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[Santé] Covid-19 : une prévention active, efficace et peu coûteuse est possible !



La pandémie de Covid-19 qui déferle sur le monde depuis maintenant un an et demi (les premiers patients Covid ont été identifiés, grâce à leurs anticorps à Sienne, en Italie, en octobre 2019) a déjà contaminé 165 millions de personnes et en a tué 3,5 millions, dont plus d’un million en Europe et 110 000 en France. Notre pays fait malheureusement parti des huit états de plus d’un million d’habitants dans le monde qui comptent plus de 100 000 victimes. Il est toutefois important de préciser, pour que cette comparaison morbide ait un sens, que, ramenée au nombre d’habitants, la France se situe, en matière de mortalité, au 24ème rang de ces pays de plus d’un million d’habitants et, au niveau européen, elle se classe au 13ème rang (en termes de décès pour 100 000 habitants), devant l’Allemagne, mais derrière la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Espagne et la Pologne.

En moins de six mois, 1,2 milliard de personnes ont déjà été vaccinées contre le Covid-19 dans le monde, soit environ 15 % de la population mondiale, mais les spécialistes estiment qu’il faudrait parvenir à vacciner au moins 70 % des habitants de la planète pour parvenir à l’immunité collective qui provoquerait l’extinction naturelle du coronavirus. Cela signifie qu’il faut encore, au bas mot vacciner 4,3 milliards de personnes pour atteindre ce seuil collectif d’immunité et il semble peu probable, en dépit des efforts sans précédent de production industrielle de tous les grands laboratoires mondiaux, et de la solidarité internationale en faveur des pays les plus pauvres, que l’on puisse parvenir à vacciner sept habitants de la planète sur dix avant la fin de l’année prochaine…

En France, plus de 20 millions de personnes ont déjà reçu au moins une dose de vaccin, soit un tiers de la population adulte, mais nous savons à présent qu’il faudra parvenir à vacciner au moins 40 millions de Français (75 % des adultes) pour parvenir à l’immunité collective. Un objectif qui semble être très difficile à atteindre mais pas irréaliste avant l’automne, si les inévitables contraintes de production, mais aussi, ne l’oublions pas, les réticences d’une partie (heureusement de moins en moins nombreuse) de la population, notamment parmi les plus jeunes, vis-à-vis de la vaccination, ne viennent contrarier la volonté d’une majorité de français.

Il est important de rappeler que les progrès majeurs intervenus dans la prise en charge des malades atteints des formes les plus graves de Covid-19 (diagnostic plus rapide, utilisation des corticoïdes, assistance respiratoire) ont permis, depuis le début de la pandémie, de faire passer la mortalité moyenne en réanimation de 60 % à 25 %, ce qui est absolument remarquable.

Sur le front des traitements, les avancées se succèdent, grâce à une mobilisation exceptionnelle de la communauté scientifique : deux traitements à base d’anticorps monoclonaux, la combinaison casirivimab/imdevimab du laboratoire Roche et bamlanivimab/etesevimab du laboratoire Lilly, viennent d’être autorisés en France. Ces anticorps monoclonaux sont conçus pour cibler spécifiquement la protéine S située à la surface du SARS-CoV-2, neutralisant ainsi la capacité du virus à se fixer et à pénétrer dans les cellules humaines. Ces nouveaux traitements, qui doivent être délivrés au début de la maladie, sont réservés à la prise en charge des personnes à haut risque d’évolution vers une forme grave de la COVID-19. Mais nous devrions également disposer, dans quelques mois, de premiers traitements à base d’anticorps polyclonaux (six sont en phase d’essais clinique dans le monde, dont celui de la société française Xenothera) qui devraient être plus efficaces que leurs homologues monoclonaux, notamment contre les nouveaux variants.

Parallèlement à ces traitements prometteurs par anticorps, plusieurs molécules anti-Covid pourraient arriver sur le marché dans les mois à venir, si les essais cliniques en cours s’avèrent concluants. C’est le cas du Baricitinib, une molécule qui inhibe des enzymes nommées Janus kinases (JAK 1 et JAK 2) qui contribuent au déclenchement de l’inflammation. Autre médicament prometteur, le molnupinavir, initialement indiqué contre la grippe, mais qui a fait ses preuves contre le Covid-19 lors d’essais de phase II. Il faut aussi évoquer le nitazoxanide, qui est en phase III d’essai et a réduit le taux d’hospitalisation de 79 % et le taux de progression vers une forme grave de 85 % chez les participants par rapport au groupe placebo.

Autre espoir sérieux, l’interféron bêta qui permet de réduire les risques de formes graves de Covid en cas d’infection et est actuellement testé sur 700 malades en France dans le cadre de l’essai clinique Coverage. Enfin, l’Institut Pasteur a annoncé le 13 avril dernier qu’il travaillait sur le clofoctol (Octofene), un antibiotique initialement utilisé dans le traitement d’infections des voies respiratoires et de la bouche, et dont l’effet anti-Covid a été mis en lumière, après le criblage de plusieurs milliers de molécules anciennes.

Si la Covid-19 a un taux de mortalité moyen (par rapport aux personnes infectées) qui est de l’ordre de 1 %, rappelons que ce virus, contrairement à ce qu’on a pu entendre ou lire sur certains médias, a un taux de mortalité parmi les patients hospitalisés qui est trois fois plus élevé que celui de la grippe saisonnière (Voir The Lancet) et laisse des séquelles (neurologiques, cardiaques, digestives)  pendant de longs mois chez les deux-tiers des patients.

Quant à la mortalité réelle de la Covid-19, elle est à présent estimée à 1 %, en moyenne, mais les travaux de l’Imperial College de Londres ont bien montré que le risque de mourir du virus doublait en fait tous les huit ans : il est de 0,1 % chez les moins de 40 ans, 2 % chez les plus de 60 ans, 5 % chez les plus de 80 ans et 11 % chez les personnes les plus âgées.

Aujourd’hui, grâce à la somme des connaissances que nous avons pu accumuler sur la nature et le mode de fonctionnement de ce virus, la plupart des scientifiques et épidémiologistes s’accordent sur le fait que le coronavirus ne va probablement pas disparaître prochainement, et risque de continuer à évoluer, et de devenir saisonnier, avec, nous l’espérons tous, une virulence qui ira en diminuant, grâce au gigantesque effort mondial en cours de développement et d’adaptation rapide des vaccins aux nouveaux variants, une prouesse rendue possible par l’efficacité et la souplesse extraordinaires de la technologie de l’ARN messager.

Mais nous aurions cependant tort de crier victoire trop vite, et de croire que les seuls vaccins, complétés par la nouvelle panoplie de traitements que j’ai évoqués, vont suffire à éradiquer rapidement cette pandémie mondiale, car ce virus est loin d’avoir livré tous ses secrets, notamment en ce concerne sa capacité à pouvoir muter et à échapper aux mécanismes de reconnaissance et de défense immunitaires, même lorsque nous avons été vaccinés…

C’est pourquoi un nombre grandissant de voix s’élèvent, au sein de la communauté scientifique, pour mettre l’accent sur la nécessité de déployer rapidement de nouveaux moyens et outils de prévention, dont nous savons à présent qu’ils sont appelés à jouer un rôle décisif dans la maîtrise de cette pandémie et le retour à une vie sociale, économique et culturelle à peu près normale, même si nous devrons probablement conserver pendant encore de longs mois des précautions de distanciation sociale et de gestes-barrière, comme le port du masque dans les espaces à forte densité d’occupation.

Evoquons d’abord le rôle protecteur de la vitamine B6 (pyridoxine), qui pourrait contribuer à prévenir les formes graves de COVID-19, et notamment la fameuse « tempête de cytokines ». La vitamine B6 pourrait également dissoudre les caillots sanguins fréquemment associés au décès par COVID-19, selon une récente étude de l’Université d’Hiroshima (Voir Frontiers in Nutrition). Selon ces chercheurs japonais, la vitamine B6 contribuerait à la fois à lutter contre les orages de cytokines, liés à une inflammation des cellules endothéliales, et contre les caillots sanguins qui peuvent endommager les organes vitaux comme le cœur, les poumons, le foie et les reins. « Qui aurait pensé qu’un petit composé basique comme la vitamine B6, présente dans la banane ou le poisson, pouvait être une clé de la réponse immunitaire contre le COVID-19 ? », soulignent les chercheurs dans leur étude…

Il y a quelques jours, une autre étude d’envergure, réalisée sur 49 000 participants, par des chercheurs du réputé Institut Karolinska en Suède, de la Harvard Medical School aux États-Unis et de l’Université Queen Mary de Londres, a montré qu’une dose quotidienne de vitamine D pouvait également réduire les risques d’infections respiratoires pour les personnes à risque (Voir The Lancet). Selon ces chercheurs, une supplémentation quotidienne de vitamine D pourrait réduire de 42 % le risque d’infection. https://www.thelancet.com/journals/landia/article/PIIS2213-8587(21)00051-6/fulltext

Autre étude récente à souligner, celle réalisée par des chercheurs israéliens de l’Université Bar-Ilan. Ces scientifiques ont voulu vérifier l’hypothèse que le traitement pré-infectieux avec une faible dose d’aspirine (75 mg) pourrait avoir un effet bénéfique sur la sensibilité au COVID-19 et sur la durée de la maladie. Ils ont analysé les données de 10.477 personnes testées positives pour COVID-19 lors de la première vague (février à juin 2020). Les résultats de cette étude sont sans appel : l’utilisation d’aspirine en prévention du développement de maladies cardiovasculaires chez des participants en bonne santé s’avère associée à un risque réduit de 29 % d’infection au COVID-19- par rapport aux non-utilisateurs d’aspirine ; en outre, la proportion de patients traités avec de l’aspirine est significativement plus faible parmi les participants COVID-19-positifs vs COVID-19-négatifs.

