analyse des échantillons et la comparaison avec les galettières médiévales sont encore en cours, les archéologues peuvent déjà affirmer certains éléments : l’aliment cuit dans le récipient breton était une pâte liquide, contenant des produits laitiers et chauffée à une température de plus de 200°C… Pas de doute, il s’agit bien de crêpes !

“Quand la crêpe devient bretonne”

Cette enquête autour des galettières médiévales est en réalité incluse dans une plus grande investigation autour de l’origine de la crêpe. Celle-ci a donné lieu à l’exposition “Quand la crêpe devient bretonne”, ouverte depuis juin 2020 au musée de l’ancienne abbaye de Landévennec. Au programme : jeux, manipulations et vidéos pour en apprendre plus sur l’origine, les traditions et les controverses qui planent autour de ce plat mythique.

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Vidéo de l’exposition “Quand la crêpe devient bretonne” au musée de l’ancienne abbaye de Landévennec. Réalisation : Marc Beugnot, Her-Bak Médias

Exposition Quand la crêpe devient bretonne au musée de l’ancienne abbaye de Landévennec. Du 21 juin au 1er novembre 2020, tous les jours de 10 h 30 à 18 h. Tarif : 6 euros (réduit : 5 euros).

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Merci à Mari-Maël T. pour cette belle idée de ballade 😷