Il faut aussi évoquer une étude réalisée par des chercheurs de différentes universités d’Argentine (Rosario et Buenos Aires) qui a montré le pouvoir protecteur étonnant de l’Iota-carraghénane (I-C), un polysaccharide sulfaté trouvé dans certaines espèces d’algue rouge (Rhodophyceae, Chondrus crispus), connue pour sa forte concentration en antioxydants, en vitamines et en sels minéraux. Les carraghénanes ont une structure moléculaire qui permet de les utiliser facilement en biofilm ; ces derniers peuvent alors constituer une barrière physique très efficace sur la surface de la muqueuse nasale, qui est en mesure de bloquer la pénétration des agents pathogènes.

Cette famille de carraghénanes, utilisée sous forme de pulvérisations nasales, a déjà montré une activité antivirale in vitro contre différents types d’infections respiratoires par coronavirus, mais également contre l’herpès, l’hépatite A, le papillomavirus, et la grippe. Ces recherches ont pu montrer que l’I-C possédait une activité neutralisante sur le Covid-19 comparable à celle d’un sérum de patient ayant contracté la maladie qui a été observé in vitro. Une étude en double aveugle portant sur 394 travailleurs hospitaliers de 10 hôpitaux en Argentine, observés entre juillet et décembre 2020, a montré une réduction significative de l’incidence du COVID-19 dans le groupe ayant reçu le traitement préventif, par rapport groupe placebo (Voir MedRxiv). Cette étude estime que ce traitement à base d’I-C pourrait réduire de 80 % le risque de contracter la maladie.

Un autre axe majeur de prévention du Covid-19, jusqu’à présent largement sous-estimé, concerne le contrôle fin et permanent de la qualité de l’air et son corollaire, l’aération suffisante des locaux et espaces clos, combinée à la purification de l’air. Plusieurs études récentes ont en effet bien établi le rôle-clé de la transmission par les aérosols dans la propagation du Covid-19 et la contamination. C’est notamment le cas d’une étude intitulée « Le rôle des aérosols doit être redéfini dans la transmission du Covid-19 » et publiée le 14 avril dernier. Cette étude rappelle que les personnes infectées par le SRAS-CoV-2 produisent de nombreuses petites particules respiratoires chargées de virus en expirant. L’étude souligne que ces particules ont le pouvoir, dans un espace confiné, d’infecter d’autres personnes à plus de trois mètres de distance, même si celles-ci portent le masque (Voir The bmj).

L’étude réfute la distinction, artificielle à ses yeux, faite entre les « gouttelettes », c’est-à-dire les plus grosses particules, à courte portée, et les « aérosols », c’est-à-dire les plus petites particules, à longue portée, et rappelle que ces deux vecteurs sont bien des aérosols, dans la mesure où ils peuvent être inhalés directement à partir de l’air. Selon ces recherches, il est crucial de mettre davantage l’accent sur la ventilation, car les plus petites particules peuvent rester en suspension dans l’air pendant des heures, ce qui constitue une voie de transmission importante de la Covid-19.Cette étude souligne que, si la contribution de ces aérosols est sans doute faible dans les interactions courantes de courte durée et à distance d’un mètre, il n’en est pas du tout de même lorsqu’ils s’accumulent dans un espace confiné et insuffisamment ventilé, comme un salon ou un bureau. C’est ce qui expliquerait pourquoi de nombreux professionnels de santé ont été infectés malgré le port du masque. « Si nous admettons l’idée que quelqu’un dans un environnement intérieur puisse inhaler suffisamment de virus pour provoquer une infection à plus de 2 m de la source d’origine – même après le départ de la source d’origine – alors les mécanismes judicieusement implantés et réglés de renouvellement et d’aération de l’air prennent tout leur sens », précise l’étude, qui poursuit, « Toutes les tentatives à venir de réduire la propagation du Covid-19 devraient en priorité s’attaquer à la transmission aérienne du virus, qui est considérée comme sa principale voie de circulation », affirme cette étude.

Il est donc urgent de revoir nos stratégies de lutte contre l’épidémie en y intégrant un puissant volet concernant cette question du contrôle de la qualité de l’air et de l’aération des espaces fermés. Les conclusions de cette étude britannique rejoignent celle de chercheurs français du CNRS : Benoît Semin, physicien du laboratoire Physique et mécanique des milieux hétérogènes vient par exemple de montrer que l’utilisation d’un petit détecteur infrarouge, capable de mesurer le taux de dioxyde de carbone, ou CO2, dans l’air, permet d’obtenir un excellent indicateur de la ventilation d’une pièce. En effet, dans les espaces clos, la respiration des humains fait augmenter la concentration en CO2. Moins un espace est ventilé, plus cette concentration s’élève au-dessus des 400 parties par million (ppm) correspondant au taux de CO2 présent dans l’atmosphère.

Un autre chercheur, François Pétrélis, chercheur du Laboratoire de physique de l’École Normale Supérieure, a décidé de placer un détecteur de CO2 dans sa salle de cours. Ses étudiants ont constaté que cet outil indiquait souvent que la concentration en CO2 dépassait les 800 ppm, le seuil-limite défini par les autorités de santé. Ces observations ont débouché sur le « Projet CO2 », qui vise à promouvoir la généralisation du contrôle du niveau de CO2 dans les espaces fermés, ce qui permet de d’assurer une aération suffisante des locaux qui diminue sensiblement la propagation des aérosols potentiellement vecteurs de contamination au Covid-19 pendant plusieurs heures.

En juillet 2020, 239 scientifiques ont adressé une lettre ouverte à l’OMS lui demandant de prendre en compte ce risque et de reconnaître le rôle important de la ventilation, qui permet de disperser les aérosols et de réduire la charge virale. En mars 2021, l’OMS a publié ses nouvelles recommandations en matière de ventilation, reconnaissant officiellement que la transmission du SARS-CoV-2 se fait principalement par aérosols, ce qui renforce l’intérêt du port du masque.

Comme le souligne François Pétrélis, le taux de CO2 indique combien de fois l’air que l’on respire dans une pièce a été respiré auparavant. Le problème, c’est que la plupart des gens croient que leurs lieux de vie et de travail sont suffisamment aérés, même lorsque ce n’est pas le cas. » Or, pour réaliser un geste aussi simple que celui d’ouvrir les fenêtres, il faut pouvoir être informé en temps réel du niveau réel de ventilation.

Pour ces chercheurs du « Projet CO2 », il est indispensable que chaque établissement scolaire, et plus largement tous les lieux fermés accueillant du public, bureaux, services publics, salles de spectacle, soient en mesure de contrôler leur taux de CO2 à l’aide de détecteurs. Ces scientifiques font remarquer que le prix de ces dispositifs ne cesse de baisser et qu’on en trouve à présent à moins de 100 euros. Il s’agirait donc d’un investissement très rentable en matière sanitaire. En outre, à plus long terme, une meilleure ventilation permettrait de réduire les contaminations liées aux maladies respiratoires saisonnières, et de réduire les conséquences sanitaires d’une nouvelle pandémie transmise par aérosols.

Soulignons que, de manière complémentaire aux capteurs de CO2, il serait souhaitable d’équiper les bâtiments publics les plus fréquentés, à commencer par les établissements scolaires, de purificateurs d’air équipés de filtres hautes performances de type HEPA. Une récente étude réalisée par le laboratoire Virpath, codirigé par le Professeur Bruno Lina, a en effet montré que ce type d’appareil pouvait diminuer en 20 minutes la concentration de particules fines dans l’air, et supprimer finalement 99 % des particules virales en suspension dans l’air. L’efficacité de cette utilisation combinée des purificateurs d’air et des détecteurs de CO2 vient par ailleurs d’être confirmée par l’infectiologue à la Pitié Salpêtrière, Robert Sebbag, qui y voit un vrai moyen de lutte contre l’épidémie. Celui-ci préconise la généralisation de ces dispositifs dans les commerces, les bars et restaurants.

Enfin, il faut évoquer une dernière étude récente particulièrement intéressante, qui montre que l’activité physique est sans doute un facteur de risque modifiable le plus important pour prévenir les effets les plus graves de la COVID-19. Ce travail a montré que le taux d’hospitalisation, d’admission en soins intensifs et de décès par COVID-19, est significativement réduit chez les sujets suivant les recommandations d’activité physique de plus de 150 minutes par semaine par rapport aux sujets les moins actifs. Autre enseignement de cette étude, une activité physique, même modérée, permet déjà de réduire sensiblement les risques de faire une forme grave de Covid, ou d’en décéder (Voir NIH).

Pour essayer de mesurer l’effet protecteur d’une activité physique régulière avant infection par le SARS-CoV-2 sur l’évolution de la COVID-19, ces scientifiques ont travaillé sur une large base de données californienne concernant 48 440 patients adultes ayant eu un test PCR positif au COVID-19 entre le 1er janvier et le 21 octobre 2020 et disposant d’au moins 3 visites médicales ayant mesuré leur activité physique au cours des 2 ans ayant précédé le premier confinement. Ces patients ont été répartis dans trois cohortes, en fonction de leur niveau d’activité physique : régulièrement inactifs (moins de 10 minutes d’activité physique par semaine), modérément actifs (entre 11 à 149 minutes/semaine) et régulièrement actifs (au moins 150 minutes/semaine). Le taux d’hospitalisation, d’admission en soins intensifs et de décès, a ensuite été mesuré au sein de ces trois groupes, et l’association de ces paramètres en fonction du niveau d’activité physique a ensuite été évaluée.

Le moins que l’on puisse dire est que les résultats de cette étude sont édifiants : le groupe de patients régulièrement inactifs a en effet un risque d’hospitalisation multiplié par 2,26 par rapport au groupe suivant les recommandations d’activité physique. En matière de mortalité, le risque est multiplié par 2,49 chez les patients régulièrement inactifs et par 1,88 chez les modérément actifs, par rapport aux patients régulièrement actifs, qui font au moins 150 minutes d’exercice physique par semaine.

Cette étude montre, de manière saisissante, que l’augmentation du risque liée à l’inactivité physique est supérieure à celle liée au tabagisme et autres comorbidités associées à la sévérité de la COVID-19 (obésité, diabète, hypertension, maladies cardiovasculaires et cancer). Ces recherches établissent donc de manière solide que l’activité physique est bien le principal facteur modifiable pour réduire à la fois les risques de formes graves et de mortalité, liés à l’infection par la Covid-19.

En combinant et en généralisant de manière intelligente et personnalisée l’ensemble de ces nouveaux outils de prévention, dont l’efficacité est à présent bien établie scientifiquement, notre pays pourrait, pour un coût collectif tout à fait modeste, réduire considérablement les risques, pour nos concitoyens les plus fragiles, de développer une forme grave de Covid-19 (avec toutes les séquelles lourdes qui peuvent en résulter) et de décéder de cette maladie. En synergie avec la stratégie de vaccination massive en cours et le maintien de règles adaptées de distanciation et de protection, cette prévention active pourrait nous permettre, non seulement de sortir plus rapidement de la pandémie actuelle, mais également de limiter sensiblement les conséquences dévastatrices d’un éventuel retour du coronavirus, ou d’un autre agent pathogène inconnu, sous des formes mutées plus agressives et plus réfractaires aux vaccins.

Il faut souhaiter que le Gouvernement et les autorités de santé, avec le concours actif des collectivités locales, mettent en œuvre sans tarder cette politique globale et volontariste de prévention au long cours qui peut contribuer de manière décisive à la maîtrise durable de cette pandémie, qui n’est pas une fatalité et que nous pouvons vaincre, si nous savons exploiter toutes les connaissances nouvelles que nous avons accumulées sur ce virus, et savons faire preuve de lucidité, de pragmatisme, et de courage politique.

René TRÉGOUËT

Sénateur honoraire

Fondateur du Groupe de Prospective du Sénat

e-mail : tregouet@gmail.com




[Santé] Apipuncture: comment se soigner grâce au venin des abeilles – Vivre Demain (Voir le reportage de France 3)



Les animaux et les plantes fournissent de nombreux antidotes à l’espèce humaine, on peut par exemple guérir des maladies avec les abeilles.

L’acupuncture est une pratique issue de la médecine traditionnelle chinoise. Il s’agit de planter des aiguilles à des endroits très précis du corps afin de résoudre certains maux de l’organisme. Cette méthode est utilisée dans de nombreux pays du monde, notamment en France, mais connaissez-vous l’apipuncture ? Le concept est le même, mais c’est avec des piqûres d’abeilles que les problèmes sont résolus.

Entre préservation de la biodiversité, fabrication du miel, pollinisation des arbres et des fleurs, les abeilles sont des insectes qui possèdent de nombreuses qualités. Elles sont sources de remèdes pharmaceutiques, de méthodes médicales particulières et ont un rôle crucial pour notre écosystème.

En quoi le venin d’abeilles est bénéfique ?

Il n’y a pas de réelles études qui prouvent que le dard des abeilles a des effets bénéfiques pour l’Homme. Pourtant, le miel, le pollen, et le venin des abeilles sont utilisés en médecine depuis l’Egypte Antique. L’apipuncture n’est utilisée de nos jours que si les autres antidotes présents sur le marché n’ont pas fonctionné. Cette méthode permet de traiter plus ou moins efficacement de nombreuses choses: les rhumatismes, la maladie de Parkinson, les cicatrices, l’épilepsie, les inflammations, la fatigue, les brûlures…

On retrouve également l’utilisation des abeilles en homéopathie, comme par exemple à travers les granules “Apis Mellifica” qui traitent tous les types d’œdèmes, les conjonctivites, les maux de têtes, les angines ou les infections urinaires. Apis est l’appellation scientifique des abeilles d’où le nom du médicament.

Soigner des maladies naturellement

Dans le reportage ci-dessous réalisée par le groupe France 3, on découvre comment une infirmière prend en charge le traitement par piqûres d’abeilles. Une des patientes est une ancienne championne d’athlétisme (Maryse Pioch) qui se soigne à l’apipuncture depuis 2005. Grâce à ce remède, elle a pu soigner au bout de deux ans les douleurs chroniques de sa sclérose en plaques.

France 3 “Apipuncture, les abeilles guérisseuses” 3 mn
https://www.dailymotion.com/video/x2tuooj

Sachant que dans le dard d’une abeille il y a entre 50 et 100 microgrammes de venin, il en faut un grand nombre pour arriver à ce résultat. En effet, Maryse Pioch a eu recours à cette méthode trois fois par semaine, ce qui représente jusqu’à 40 piqûres administrées, ce qui est considérable.

Les limites de l’apipuncture

Puisqu’il s’agit de se faire piquer pas des abeilles alors que celles-ci sont encore vivantes, certaines personnes voient l’apipuncture comme une méthode barbare et douloureuse. En effet, quand le dard de ces insectes se plante dans la peau, il arrache en même temps une partie de leur abdomen, ce qui entraîne presque toujours la mort de l’abeille, alors que c’est une espèce en voie de disparition.

De plus, il est important de faire un test avant d’opter pour ce remède car entre 2 et 5% de la population sont allergiques aux abeilles. En cas de piqûres cela peut entraîner des réactions très violentes, et même le décès du patient dans le pire des cas. Il faut donc y réfléchir à deux fois avant de se lancer dans la démarche !

Crédit photo principale : Wikimédia – Richard Bartz




alain@barras.fr et merci à JLB pour ce rappel 😷



[Santé] Les vitamines : des alliées inestimables pour une bonne santé physique et mentale


La découverte des 13 vitamines que nous connaissons aujourd’hui (A, D, E, K, B1, B2, B5, B6, B8, B9, B12, et C), de leur structure chimique, de leurs nombreuses propriétés et effets sur le métabolisme, est une longue et passionnante histoire qui s’étale sur plus d’un demi-siècle, de 1887, date de la découverte de la vitamine B1 (Thiamine), par le biologiste hollandais Christian Eijkman, jusqu’à la découverte de la vitamine B9 (Acide folique), dont le rôle-clé dans l’anémie macrocytaire des femmes enceintes fut mis en évidence en 1930 par la grande hématologue britannique Lucie Wills, mais qui ne fut chimiquement identifiée qu’en 1941.

Il est impossible de passer ici en revue l’ensemble des études récentes concernant les effets bénéfiques de certaines vitamines dans la prévention d’une multitude de pathologies organiques, mais également neurodégénératives ou psychiatriques. Néanmoins, quelques-unes de ces études méritent d’être évoquées.

En mai 2020, une étude britannique, portant sur 20 pays européens, a constaté un lien entre les niveaux de vitamine D et les cas de COVID-19 (voir a.r.u.). Ce travail, dirigé par Lee Smith de l’Université Anglia Ruskin, a montré une nette corrélation entre les niveaux moyens de vitamine D, le nombre de cas de COVID-19 et les taux de mortalité. La vitamine D aurait cet effet protecteur en limitant la production de cytokines inflammatoires.

Ces recherches ont notamment montré qu’en Italie et en Espagne, pays ayant eu, au regard de leur population, une mortalité très élevée due à la COVID-19, on observe des taux moyens de vitamine D inférieurs à ceux de la plupart des pays du nord de l’Europe. L’explication réside dans le fait que les habitants les plus âgés du sud de l’Europe évitent de s’exposer de manière intensive au soleil ; en outre, la pigmentation plus foncée de la peau dans ces pays méditerranéens réduit également la synthèse naturelle de la vitamine D. L’étude souligne qu’on trouve, en revanche, des taux moyens de vitamine D les plus élevés dans les pays du nord de l’Europe, en raison des habitudes alimentaires, telles que la consommation d’huile de foie de morue et de suppléments de vitamine D, et d’une exposition accrue au soleil. Or, les pays scandinaves, Finlande, Danemark, Norvège (à l’exception notable de la Suède pour d’autres raisons) sont parmi les pays d’Europe où le nombre de cas de COVID-19 et le taux de mortalité par habitant sont les plus faibles. « Nos travaux montrent une relation significative entre les niveaux moyens de vitamine D et le nombre de cas de COVID-19, et en particulier les taux de mortalité par COVID-19, considérés proportionnellement à la population, dans les 20 pays européens », indique Lee Smith.

Il y a quelques semaines, début mars, une étude réalisée par l’Ecole des sciences de la vie de l’Université d’Hiroshima (Japon) a confirmé les bénéfices de la vitamine B6, que l’on trouve dans de nombreux aliments, pour renforcer notre système immunitaire et prévenir les formes les plus graves de la Covid-19 (Voir Frontiers in Nutrition). Ces recherches rappellent que la vitamine B6, qui exerce un effet protecteur contre les maladies chroniques telles que les maladies cardiovasculaires et le diabète en diminuant l’inflammation et le stress oxydatif, est également en mesure de diminuer les risques de développer une forme grave de Covid-19. L’étude souligne également le lien entre thromboses (coagulation du sang) et gravité de la Covid-19, en précisant que la vitamine B6 possède des vertus anti-thrombotiques.

La vitamine D joue également un rôle majeur en matière de prévention et de protection contre de nombreuses pathologies. Une méta-analyse portant sur 2 367 personnes a par exemple montré en 2018 que les personnes déficientes en vitamine D étaient moins bien protégées contre deux souches de grippe après avoir été vaccinées que celles qui avaient des niveaux de vitamine D adéquats (Voir NCBI). D’autres recherches ont montré que l’administration quotidienne de suppléments de vitamine E aux personnes de plus de 65 ans augmentait la quantité d’anticorps qu’elles produisaient après avoir été vaccinées contre l’hépatite B et le tétanos.

Une autre étude publiée en février dernier par le Centre de recherche contre le cancer d’Heidelberg a montré, de manière saisissante, que, si tous les Allemands de plus de 50 ans prenaient des suppléments de vitamine D, on pourrait éviter jusqu’à 30 000 décès par cancer par an, et gagner plus de 300 000 années de vie (Voir FEBS PRESS). Selon ce travail, une supplémentation en vitamine D serait associée à une réduction du taux de mortalité par cancer d’environ 13 %. « Compte tenu des effets positifs potentiellement significatifs sur la mortalité par cancer, nous devrions chercher de nouveaux moyens de réduire la carence en vitamine D largement répandue dans la population âgée en Allemagne », estime M. Brenner, qui a dirigé cette étude. Celui-ci souligne qu’en Finlande, pays où certains aliments sont enrichis en vitamine D, le taux de mortalité par cancer est inférieur de 20 % à celui de l’Allemagne, ce qui constitue un écart considérable pour deux pays ayant un niveau économique et médical comparable.

L’étonnant pouvoir protecteur de la vitamine D en matière de cancer a également été mis en lumière par une autre étude américaine très solide, portant sur 25 800 patients, publiée en novembre 2020 (Voir JAMA Network). Ces recherches, effectuées par des scientifiques du réputé Hôpital Brigham and Women’s de Boston, ont montré qu’une supplémentation en vitamine D pouvait réduire l’incidence des cancers avancés et métastatiques. Les participants à cette étude, qui s’est étendue sur sept ans, de 2011 à 2017, étaient des hommes de 50 ans ou plus et des femmes âgées de 55 ans ou plus qui ne souffraient, initialement, ni de cancer ni de maladie cardiovasculaire. Certains ont reçu une supplémentation en vitamine D, d’autres une supplémentation en Oméga-3 et un groupe a reçu un placebo. Dans le groupe ayant reçu de la vitamine D, le nombre de cancers graves qui se sont déclarés pendant la durée de l’étude a été inférieur de 20 % à celui observé dans le groupe-témoin, qui avait reçu un placebo.

Ces études confirment un autre travail effectué en 2018, sous l’égide du Centre de santé publique du Japon, et mené auprès de plus de 33 000 patients issus de 9 régions différentes du pays (Voir The BMJ). Cette étude a montré que la concentration de vitamine D3 dans le sang était inversement associée au risque de cancer. Pour cette étude, des échantillons de sang avaient été prélevés pour mesurer les taux de vitamine D et les patients avaient été divisés en quatre groupes, allant du taux le plus faible au taux le plus élevé de vitamine D. Au cours de l’étude, 3301 nouveaux cas de cancers ont été enregistrés. Après pondération des facteurs de risque de cancer (âge, poids, tabagisme), les chercheurs ont constaté qu’un taux plus élevé de vitamine D diminuait le risque global de cancer. Cette diminution, pour les plus gros consommateurs de vitamine D, était particulièrement marquée pour le cancer du foie, puisqu’elle atteignait 30 %.

Dans ce panorama des effets protecteurs et préventifs des vitamines contre de nombreuses pathologies, il faut bien sûr évoquer la plus connue et la plus médiatique d’entre elles, la vitamine C, découverte au XVIIIème siècle, mais synthétisée seulement en 1934. L’activité anticancéreuse de la vitamine C avait été pressentie et vantée par le grand biologiste américain Linus Pauling, seul, avec Marie Curie, à avoir eu deux fois le prix Nobel (Chimie en 1954 et Paix en 1962). En 2016, une étude américaine réalisée par l’Université de l’Iowa a montré, sur certains cancers du poumon et du pancréas, la meilleure efficacité d’un traitement combinant chimiothérapie, radiothérapie et doses élevées de vitamine C en intraveineuse. Dans cette étude, la vitamine C a été administrée à des niveaux de concentration 100 à 500 fois supérieurs à ceux observés lors d’une prise orale. Les chercheurs ont alors observé que la vitamine C formait du peroxyde d’hydrogène (H2O2), une molécule présente dans l’eau oxygénée, capable de détruire les cellules cancéreuses par différents mécanismes : en créant des dommages à l’ADN, en activant le métabolisme et en inhibant la croissance. Fait remarquable, les cellules normales sont épargnées par ces effets destructeurs car elles possèdent, contrairement aux cellules malades, un haut niveau de catalase, une enzyme qui leur permet de garder des niveaux de vitamine C très bas, en l’éliminant (Voir Science Direct).

Rappelons qu’en 2009, une autre équipe de recherche française avait, elle aussi, pu montrer que l’acide ascorbique (le principe actif de la vitamine C) avait une action inhibitrice sur les gènes impliqués dans la prolifération cellulaire. Ces chercheurs avaient notamment réussi à augmenter sensiblement la durée de vie de souris atteintes de cancer, grâce à un traitement par injection de vitamine C (Voir PLOS). Cette étude, dirigée par Michel Fontès, directeur du laboratoire Thérapie des Maladies Génétiques de l’Université de la Méditerranée à Marseille, avait confirmé les propriétés anti-prolifératives et anticancéreuses de l’acide ascorbique à haute dose.

Mais si certaines vitamines, administrées de manière judicieuse et personnalisées, peuvent participer de manière puissante à la prévention et au traitement de nombreuses maladies graves (cancer, maladies cardiovasculaires, infections virales) elles peuvent également, ce qui est moins connu, avoir un effet bénéfique sur certaines pathologies neurodégénératives et neurologiques. Une récente étude réalisée par des chercheurs allemands de l’Université de Fribourg vient de montrer l’action bénéfique d’un dérivé de la vitamine A, l’acide rétinoïque, sur la santé synaptique et la connectivité du cerveau (Voir eLife). La vitamine A, déjà connue pour stimuler le système immunitaire, se trouve dans certains aliments d’origine animale, dont les produits laitiers, les œufs, la viande et le poisson gras, mais également dans certains fruits et légumes à feuilles. L’équipe du Docteur Andreas Vlachos, de l’Institut d’anatomie et de biologie cellulaire de l’Université de Fribourg, et du Professeur Jürgen Beck, chef du département de neurochirurgie de l’Université de Fribourg, a pu montrer, pour la première fois, que la vitamine A exerçait une action positive sur le maintien de la plasticité synaptique chez l’homme.

Ces recherches ont montré que l’acide rétinoïque augmente non seulement la taille des épines dendritiques, mais renforce également leur capacité à transmettre des signaux entre les neurones humains. Ces travaux montrent donc que les acides rétinoïques sont des médiateurs importants pour la plasticité synaptique dans le cerveau humain, ce qui ouvre de nouveaux champs de recherche thérapeutique pour soutenir ou restaurer la plasticité cérébrale, qui peut être affectée dans de nombreuses maladies touchant le cerveau et le système nerveux.

En 2017, une précédente étude réalisée par des chercheurs canadiens et chinois avait déjà montré (Voir Springer) qu’une carence, même faible, en vitamine A, augmentait le risque de maladie d’Alzheimer. Ces chercheurs de la Chongqing Medical University (Chine) et de l’University of British Columbia (Canada) ont observé que les souris déficientes en vitamine A présentent un développement anormal d’agrégats de protéines caractéristiques de la maladie d’Alzheimer. En outre, la descendance de ces souris présentait des capacités cognitives réduites. Cette étude a également analysé des prélèvements sanguins de 330 participants âgés en moyenne de 77 ans, résidant dans des foyers de soins chinois. Leurs capacités cognitives ont été mesurées grâce à deux échelles d’évaluation, l’ADAS-Cog (Cognitive subscale of the Alzheimer’s Disease Assessment Scale) et la CDR (Clinical Dementia Rating Scale). Les chercheurs ont ainsi pu montrer, en s’appuyant sur des analyses de sang régulières, l’existence d’un lien important entre les niveaux de vitamine A et la déficience cognitive. Ces travaux montrent de manière intéressante qu’une carence même faible en vitamine A favorise le dépôt de la plaque amyloïde chez les souris modèles Alzheimer et conduit à des déficits de mémoire. Les chercheurs préconisent donc la piste d’une supplémentation ciblée chez certains patients, en vitamine A, pour prévenir la maladie d’Alzheimer.

Des recherches françaises menées par l’Inserm, réalisées en 2017, ont par ailleurs montré, sur plus de 10 000 personnes suivies pendant 17 ans, qu’une carence en vitamine D pouvait augmenter sensiblement les risques de développer une maladie d’Alzheimer. Ces travaux ont montré que les participants présentant une carence (25 %) ou une insuffisance (60 %) en vitamine D avaient un risque multiplié par deux de développer une démence et un risque multiplié par près de trois de développer une maladie d’Alzheimer par rapport à ceux ayant un niveau élevé en vitamine D.

En 2013, une vaste étude américaine menée sur 85.000 enfants nés entre 2002 et 2008 par l’Université de Columbia a par ailleurs montré que des compléments de vitamine B9 (dont la carence durant la grossesse augmente sensiblement le risque de malformations du système nerveux primitif de l’embryon), avant et au début de la grossesse, pouvaient réduire de près de 40 % le risque d’autisme du nouveau-né (Voir JAMA Network).

L’ensemble de ces découvertes et recherches récentes nous amènent à modifier profondément la vision scientifique et médicale que nous avons des vitamines. Même si le rôle et l’importance de ces substances dans le bon fonctionnement du métabolisme sont à présent connus depuis des décennies, leur utilité a longtemps été circonscrite à des domaines biologiques et des pathologies bien précises, le plus souvent bénignes. Mais ces travaux montrent qu’en réalité, les vitamines possèdent un immense pouvoir de prévention, pour de multiples maladies et constituent également un immense potentiel thérapeutique, loin d’être entièrement connu et exploité.

Nous savons aujourd’hui qu’une utilisation personnalisée et appropriée des vitamines (c’est-à-dire combinant celles issues d’une alimentation rééquilibrée et celles issues d’une éventuelle supplémentation ciblée, correspondant à une prescription médicale), en fonction bien entendu de l’âge, des antécédents médicaux et du profil génétique du patient, pourrait devenir l’une des clefs de voute de la médecine préventive et prédictive qui s’annonce, et visera en priorité à nous maintenir le plus longtemps possible en bonne santé et en bonne forme physique et psychique.

Alors que notre société est confrontée à un vieillissement accéléré et inexorable, qui risque de se traduire, quels que soient les progrès de la médecine, par une augmentation considérable des pathologies lourdes liées au grand âge, nous devons repenser complètement notre système de santé et nos concepts de soins de manière à prévenir, dès le plus âge, et tout au long de la vie, les maladies les plus graves, qui peuvent être très largement évitées ou retardées pour un coût global bien modeste au regard de nos dépenses de santé qui dépassent les 210 milliards d’euros par an, soit 7 200 euros par foyer français…

Il serait souhaitable que les pouvoirs publics et l’ensemble des acteurs médicaux s’emparent enfin de ce formidable levier que représentent les vitamines, pour l’intégrer pleinement à notre politique de santé et de promotion du bien-être et permettre ainsi de franchir une nouvelle étape décisive dans la production active de la santé pour tous et l’amélioration de notre qualité de vie.

René TRÉGOUËT

Sénateur honoraire

Fondateur du Groupe de Prospective du Sénat

e-mail : tregouet@gmail.com




[Santé] Covid-19. Une vingtaine de médecins dénoncent un déconfinement plus « politique » que « sanitaire »


Des médecins et des chercheurs déplorent dans une tribune que la levée progressive des restrictions prévue par le gouvernement face au Covid-19 soit « davantage guidée par des desseins politiques que par un objectif sanitaire ».

Beaucoup de monde sur le littoral en ce week-end du 8 mai, comme aux Sables-d’Olonne, en Vendée.
Beaucoup de monde sur le littoral en ce week-end du 8 mai, comme aux Sables-d’Olonne, en Vendée. | JÉRÔME FOUQUET/OUEST-FRANCE

Ils sont 23 à prendre la plume. Dans une tribune publiée sur le site du Journal du Dimanche , des médecins et des chercheurs dénoncent un déconfinement « davantage guidé par des desseins politiques que par un objectif sanitaire ». Soulignant que « d’après l’Institut Pasteur, seul un scénario optimiste permettrait d’éviter un rebond épidémique durant l’été », ils rappellent aussi que le conseil scientifique affirmait le 21 avril que la situation sanitaire liée au Covid-19 restait « préoccupante ».

« Plutôt que de formuler un objectif à atteindre, comme le seuil des 5 000 nouveaux cas par jour […] les annonces présidentielles officialisent un « frein d’urgence » ou « de reconfinement » fixé à 400 nouveaux cas pour 100 000 habitants, contre 250 auparavant, et associé à des critères aussi flous que l’« augmentation brutale du taux d’incidence » ou la « menace de saturation des services »», observent-ils.

« D’une gestion active à une gestion passive de l’épidémie »

« Nous assistons à l’officialisation du passage d’une gestion active à une gestion passive de l’épidémie. Il s’agit là d’un pari audacieux, avec un seuil particulièrement élevé et ne répondant pas à des objectifs de contrôle », poursuivent les signataires, parmi lesquels des urgentistes, des généralistes, des chercheurs.

« Après un an de privations, la France aspire à reprendre une vie satisfaisante. Mais cela ne peut se faire que sur des bases scientifiques », disent-ils encore, appelant « à la mise en place d’un nouveau protocole national, qui fixe des seuils précis, déclenchant des mesures automatiques, décidées et débattues à l’avance ». « Pour lutter efficacement contre le virus, il ne faut plus être dans le déni ni dans la pensée magique, ni invisibiliser la maladie et ses conséquences », jugent ces spécialistes.

En dépit d’un nombre de cas quotidiens qui reste élevé et d’un niveau toujours important de patients hospitalisés, le gouvernement est engagé dans une levée progressive des restrictions face au Covid-19, avec notamment le 19 mai la réouverture des magasins, des lieux culturels et des terrasses.




[Santé] L’extraordinaire efficacité des vaccins à ARN contre la Covid-19 ouvre une nouvelle ère dans l’histoire de la médecine


L’extraordinaire efficacité des vaccins à ARN contre la Covid-19 ouvre une nouvelle ère dans l’histoire de la médecine



Depuis l’arrivée des premiers vaccins contre le coronavirus, fin 2020, plusieurs questions scientifiques capitales restaient sans réponses claires. Il s’agit, premièrement, du niveau de protection conféré par une précédente infection à SARS-CoV-2 ou induit par la vaccination, contre les nouveaux variants B.1.1.7 et B.1.351, détectés respectivement au Royaume-Uni et en Afrique du Sud, deuxièmement, de la capacité des vaccins à ARN à réduire ou empêcher la transmission du virus et, enfin, de la durée réelle de protection immunitaire offerte par ces vaccins à ARN contre le coronavirus et ses variants. Depuis quelques jours, nous disposons enfin de plusieurs études épidémiologiques, très solides, qui nous apportent des éléments de réponse particulièrement positifs et encourageants sur ces trois interrogations.

Dans une première étude, une équipe française de Pasteur a confirmé que si le variant « britannique » est neutralisé de façon presque identique au virus de référence, son homologue « sud-africain » nécessite des concentrations 6 fois plus élevées d’anticorps pour être neutralisé (Voir Institut Pasteur).

Les chercheurs de l’Institut Pasteur, en collaboration avec les centres hospitaliers d’Orléans, Tours, Créteil, Strasbourg et l’Hôpital Européen Georges Pompidou, ont évalué la sensibilité de ces deux variants aux anticorps neutralisants présents dans les sérums de personnes précédemment infectées ou vaccinées. Point important de cette étude, les scientifiques ont travaillé sur de véritables virus et non des pseudovirus. L’équipe française a montré que le variant anglais (B.1.1.7) est neutralisé par 95 % des sérums de ces participants infectés recueillis jusqu’à 9 mois après l’apparition des symptômes, des résultats comparables à ceux obtenus pour la souche d’origine D614G. S’agissant du variant sud-africain (B.1.351), il est neutralisé dans 40 % des sérums de patients ayant été infectés par le SARS-CoV-2- recueillis jusqu’à 9 mois après l’apparition des symptômes. Mais ces recherches montrent qu’il faut six fois plus d’anticorps pour neutraliser le variant sud-africain.

Mais, on le sait, L’immunité acquise utilise deux types d’immunités : d’une part, l’immunité humorale, qui repose sur des molécules solubles, les anticorps ; d’autre part, l’immunité cellulaire, qui repose sur les lymphocytes T. Or, selon une autre étude publiée le 30 mars dans le Journal de l’Université d’Oxford, les lymphocytes T, baptisés « cellules T tueuses » parce qu’ils éliminent les cellules infectées, restent efficaces contre les variants plus contagieux du Covid-19 et contre les risques accrus de réinfection et de formes sévères de Covid-19 (Voir Oxford Academic). Dans ce travail, les scientifiques des Instituts nationaux de santé américains (NIH) et de l’Université Johns Hopkins ont analysé des échantillons de sang de 30 personnes ayant contracté le virus avant l’émergence des variants. L’étude avait pour but de savoir si ces lymphocytes T CD8 (une catégorie de globules blancs) étaient capables de reconnaître les trois variants majeurs du SARS-CoV-2: le B.1.1.7 (variant anglais), le B.1.351 (variant sud-africain) et le B.1.1.248 (variant brésilien).

Ces variants portent chacun une mutation dans la région de la protéine S (spike), et c’est ce qui les rend plus difficiles à identifier par les anticorps neutralisants. Confrontés au coronavirus, ces anticorps empêchent le virus d’infecter les cellules. Les lymphocytes T, eux, éliminent les cellules déjà infectées. Cette étude américaine est très importante, car elle montre que la réponse des cellules tueuses reste puissante et que celles-ci continuent à reconnaître pratiquement tous les variants, contrairement aux anticorps. Ces deux études complémentaires montrent donc que les vaccins actuellement disponibles semblent moins efficaces, en ce qui concerne l’immunité humorale (Anticorps) contre certains variants, comme le variant sud-africain, mais semblent tout de même stimuler suffisamment l’immunité cellulaire (Lymphocytes T), pour que celle-ci reconnaisse et combatte vigoureusement ces nouveaux variants.

Parmi les pistes possibles qu’étudient les scientifiques, on trouve la possibilité d’une troisième dose, pour “booster” le système immunitaire, ou encore la combinaison de plusieurs vaccins. Le Royaume-Uni envisage, en septembre prochain, un vaccin de “rappel”, légèrement modifié, capable de faire face aux variants, pour les personnes de plus de 70 ans, afin de les protéger contre les nouvelles variantes du coronavirus.

Selon le virologue Marc Van Ranst, de l’Université Catholique de Louvain, l’Europe ferait bien de faire de même et devrait, dès à présent, anticiper dans la lutte contre ces variants, en prévoyant à la fois un rappel à l’automne avec des vaccins à ARN “adaptés” aux nouveaux variants, mais aussi en faisant monter en ligne des vaccins à virus inactivés, comme celui que prépare Valneva, qui, au lieu de se concentrer sur une petite partie du virus – la protéine S, dite “Spike” – utilisent le coronavirus dans son ensemble pour développer une réponse immunitaire plus large et plus forte.

Mais s’il est maintenant avéré que l’efficacité des vaccins à ARN  provoque une réponse immunitaire forte, tant humorale que cellulaire, sur le coronavirus, et l’ensemble de ses variants connus, est remarquable, deux autres études récentes viennent d’éclairer un autre point majeur qui faisait débat chez les scientifiques, celui de la capacité des vaccins à ARN à bloquer ou à diminuer fortement la transmission du virus. La première étude a été réalisée sous l’égide des Centres de Contrôle et de Prévention (CDC), principale agence fédérale de santé publique aux Etats-Unis, à partir de données recueillies entre décembre 2020 et mars 2021, et concernant 3 950 membres du personnel de santé (Voir CDC).

Au cours de cette période, 2.479 personnes ont reçu les deux doses du vaccin de Pfizer ou Moderna, 477 n’ont reçu qu’une dose de l’un des deux, le troisième groupe – 994 personnes – n’a pas été vacciné. Les participants de cette étude ont été dépistés chaque semaine avec un test PCR. Les résultats de cette étude rigoureuse sont clairs : les vaccins Pfizer ou Moderna protègent contre les formes graves de la maladie, mais aussi contre les infections. Cette étude montre que, “sur le terrain”, ces vaccins se sont avérés efficaces à 90 %, après la deuxième dose, pour prévenir les infections au coronavirus. Ces recherches montrent également que les risques d’être contaminés diminuent déjà de 80 %, deux semaines après la première dose.

Autre point capital, ces travaux confirment que les vaccins à ARN ne permettent pas seulement de protéger contre les effets du virus, mais empêchent également le virus d’entrer dans l’organisme, et diminuent drastiquement les cas asymptomatiques. L’étude précise en effet que « Parmi les infections qui se sont produites, seulement 10,7 % étaient asymptomatiques. Cela signifie que les personnes vaccinées sont très peu susceptibles de transmettre le virus lorsqu’elles ne présentent pas de symptômesCela signifie également qu’à mesure que les taux de vaccination continuent d’augmenter, le virus aura de moins en moins d’hôtes possibles ».

Cette étude vient donc confirmer celle publiée le 10 mars dernier  (Voir Oxford Academic CID) par des chercheurs de la Mayo Clinic Rochester, qui montrait que les vaccins anti-COVID à ARN messager permettaient de réduire considérablement le risque d’infection asymptomatique au COVID-19 et donc le risque de propagation à bas bruit du virus. Rappelons que cette étude de la Mayo Clinic a permis d’analyser les données d’une cohorte de 39.000 patients ayant subi des tests PCR COVID-19 entre le 17 décembre 2020 et le 8 février 2021 à la Mayo Clinic du Minnesota et en Arizona. Les résultats de ce travail sont également sans équivoque et montrent que les patients sans symptômes ayant reçu les 2 doses de vaccin à ARN, ont un risque réduit de 80 % d’être testés positifs, par rapport aux personnes non vaccinées.

Ces études récentes sont en parfaite cohérence avec celle réalisée en février dernier en Israël. Dans ce pays qui est le premier à avoir vacciné massivement sa population, une étude menée conjointement par le ministère israélien de la Santé et Pfizer a révélé que le vaccin développé par Pfizer et son partenaire allemand BioNTech réduisait les risques d’infection de 89,4 % dans les cas asymptomatiques et de 93,7 % dans les cas symptomatiques. Une seconde étude, réalisée par le centre hospitalier israélien Chaim Sheba, situé à Ramat Gan près de Tel Aviv, et publiée dans le « Lancet », a montré, pour sa part, que sur les 7.214 membres du personnel hospitalier ayant reçu une première dose de vaccin en janvier, on observait une réduction de 85 % des cas symptomatiques de COVID-19 dans les 15 à 28 jours, avec une réduction globale des infections (Voir The Lancet).

S’agissant enfin de la question, elle aussi essentielle, de la durée de protection immunitaire conférée par les vaccins à ARN, les laboratoires pharmaceutiques Pfizer et BioNTech ont publié, le 1er avril, un rapport d’analyse révélant que le vaccin montrait une efficacité de 91,3 % contre les formes symptomatiques de la COVID six mois après la seconde injection. Ces résultats encourageants, cohérents avec les prévisions initiales, indiquent que l’immunité générée par le vaccin se maintient bien pendant plusieurs mois (Voir Pfizer). Ces nouvelles données publiées par Pfizer indiquent également qu’une étude menée en double aveugle contre placebo sur 800 participants en Afrique du sud a montré que neuf cas de Covid-19 ont été détectés, tous dans le groupe placebo, ce qui conforterait l’hypothèse selon laquelle le vaccin Pfizer reste efficace contre le variant sud-africain…

Ces résultats sont les premiers à démontrer que le vaccin reste efficace pendant de nombreux mois, ce qui conforte sérieusement l’hypothèse que les personnes vaccinées maintenant devraient être suffisamment protégées au moins jusqu’à l’automne. L’analyse des participants à l’essai de phase 3, qui a recruté 46 307 personnes, a identifié 927 cas symptomatiques de COVID-19. Parmi ceux-ci, 850 étaient dans le groupe placebo de l’essai et 77 dans le groupe vaccin. Il y avait 32 cas de COVID sévère, tel que défini par les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) des États-Unis, dans le groupe placebo, et aucun dans le groupe vacciné.

Les résultats sont publiés alors que des scientifiques britanniques confirment de fortes réponses immunitaires chez les personnes âgées qui avaient reçu deux injections du vaccin Pfizer. Des tests sanguins sur 100 personnes âgées de 80 à 96 ans ont révélé que 98 % produisaient de fortes réponses anticorps après deux doses du vaccin administrées à trois semaines d’intervalle. Les niveaux d’anticorps ont plus que triplé après la deuxième injection. Cette étude confirme que le vaccin Pfizer peut être très efficace contre la COVID, même chez les personnes âgées les plus vulnérables, dont les réponses immunitaires sont beaucoup plus faibles aux vaccins et aux infections naturelles. Cette étude indique également que les données recueillies sur 2 260 adolescents vaccinés aux Etats-Unis « ont démontré une efficacité de 100 % et des réponses d’anticorps robustes ».

Cette étude a également porté sur la réponse immunitaire dite « cellulaire », celle qui fait intervenir les lymphocytes T. Comme je l’ai rappelé plus haut, les anticorps protègent contre l’infection en neutralisant le virus et en l’empêchant d’infecter les cellules, mais les cellules T détruisent les cellules humaines déjà infectées et peuvent par ailleurs favoriser la production d’anticorps au fil du temps. Sur ce point important, l’étude montre qu’après les deux injections du vaccin, les deux tiers des participants montraient des réponses de lymphocytes T détectables.

Cette étude très attendue vient conforter d’autres travaux qui montrent que les patients vaccinés avec les vaccins à ARN ont une bonne protection immunitaire pendant une durée allant de 6 à 8 mois, comme en atteste la présence d’anticorps huit mois après la vaccination, pour les 9/10 des patients. Au-delà de 8 mois, nous n’avons pas encore assez de recul pour estimer le niveau de protection immunitaire qui subsiste, mais la plupart des immunologistes estiment que le système immunitaire est suffisamment performant pour mettre les personnes ayant été infectées à l’abri de formes sévères, si elles devaient être malheureusement réinfectées par le coronavirus.

Il est important de souligner que Pfizer-BioNTech et Moderna ne devraient pas longtemps rester les seuls vaccins à ARN contre la Covid-19 disponibles sur le marché. Deux autres vaccins à ARN sont en effet à un stade très avancé de développement, le vaccin CVnCoV, du laboratoire allemand Curevac, et celui de la société américaine Novavax, baptisé NVX-CoV2373. Le laboratoire allemand Curevac, qui a développé un vaccin à ARN messager contre le Covid-19, vient d’annoncer, dans le cadre d’une coopération avec le laboratoire britannique GlaxoSmithKline, la poursuite de ses essais cliniques très encourageants pour inclure de nouveaux variants du virus, et a confirmé son objectif de mise sur le marché au deuxième trimestre 2021. Curevac est par ailleurs déjà allié aux géants pharmaceutiques suisses Novartis et Allemand Bayer et Novartis pour pouvoir produire et fournir à l’Union européenne 405 millions de doses, dès que l’Agence européenne des médicaments (EMA) aura donné son autorisation à la mise sur le marché de son vaccin, sans doute avant l’été. Ingmar Hoerr, cofondateur de CureVac, promet un vaccin « moins cher et plus accessible » que celui de ses concurrents.

Le vaccin à ARN Novavax est, pour sa part, actuellement en essai clinique de phase 3 et devrait également être disponible à la fin du deuxième trimestre 2021. Il repose sur la technique des protéines recombinantes : il contient la protéine Spike du SARS-CoV-2 (qui permet au virus de pénétrer dans nos cellules) et un adjuvant à base de saponine. Le vaccin Novavax se conserve dans des réfrigérateurs normaux et est administré en deux doses à 21 jours d’intervalle comme le Pfizer. Deux essais de ce vaccin ont été menés. Le premier au Royaume-Uni auprès de plus de 15 000 participants âgés entre 18 et 84 ans, dont plus de la moitié touchés par le variant britannique, a montré une efficacité remarquable de 95,6 % contre la souche originale du Covid-19 et à 85,6 % contre le variant britannique. L’efficacité moyenne a été évaluée à 89,3 %. L’autre essai a été mené sur 4400 patients en Afrique du Sud ; il a montré une efficacité de 55 % sur le variant sud-africain, considéré à ce jour comme le plus dangereux. Au final, ces deux études ont montré que ce vaccin Curevac fournissait une excellente protection, à la fois contre les formes légères et plus graves de la maladie.

Nous devrions donc disposer, d’ici cet été, en plus des vaccins classiques AstraZeneca et Johnson and Johnson, de quatre vaccins à ARN contre le coronavirus, présentant tous un excellent niveau de sureté et d’efficacité, y compris contre les variants anglais et sud-africain. Cette panoplie plus large de vaccins à ARN pourra, le cas échéant, être adaptée et complétée d’ici l’automne, de manière à intégrer, si nécessaire, de nouveaux variants de la Covid-19. Sur ce point fondamental, il est très important de rappeler qu’une adaptation et une production de masse aussi rapide des vaccins intégrant ces nouveaux variants serait tout simplement impossible avec des vaccins « classiques », à virus atténués ou modifiés.

On le voit, ces nouveaux vaccins à ARN sont en train de jouer un rôle absolument décisif dans la lutte, puis la maîtrise de cette pandémie, qu’elle soit finalement éradiquée, ou qu’elle finisse par se transformer en pandémie saisonnière bénigne. Mais, au-delà de cette pandémie mondiale, c’est bien l’avenir de la vaccination dans son ensemble et de la médecine, qui va être, en seulement quelques années, totalement bouleversé par cette technologie incroyablement puissante, souple et évolutive de l’ARN messager, qui permet de faire fabriquer, « à la demande », par les cellules, une multitude de protéines ou des fragments de protéines d’un agent pathogène, de manière à mobiliser, avec une efficacité et une précision sans pareil, toutes les extraordinaires ressources de notre système immunitaire.

Le PDG de Pfizer, Albert Bourla, vient d’ailleurs d’annoncer que sa firme, dans le cadre d’un partenariat prolongé avec BioNTech, avait bien l’intention d’appliquer et d’étendre cette technologie de l’ARN messager à de multiples vaccins et de nombreuses pathologies, et l’on peut parier qu’avant la fin de cette décennie, la plupart des vaccins « classiques », grippe, tuberculose, rougeole, hépatite, pneumonie, méningite, basculeront vers la technologie ARN, ce qui permettra de produire des vaccins encore plus efficaces et sûrs contre ces maladies, puisqu’il deviendra possible de les modifier et de les adapter très rapidement, en fonction de l’évolution des bactéries et virus qu’ils doivent combattre.

Mais, outre la lutte contre les maladies infectieuses les plus mortelles, cette technologie à ARN est également appelée à révolutionner, je vous en reparlerai plus en détail prochainement, les traitements du cancer et de nombreuses maladies neurodégénératives graves, en ouvrant la voie vers la conception de traitements entièrement personnalisés, qui seront à la fois bien plus efficaces et bien plus confortables pour les malades.

Si elle veut rester dans cette course médicale et scientifique absolument stratégique et vitale pour votre avenir, la France doit, sans tarder, annoncer le lancement d’un grand plan « ARN » sur 10 ans, visant à mettre en place une structure fédératrice qui saura mobiliser toutes les ressources et compétences humaines dans ce domaine et sera dotée de moyens budgétaires garantis pour toute la durée de ce programme. Souhaitons que cet enjeu, si important, en termes de santé publique et de qualité de vie pour nos concitoyens, figure en bonne place dans les programmes des candidats à la prochaine élection présidentielle de 2022…

René TRÉGOUËT

Sénateur honoraire

Fondateur du Groupe de Prospective du Sénat

email : tregouet@gmail.com





[Santé] Le choix gagnant des pays ayant opté pour la stratégie du zéro Covid


Des chercheurs ont comparé les situations socio-économique et sanitaire de l’Australie, l’Islande, le Japon ou la Corée du Sud, qui ont refusé de « vivre avec » le virus, à celles de trente-deux autres pays ayant choisi de le faire, comme la France.

Des personnes prient pendant un service au temple bouddhiste Jogyesa à Séoul, en Corée du Sud, lundi 12 avril 2021. Le pays fait partie de ceux ayant opté pour une stratégie d’élimination du virus.

Elimination ou atténuation ? Tout faire pour se débarrasser au plus tôt du virus ou s’accommoder de sa présence et tenter de « vivre avec » − comme l’ont décidé la France et la plus grande part des pays européens ? Partout dans le monde, les deux grandes options stratégiques de gestion de la pandémie de Covid-19 sont au centre d’un intense débat politique. Une dizaine d’économistes internationaux, d’experts en santé publique et de politistes, viennent d’y apporter de nouveaux éléments, qui plaident fortement pour l’élimination.

Dans une brève étude publiée le 28 avril dans la revue The Lancet, Miquel Oliu-Barton (université Paris-Dauphine, Esade Centre for Economic Policy de Barcelone), Bary Pradelski (CNRS, Oxford-Man Institute of Quantitative Finance) et leurs collègues ont comparé les situations socio-économique et sanitaire des pays ayant adopté l’une ou l’autre de ces approches. Par rapport aux pays ayant opté pour le « vivre avec », ceux qui ont misé sur des mesures précoces en faveur de l’élimination ont connu une mortalité très réduite, un retour plus rapide de l’activité économique et ont déployé des mesures globalement moins liberticides.

« Nous avons beaucoup entendu un discours opposant les mesures de préservation de la santé à l’activité économique, explique Miquel Oliu-Barton, coauteur de ces travaux. Nous avons simplement cherché à objectiver ce discours, à travers l’analyse des données disponibles sur la première année de pandémie. » Les chercheurs ont utilisé les données des 37 pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), dont cinq ont opté pour une stratégie d’élimination (Australie, Islande, Nouvelle-Zélande, Japon, Corée du Sud) − les trente-deux autres ayant cherché à « vivre avec » le virus, tout en adaptant les mesures prises pour éviter la saturation de leur système de santé.


En agrégeant les données de mortalité dans ces deux groupes de pays, les chercheurs indiquent que les premiers ont connu une mortalité due au nouveau coronavirus environ 25 fois inférieure à celle éprouvée par les autres. Le différentiel est massif. La mortalité, écrivent les chercheurs, est un bon indicateur de l’impact de la maladie sur un pays (l’incidence, dépendant fortement du niveau de surveillance sanitaire), même si « les décideurs devraient aussi tenir compte des preuves, qui s’accumulent, de morbidité à long terme après l’infection par le SARS-CoV-2 ».

Résultat inattendu

La plus grande surprise de ces travaux est l’effet contre-intuitif des stratégies d’élimination sur l’activité économique. En comparant, semaine après semaine, la croissance du produit intérieur brut (PIB) à son niveau de l’année précédente, les chercheurs montrent que les cinq pays ayant opté pour des mesures précoces et énergiques d’endiguement n’ont pas connu de baisse d’activité économique plus forte que les autres. Au contraire, notent les auteurs, « début 2021, la croissance du PIB a retrouvé son niveau d’avant la pandémie dans les cinq pays qui ont opté pour l’élimination, alors que son évolution est encore négative pour les 32 autres pays de l’OCDE ».

Le dernier aspect examiné par les chercheurs est le lien entre l’élimination du virus et les limitations des libertés imposées aux populations. Là encore, le résultat est inattendu. Les chercheurs ont utilisé un indice construit par des chercheurs de l’université d’Oxford (Royaume-Uni), combinant un grand nombre de paramètres − fermetures des commerces, des lieux culturels, restriction de la liberté de circulation, interdiction des rassemblements, instauration de couvre-feu, etc. − quantifiant sur une échelle de 0 à 100 la rigueur des mesures mises en œuvre par les gouvernements.

Résultat : ce n’est que pendant les dix premières semaines de la pandémie que les restrictions de liberté ont été légèrement plus fortes dans les pays ayant opté pour l’élimination du virus. Passé ce cap, les pays ayant agi moins vite et moins vigoureusement dans la perspective du « vivre avec » ont globalement dû imposer, sur la longueur, des mesures bien plus attentatoires aux libertés. En fin d’année 2020, les chercheurs notent une différence considérable, l’indice de privation des libertés étant plus de deux fois plus élevé dans les pays ayant choisi le « vivre avec ».

De là à suggérer que la France, en optant dès le début de la pandémie pour des mesures plus précoces et plus vigoureuses d’éradication du virus, pourrait aujourd’hui avoir à déplorer 25 fois moins de morts du Covid-19, tout en garantissant le retour plus rapide des libertés individuelles, et en recouvrant une pleine activité économique dans le pays, il semble n’y avoir qu’un pas, mais les chercheurs ne le franchissent pas. En effet, précisent-ils, leur analyse demeure corrélative : en se fondant sur une analyse rétrospective, il n’est pas possible de démontrer formellement que la stratégie d’élimination adoptée par les cinq pays les plus précautionneux de l’OCDE explique, à elle seule, la totalité des différences observées.

« Une menace pour les autres »

En particulier, quatre des cinq pays en question sont insulaires : une stratégie d’élimination aurait-elle porté autant de fruits dans des pays comme l’Allemagne ou la France ? « Il est incontestable qu’il est plus facile de contrôler ses frontières lorsqu’on est entouré par la mer, répond M. Oliu-Barton. Mais ce n’est pas, selon moi, le critère déterminant qui est plutôt la volonté politique de contrôler ses frontières. Si l’on regarde hors OCDE, des pays comme la Chine ou le Vietnam semblent y être parvenus. Et nous observons avec intérêt ce qui se passe au Portugal, qui malgré sa longue frontière avec l’Espagne, est en train de réussir à faire baisser considérablement la circulation du virus. » Pour les auteurs, un fait est cependant clair : « Les pays qui choisissent de vivre avec le virus constitueront probablement [à l’avenir] une menace pour les autres. »

« Nous ne disons pas ce qu’il faut faire à partir de maintenant, nous nous contentons de dresser un état des lieux de ce qui s’est produit jusqu’à présent, poursuit M. Oliu-Barton. Mais le débat doit continuer car la plupart des épidémiologistes nous disent qu’il est risqué de compter uniquement sur les vaccins pour contrôler la pandémie, en raison de leur déploiement très lent dans certaines régions du monde, de la durée limitée de l’immunité qu’ils confèrent et de l’apparition de nouveaux variants qui échappent à la protection vaccinale. »

En France, Emmanuel Macron assume son choix du « vivre avec » et mise sur la campagne vaccinale pour le retour à la vie normale à court terme. Mais à plus longue échéance, le débat pourrait se poursuivre dans son entourage. Parmi les auteurs de l’étude du Lancet figurent par exemple les économistes, réputés proches de l’Elysée, Patrick Artus (Natixis) et Philippe Aghion (Collège de France), qui a notamment contribué à l’édification du programme économique de M. Macron. Les deux avaient déjà, dans une tribune au Monde publiée en novembre, appelé à ce que la France sorte du stop-and-go » sanitaire. Les voici donc avec de nouveaux arguments. « On voit que le consensus très fort du monde médical en faveur de la stratégie d’élimination est en train d’être rejoint par le monde économique », estime M. Oliu-Barton.




[Santé] Les politiques les plus dures contre le Covid-19 sont meilleures pour l’économie


À Auckland, en Nouvelle-Zélande, le 7 mars 2021, au lendemain de la levée des mesures de restriction. FIONA GOODALL / GETTY IMAGES ASIAPAC / GETTY IMAGES VIA AFP

Quelle est la meilleure stratégie contre le Covid-19 pour la santé, l’économie et les libertés ? Une étude réalisée par huit économistes et experts en santé publique et publiée dans The Lancet le 28 avril s’est attachée à comparer les politiques “d’élimination” et “d’atténuation” du virus et leurs effets sur la mortalité, la croissance du PIB et les libertés publiques, au cours des douze premiers mois de la pandémie, dans les 37 pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Effet positif sur la mortalité

Première constatation, les pays qui ont opté pour une stratégie dure d’élimination du virus, l’Australie, l’Islande, le Japon, la Nouvelle-Zélande et la Corée du Sud, sont ceux où la mortalité a été réduite par rapport aux pays ayant choisi une voie plus douce. Ces cinq pays ont eu 25 fois moins de décès dus au Covid-19 que dans les pays où le “vivre avec” la pandémie s’est imposé.

Retour plus rapide à la croissance

On pourrait croire qu’éliminer le virus par des stratégies de confinement strict aurait des conséquences plus sévères sur l’activité économique. L’étude comparant la croissance du PIB et les deux types de stratégies montre au contraire que “la croissance du PIB est revenue aux niveaux d’avant la pandémie au début de 2021 dans les cinq pays qui ont opté pour l’élimination, alors que la croissance est toujours négative pour les 32 autres pays de l’OCDE.

Les politiques les plus dures pour tenter de contraindre le virus, “malgré leurs avantages sanitaires et économiques”, ont été critiquées pour leur atteinte aux libertés publiques. “Parmi les pays de l’OCDE, les libertés ont été le plus largement touchées dans les pays qui ont choisi des politiques d’atténuation, alors que les mesures de confinement rapide ont été moins strictes et ont duré moins longtemps”, avancent les chercheurs. Et de conclure :

Les pays qui optent pour une action rapide afin d’éliminer le Sars-CoV-2 avec un fort soutien de leur population protègent également mieux leurs économies et minimisent les restrictions de libertés civiles.”

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[Santé] MELGVEN, CENTRE DE VACCINATION (Par Bruno Blouch)



“Bonjour. Je voulais vous dire que je me suis fait vacciner hier à Melgven. Une simple formalité indolore et sans souci. Quand j’ai commencé à dessiner sur le sujet, quelques-uns, rares m’ont regardé “de travers”! À l’automne 40% des Français souhaitaient se faire vacciner. Au printemps, on dépasse les 70%. Par chance, la médecine connaît le sujet depuis Pasteur. Ce qui m’a marqué le plus c’est l’absence de “bon sens” rencontrée parfois. L’alcool et le tabac, par exemple, posent de vrais problèmes de santé, pas les vaccins qui nous prémunissent. Se faire vacciner n’amuse personne, mais c’est une nécessité ( non obligatoire ) face à l’adversité pour que la société s’épanouisse à nouveau ! Note: Ce dessin est devenu le ” logo” de ce centre de vaccination “: