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[Santé] Alzheimer : cette maladie n’est plus inéluctable. Voici Pourquoi…



Je reviens cette semaine sur un sujet que j’aborde régulièrement dans RT Flash, mais qui mérite un nouveau développement, tant les recherches s’accélèrent dans ce domaine : il s’agit de la terrible maladie d’Alzheimer. Cette pathologie neurodégénérative, aux causes encore mal définies et multiples, représente environ deux démences sur trois, et toucherait déjà plus de 30 millions de personnes dans le monde.

En France, cette maladie touche environ 900 000 nouveaux malades par an et serait directement responsable d’au moins 3 % des décès, selon l’Inserm. Ce même institut de Recherche prévoit par ailleurs que le nombre de nouveaux malades pourrait atteindre, sans percées thérapeutiques majeures, 2 150 000 nouveaux cas par an, à l’horizon 2040.

Officiellement, la maladie d’Alzheimer constitue la 5ème cause de mortalité dans le monde, mais une étude américaine réalisée en 2014, par des chercheurs du Centre médical de l’Université Rush (Chicago), a montré que cette mortalité était largement sous-estimée et qu’aux Etats-Unis, elle était probablement six fois plus élevée que les chiffres officiels qui l’estiment à 83 000 décès par an (pour 2010). Il est vrai que, selon le Professeur Philippe Amouyel, spécialiste de cette maladie, une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer sur deux l’ignore.

Au cours de ces dernières années, il faut bien le reconnaître, de nombreux espoirs thérapeutiques contre cette maladie terriblement complexe ont été déçus et n’ont malheureusement pas donné les résultats attendus. Pourtant, il ne faut pas perdre espoir ; au cours de ces derniers mois, des avancées scientifiques très prometteuses ont été présentées, non seulement en matière de possibles traitements, mais également dans le domaine, non moins important, du dépistage précoce et de la prévention.

En avril 2019, une étude suédoise dirigée par Niklas Mattsson a montré qu’une simple analyse sanguine peut désormais révéler s’il y a une accélération des lésions des cellules nerveuses dans le cerveau. Pour parvenir à ces conclusions, des chercheurs ont analysé le taux d’une protéine, appelée « protéine légère des neurofilaments (NF-L) », dans des échantillons de sang de patients atteints de la maladie d’Alzheimer (Voir JAMA).

Les scientifiques ont réalisé des analyses sanguines pendant plusieurs années sur 1 182 patients souffrant de troubles cognitifs et sur 401 sujets sains (groupe témoin). Il s’agissait de parvenir à détecter la protéine NF-L, qui s’infiltre dans le liquide céphalorachidien puis passe dans le sang, lorsque les cellules nerveuses du cerveau sont lésées ou meurent. « La mesure des lésions des cellules nerveuses se fait habituellement soit via une ponction lombaire, soit via un examen IRM du cerveau. Ces méthodes sont compliquées, coûteuses et prennent du temps. Mesurer le taux de la protéine légère des neurofilaments (NF-L) dans le sang est beaucoup plus aisé », explique le directeur de l’étude Niklas Mattsson, chercheur à l’Université de Lund. Selon cette étude, le recours à un test mesurant la concentration de NF-L dans le sang pourrait indiquer de manière fiable et précoce l’efficacité réelle des médicaments anti-Alzheimer.

En juin dernier, une autre étude réalisée par l’équipe du Docteur Oskar Hansson, de l’Université de Lund, en Suède, sur plus de 1400 personnes, a montré que la mesure de la protéine tau dans le cerveau pouvait également permettre de diagnostiquer  la maladie d’Alzheimer de manière plus précise que les scanners cérébraux, IRM, ou ponctions lombaires (Voir Lund University). Ces scientifiques ont identifié une protéine qui endommage les cellules cérébrales en s’accumulant dans le sang des patients jusqu’à 20 ans avant que leur mémoire ne commence à se détériorer. Cette protéine, baptisée P-tau217 forme des amas dans le cerveau des patients atteints de la maladie d’Alzheimer et l’on retrouve ensuite de minuscules fragments identifiables de cette protéine dans la circulation sanguine.

L’étude a porté sur plus de 1 400 personnes en Arizona, en Colombie et en Suède qui n’avaient pas de troubles de la mémoire. Ces travaux ont montré que la présence de la protéine p-tau217 dans le sang pouvait permettre de distinguer la maladie d’Alzheimer d’autres troubles neurodégénératifs avec une précision diagnostique comprise entre 89 % et 98 %. Commentant ces résultats, le Docteur Hansson a déclaré : « Ce test, une fois vérifié et confirmé, ouvre la possibilité d’un diagnostic précoce de la maladie d’Alzheimer avant le stade de la démence, ce qui est très important pour les essais cliniques évaluant de nouvelles thérapies susceptibles d’arrêter ou de ralentir le processus de la maladie ». Il y a quelques semaines, une autre équipe de la Nanyang Technological University (Singapour) a mis en évidence l’existence d’un gène dont l’activation s’oppose au développement de la maladie d’Alzheimer, le gène BACE2. Ces recherches ont montré que l’activation de ce gène contribue au ralentissement d’Alzheimer dans le tissu cérébral, ce qui en fait un potentiel biomarqueur, servant à évaluer le risque de développer la maladie. A plus long terme, les chercheurs espèrent également pouvoir contrôler l’expression de ce gène pour l’utiliser contre le développement de cette maladie (Voir Nature).

En matière de traitements, il faut souligner le réel espoir que représente un nouvel anticorps monoclonal, l’Aducanumab. Cette molécule, produite par Biogen, module le système immunitaire afin d’éliminer l’amyloïde, une substance qui forme des plaques finissant par détruire les neurones. D’abord testé sur 803 patients, ce médicament s’est avéré décevant et Biogen a alors décidé d’interrompre l’essai. Mais, entre les analyses intermédiaires et la fin de l’étude, plus de patients ont été inclus, certains d’entre eux recevant de plus fortes doses d’aducanumab (10 mg de produit par kilo).

Au final, l’étude, qui portait sur 1638 patients, a montré une réduction significative de 22 % du déclin cognitif et de 40 % du déclin fonctionnel (impact sur les activités quotidiennes) chez les patients ayant reçu la dose la plus forte et sur une période longue. Bien que ce nouveau traitement ne permette pas aux malades de retrouver leur état cognitif antérieur, il semble permettre une stabilisation de la maladie et pourrait donc améliorer considérablement la prise en charge thérapeutique des malades les moins atteints, surtout dans la perspective d’un dépistage précoce plus large et plus simple qui vient d’être évoqué. Evoquons également deux autres anticorps, qui sont en phase 2 d’essais cliniques, le semorinemab, et le crenezumab, deux anticorps « anti-Tau », développés par Genentech, filiale du groupe Roche.

En avril dernier, AXON Neuroscience SE, une société de biotechnologie, a par ailleurs présenté des résultats très encourageants de son essai de phase II pour AADvac1, le premier vaccin Tau servant à prévenir et à traiter la maladie d’Alzheimer. L’étude présentée par Axon a montré que ce vaccin produisait un effet notable sur la neurodégénérescence, ainsi qu’une réponse exceptionnelle des anticorps (Voir Biospace).

Autre avancée thérapeutique remarquable, celle annoncée en juillet dernier par des chercheurs de l’Université Macquarie, en Australie. Ces scientifiques ont annoncé avoir découvert un nouveau traitement capable d’annuler les effets de la perte de mémoire associée à la maladie d’Alzheimer (Voir Science Daily). Ces chercheurs ont découvert que lorsque l’enzyme p38gamma était activée, elle pouvait modifier une protéine empêchant aux symptômes de la maladie d’Alzheimer de se développer. Grâce à leurs travaux, ils ont également découvert que cette enzyme permettait d’améliorer et de restaurer la mémoire chez des souris parvenus pourtant à un stade déjà avancé de la maladie. De plus, leurs résultats suggèrent également que la thérapie génique pourrait s’avérer efficace pour soulager d’autres formes de démence.

Enfin, il y a quelques jours, une étude de l’Université du Kentucky et du Sanders-Brown Center on Aging (UK) est venue proposer une nouvelle approche thérapeutique de la maladie d’Alzheimer, principalement axée sur la lutte contre la neuroinflammation et le recours à une immunothérapie par anticorps (Voir Journal of Neuroinflammation).

Jusqu’à présent, les principales stratégies thérapeutiques pour traiter la maladie d’Alzheimer se sont surtout focalisées sur l’anomalie que constituent les plaques amyloïdes et les enchevêtrements neurofibrillaires. Mais cette nouvelle étude veut élargir cette vision ; elle souligne qu’il est indispensable de traiter en parallèle d’autres facteurs, et notamment la neuroinflammation, le renouvellement et le stockage des membranes et le métabolisme des lipides.

En étudiant de plus près le récepteur exprimé sur un gène –TREM2 – dont une mutation augmente sensiblement le risque de maladie d’Alzheimer, ces chercheurs sont parvenus à relancer la production de microglie, à provoquer une réduction des dépôts amyloïdes et, finalement, à améliorer la cognition. Selon cette étude, « Réduire la neuroinflammation et promouvoir la microglie pour éliminer les dépôts amyloïdes dans le cerveau pourrait donc permettre « d’inverser » les symptômes de la maladie. L’anticorps pour cette étude menée sur des souris est développé et devrait faire l’objet d’un prochain essai clinique ».

Signalons également le lancement, il y a seulement quelques jours, d’un essai clinique pour évaluer l’efficacité contre la maladie d’Alzheimer d’un nouveau médicament développé par la société française Alzoprotect, l’Ezeprogind. Les premiers patients ont été recrutés dans les deux hôpitaux français où est menée l’étude de phase 2a : le CHU de la Pitié-Salpêtrière de Paris, sous la direction du Professeur Jean-Christophe Corvol, et le CHU de Lille, dans l’unité du Professeur Luc Defebvre. Cette étude de phase 2a devrait être terminée d’ici la fin de 2021 et les premiers résultats devraient être publiés en 2022. L’Ezoprogind appartient à une nouvelle classe de médicaments très prometteuse. Il s’agit d’un inducteur neurotrophique biodisponible, qui, contrairement à la plupart des autres molécules utilisées contre Alzheimer, cible toutes les causes de neurodégénérescence et ne vise pas uniquement des marqueurs tels que la protéine Abeta ou la protéine Tau.

Je ne peux bien sûr que me réjouir de toutes ces avancées scientifiques remarquables, intervenues au cours de ces derniers mois dans les domaines du dépistage fiable et précoce, ainsi que sur le plan thérapeutique, même si un long chemin reste à accomplir pour que ces passionnantes recherches ne débouchent sur de nouveaux traitements sûrs et efficaces, qui fassent plus que ralentir la progression de cette maladie si redoutée.

Mais il est un autre champ de recherche, trop longtemps sous-estimé, qui connaît également un véritable bouleversement. Je veux parler de la prévention directe et indirecte de cette pathologie. Il y a deux ans, l’étude américaine dite « de Framingham » avait montré une diminution de 20 % de l’incidence de la maladie d’Alzheimer par décennie. Il y a quelques semaines, une nouvelle étude est venue confirmer cette surprenante mais bien réelle diminution de l’incidence de la maladie d’Alzheimer, qui a sensiblement reculé en Europe et aux États-Unis au cours de ces trois dernières décennies, si l’on tient compte à la fois de l’augmentation et du vieillissement important de la population pendant cette période. Selon ces travaux, le risque actuel pour une personne de développer une démence au cours de sa vie serait inférieur de 13%, par rapport à ce qu’il était en 2010 (Voir Neurology).

Pour arriver à ce résultat, les chercheurs ont épluché les dossiers médicaux de 49 202 patients sur les trente dernières années (entre 1988 et 2015). Ils indiquent que si la tendance à la baisse se poursuit, il pourrait y avoir, d’ici à 2050, une diminution totale d’au moins 15 millions de personnes des cas de démence, en Europe et aux États-Unis, par rapport aux chiffres actuels. Dans ce vaste travail épidémiologique, les chercheurs ont suivi des hommes et femmes de 65 ans pendant au moins 15 ans, et ont accumulé une masse d’informations précieuses sur l’évolution de leur santé cérébrale, psychique et cognitive. Et les conclusions de cette étude sont saisissantes : « Alors qu’en 1995, un homme de 75 ans avait environ 25 % de risque de développer une démence au cours de sa vie, désormais, ce risque est tombé à 18 %, une diminution tout à fait significative sur la période observée », souligne le Docteur Albert Hofman, président du département d’épidémiologie de la Harvard School of Public Health, et auteur principal du nouvel article.

Comment expliquer cette baisse inattendue et importante du nombre relatif de malades d’Alzheimer sur trente ans ? Selon les chercheurs, deux causes principales au moins seraient à l’origine de cette évolution positive. La première serait liée à une amélioration de la prévention et de la prise en charge médicale des maladies cardiovasculaires, du tabagisme, du diabète et l’hypercholestérolémie. Un meilleur contrôle de ces fléaux sanitaires et sociaux, conjugué à une meilleure hygiène de vie globale dans les pays développés, auraient eu des effets neuroprotecteurs importants et auraient contribué à prévenir et à retarder l’apparition de démences, dont l’Alzheimer.

L’autre facteur serait à chercher du côté de l’élévation du niveau global de formation et d’éducation des populations étudiées. Ce phénomène avéré aux Etats-Unis et en Europe aurait amélioré la fameuse « réserve cognitive » qui nous permet, grâce aux connaissances que nous avons accumulées et aux tâches permanentes d’apprentissage et d’acquisition de nouveau savoirs que nous accomplissons, de rendre notre cerveau plus résiliant au déclin cognitif et à l’apparition de certaines formes de démence.

Cette étude est à mettre en relation avec un autre travail, lui aussi présenté il y a quelques semaines, à l’occasion de la conférence annuelle de l’Association internationale contre Alzheimer qui s’est tenue à Chicago. Selon cette étude très intéressante, la vaccination contre la grippe et contre la pneumonie pourrait réduire sensiblement le risque d’Alzheimer chez les seniors (Voir ALZ), ce qui confirme bien que cette pathologie recèle une composante immunitaire qui reste à explorer.

Ces travaux montrent notamment que la vaccination contre la grippe a été associée à une réduction de 17 % de l’incidence de la maladie d’Alzheimer. En outre, pour les personnes vaccinées plus d’une fois contre la grippe, une réduction supplémentaire de 13 % a été observée par l’étude. Concernant la vaccination contre la pneumonie, les chercheurs ont constaté que les patients qui avaient reçu ce vaccin avant l’âge de 75 ans avaient entre 25 et 30 % moins de chances d’être diagnostiqués avec la maladie d’Alzheimer.

Commentant les conclusions de cette vaste étude, Svetlana Ukraintseva, professeure de recherche associée à l’unité de recherche sur la biodémographie du vieillissement à l’Institut de recherche en sciences sociales de l’université Duke, précise que « Les vaccins contre la pneumonie avant l’âge de 75 ans peuvent réduire le risque d’Alzheimer plus tard dans la vie, en fonction du génotype individuel. Ces données suggèrent que le vaccin antipneumococcique peut être un candidat prometteur pour la prévention personnalisée de la maladie d’Alzheimer, en particulier chez les non-porteurs de certains gènes à risque ».

Notons enfin qu’il est intéressant d’établir un autre lien entre l’étude qui montre une nette diminution de l’incidence de la maladie d’Alzheimer en Europe et aux USA et une autre étude, elle aussi toute récente (Voir Neurology) réalisée par des chercheurs américains de l’école de médecine de l’Université Rush. Ces recherches ont en effet montré que le simple fait d’adopter quelques habitudes simples de vie saine, ce qu’on appelle la « prévention primaire », peut entraîner, chez certaines personnes, une diminution de plus de moitié des risques de développer un Alzheimer !

Dans ce travail, les chercheurs ont étudié pendant six ans les dossiers de 2 750 volontaires. Ils ont passé au crible leur régime alimentaire, leur mode de vie, leur profil génétique et l’évolution d’un certain nombre d’examens cliniques. C’est ainsi que ces scientifiques ont pu constater l’existence de cinq facteurs-clé dans la prévention de l’Alzheimer. Le premier consiste à effectuer au moins deux heures et demie — d’activité physique hebdomadaire d’intensité modérée à vigoureuse. Le deuxième concerne l’arrêt complet du tabac ; le troisième porte sur une consommation limitée d’alcool (un verre par jour pour les femmes et deux verres par jour pour les hommes) ; le quatrième porte sur le choix d’une alimentation de type méditerranéen qui privilégie le poisson, l’huile d’olive, les fruits secs, les légumes vert et les céréales complètes. Enfin, le dernier conseil d’hygiène de vie des chercheurs est de maintenir une activité sociale et cognitive intense. Selon cette étude, par rapport aux participants n’ayant aucun ou un seul facteur de mode de vie sain, on observe un risque d’Alzheimer diminué de 37 % chez les sujets qui comptent deux à trois de ces facteurs, et cette réduction du risque peut aller jusqu’à 60 % chez les sujets qui « cochent » quatre à cinq de ces facteurs…

Ce que nous montrent toutes ces études scientifiques récentes, c’est qu’en attendant que de nouveaux traitements efficaces soient disponibles pour les malades, ce qui risque de prendre encore plusieurs années, nous aurions tort de croire que nous sommes démunis pour lutter contre cette affection, dont nous avons tous pu constater les ravages autour de nous.

Nous savons à présent qu’il est en effet possible, en agissant de manière simultanée et coordonnée sur les leviers de la prévention personnalisée et du dépistage précoce individualisé, de prévenir, de manière puissante et efficace, pour un coût médical et social très modique, les risques de développer cette maladie neurodégénérative. L’efficacité de cette prévention, à la fois globale et personnalisée, ne fera d’ailleurs que s’accroître dans l’avenir, à mesure que seront découvertes et répertoriées les différentes mutations et anomalies génétiques qui augmentent sensiblement, au niveau individuel, les risques de développer un Alzheimer.

Il faut souhaiter qu’en s’appuyant sur ces nouvelles connaissances médicales et scientifiques, le gouvernement et les autorités de santé de notre pays mettent en place sans tarder un ambitieux plan visant à prévenir, à la fois sur le plan global et individuel, cette terrible maladie et à en retarder le plus possible la survenue. Une telle politique, qui devrait mobiliser l’ensemble des acteurs scientifiques, médicaux et sociaux, pourrait avoir, au regard du coût modeste qu’elle représenterait en matière de dépenses de santé, des effets bénéfiques considérables et durables pour l’ensemble de notre société et de notre économie, surtout si l’on intègre le vieillissement massif et inéluctable de notre population auquel nous allons devoir faire face au cours de ce siècle.

René TRÉGOUËT

Sénateur honoraire

Fondateur du Groupe de Prospective du Sénat

e-mail : tregouet@gmail.com




[Santé] Un test ultra rapide pour détecter le coronavirus

Après les tests PCR, les tests sérologiques, des tests « antigéniques » sont actuellement expérimentés. Plus rapides, ils pourraient aider à désengorger les laboratoires d’analyses. Tour d’horizon des tests actuellement utilisés ou à l’étude pour repérer la Covid-19.

Actuellement, le test de référence est le RT-PCR (ou « virologique »). Cette technique cherche du matériel génétique du SARS-CoV-2 grâce à un prélèvement naso-pharyngé. Il permet de savoir si, au moment du prélèvement, une personne est infectée par le virus. Selon les chiffres officiels, environ un million de tests PCR par semaine sont réalisés en France.

Ils sont remboursés et parfois sans ordonnance, ce qui contribue à engorger les laboratoires. Dans certains cas, les délais peuvent en effet être longs pour se faire tester et/ou recevoir les résultats.

Un test PCR peut aussi se faire sur prélèvement salivaire, ce qui est plus simple et moins désagréable, mais la salive est considérée comme un milieu moins fiable pour y détecter le virus. La Haute Autorité de Santé (HAS) doit indiquer prochainement s’il est quand même utile de les intégrer à la stratégie de dépistage.

Il existe aussi des tests dits « sérologiques », via une prise de sang, qui sont remboursés si l’on a une ordonnance. L’idée est de détecter si le patient a développé des anticorps dirigés contre le SARS-CoV-2. Et donc s’il a été en contact avec le nouveau coronavirus.

Disponibles aussi en version rapide, où ils ne nécessitent qu’une goutte de sang, ces tests sont seulement considérés comme indicatifs, et doivent être confirmés par un test en laboratoire.

Les tests sérologiques peuvent être pratiqués par un professionnel de santé ou un pharmacien. © Photoguns, Adobe StockLes tests sérologiques peuvent être pratiqués par un professionnel de santé ou un pharmacien. © Photoguns, Adobe Stock 

Quels sont leurs avantages et leurs limites ?

Les tests sont évalués par le Centre national de référence des infections respiratoires et doivent respecter les critères définis par l’HAS. Leur fiabilité se définit selon deux critères :

  • la spécificité, c’est-à-dire leur capacité à bien détecter le SARS-CoV-2 et pas autre chose ;
  • la sensibilité, soit leur capacité à repérer du virus même en très petite quantité.

Le « taux de spécificité » de la technologie PCR est estimé à quelque 99 %, ce qui signifie que les cas de « faux positif » sont rarissimes (cas de mauvaise manipulation, contamination accidentelle…).

Les PCR peuvent aussi détecter des quantités de virus même très petites, pour éviter de « rater » des personnes infectées. Toutefois, en conditions réelles, la sensibilité moyenne des PCR dépend fortement du prélèvement. D’où la possibilité d’avoir des « faux négatifs » quand l’échantillon n’a pas été prélevé correctement, ou qu’il l’a été trop tôt ou trop tard dans l’évolution de l’infection. Ce qui peut justifier de refaire le test pour confirmer le résultat.

Paradoxalement, le fait que les tests PCR détectent des quantités infimes de virus est aussi, pour certains, leur inconvénient. Car des patients peuvent être positifs alors que leur charge virale est très basse et qu’ils ne sont peut-être pas contagieux. En effet, une charge virale très basse signifie-t-il que l’on ne peut pas transmettre le virus ? À l’heure actuelle, cela fait encore partie des inconnues. 

C’est en partie pour cela que les résultats de PCR n’indiquent en règle générale que « positif » ou « négatif » – et non une valeur chiffrée de la quantité de virus.

Quant aux tests sérologiques, ils doivent impérativement respecter des seuils de fiabilité. Mais comme on ne sait pas si les anticorps protègent complètement et durablement contre le virus, ces tests servent essentiellement à donner une indication sur la proportion de personnes qui ont été infectées dans la population.

Dans tous les cas, les tests PCR et sérologiques en labo ont un inconvénient. Il faut du temps pour analyser les échantillons et parfois, pour des raisons logistiques, plusieurs jours pour envoyer les résultats aux patients, bien que des dizaines d’échantillons puissent être analysés dans une machine en même temps, quand les tests rapides sont à analyser un par un.

Le délai avant les résultats d'un test PCR ou sérologique peut être long. © Damir Khabirov, Adobe StockLe délai avant les résultats d’un test PCR ou sérologique peut être long. © Damir Khabirov, Adobe Stock 

Pourquoi envisager des tests antigéniques ?

Face à la saturation des labos, les pouvoirs publics cherchent à élargir la palette de tests, de façon à pouvoir trier rapidement les personnes qui pourraient être contaminées, dans les aéroports ou les accueils des hôpitaux par exemple, avant une confirmation en labo. D’où l’intérêt des tests rapides antigéniques (TRA) qui commencent à être expérimentés dans les hôpitaux parisiens : le résultat permet de détecter une infection en 15 à 30 minutes !

Comme les PCR, ils se font via un prélèvement au fond du nez. Mais au lieu de détecter le génome du SARS-CoV-2, ils cherchent des protéines virales. Un système plus simple et plus rapide, qui ne nécessite pas de labo.

Néanmoins, il faut du personnel en mesure de faire le prélèvement et la fiabilité de ces tests est encore en cours d’évaluation. Habituellement, les antigéniques sont considérés comme moins fiables que les PCR. Il s’agit pour les autorités de santé de déterminer s’ils sont quand même assez fiables pour entrer dans la stratégie globale de dépistage.

Outre l’élargissement des types de tests et la multiplication des lieux de dépistage, médecins et laboratoires appellent à un meilleur ciblage des tests.




[Santé] Covid-19 : le monde face à l’arrivée de la deuxième vague


Avec près de 30 millions de cas et 920 000 morts, le Covid-19 a bouleversé en quelques mois la vie de l’humanité. L’OMS espère « en terminer avec cette pandémie en moins de deux ans », mais cet horizon semble plutôt incertain.

Une femme étreint sa tante à San Salvador le 11 septembre.

Fin de l’été dans l’hémisphère Nord et de l’hiver dans l’hémisphère Sud : l’épidémie de Covid-19 achève son premier tour de piste. Avec près de 30 millions de cas comptabilisés dans le monde, dont 920 000 morts, cette maladie a bouleversé en quelques mois la vie de tous les habitants de la planète.

Les mesures de contrôle prises pour freiner la circulation du virus – confinement, port du masque, distanciation physique, dépistage et traçage des cas, quarantaine – représentent un choc social, culturel, économique inimaginable il y a seulement neuf mois. Et pourtant leur succès se révèle limité, avec un risque élevé de seconde vague dès l’automne.

« Cela va devenir plus dur. En octobre, en novembre, on va voir une mortalité plus élevée », a déclaré, lundi 14 septembre, le directeur de la branche européenne de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Pour l’heure, le nombre quotidien de morts en Europe reste au niveau observé depuis début juin – autour de 400 à 500 –, mais l’envolée du nombre de cas positifs ces dernières semaines inquiète les autorités.

Lire aussi Le point sur la pandémie de Covid-19 : l’OMS s’attend à une remontée du nombre de morts en Europe cet automne

Même s’il s’agit en majorité de personnes jeunes, moins à même de développer des complications, « il est illusoire de penser que le virus peut circuler dans cette population sans atteindre les personnes vulnérables », souligne l’épidémiologiste Arnaud Fontanet, membre du conseil scientifique. « Très vraisemblablement, à partir d’un certain niveau de circulation, il atteindra ceux qui ont essayé de se protéger », estime-il.

Automne sous haute surveillance

Dans plusieurs pays du Vieux Continent, la courbe s’est infléchie dès le début du mois de juillet, même si le nombre de cas est difficile à interpréter en raison de l’évolution des stratégies de test (ampleur du dépistage, population ciblée, etc.).

En France, la barre symbolique de 10 000 cas quotidiens a été franchie samedi et la moyenne sur les sept derniers jours s’élève à 8 300 cas. En Espagne, 9 700 cas ont été enregistrés en moyenne au cours de la semaine écoulée, 3 000 au Royaume-Uni et 1 400 en Italie, selon les données compilées par le New York Times.

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Ailleurs dans le monde, la situation est très contrastée. Les Etats-Unis semblent avoir atteint un plateau, avec 35 000 nouveaux cas chaque jour, loin des 10 000 espérés par les experts pour minimiser les risques au changement de saison. La première vague n’y a jamais été complètement « aplatie », et près de 194 000 personnes ont déjà succombé à l’épidémie. Le Sud (Californie, Floride, Texas), le New Jersey, le Massachusetts et l’Etat de New York ont payé le plus lourd tribut.

Au Brésil, deuxième pays le plus endeuillé, avec plus de 131 000 morts, l’épidémie semble avoir été en partie endiguée, mais elle apparaît toujours hors de contrôle en Argentine. C’est aussi le cas en Inde, où le confinement a échoué à contenir le virus et où les autorités semblent résignées à le laisser circuler.

TOPSHOT - Venezuelan opposition leader Juan Guaido (R), wearing a face mask and shield, greets a supporter during a tribute to health workers who died from COVID-19, at the Venezuelan Medical Federation in Caracas, on September 10, 2020. / AFP / Federico PARRA

A l’opposé, la Chine est parvenue à mettre l’épidémie sous cloche après avoir reconfiné en juin plusieurs quartiers de la capitale, Pékin. Une partie de la population a tombé le masque et les frontières aériennes ont été rouvertes avec certains pays. Mais l’automne s’annonce sous haute surveillance tant le risque de réapparition est élevé dans une population très peu immunisée contre le SARS-CoV-2.

« Il ne faut pas baisser la garde »

« Rien ne montre que la météo a un impact sur la circulation du virus. Le comportement des gens est déterminant », insiste Eric Toner, médecin et professeur de santé publique à l’université Johns-Hopkins, aux Etats-Unis. Il souligne que l’accalmie de l’été correspond au moment où l’on passe davantage de temps à l’extérieur. « Il ne faut pas baisser la garde et penser que le virus est parti. Cela relève de la pensée magique ! Il est bien là et seules nos interventions le gardent sous contrôle », martèle-t-il, tout en admettant que le bon dosage est difficile à trouver.

Face à cette deuxième vague, les politiques avancent comme des équilibristes, dans un contexte de grande incertitude sur la trajectoire que pourrait suivre l’épidémie dans les semaines à venir. En France, les habitants des Bouches-du-Rhône et de Gironde ont été invités lundi à reporter les réunions amicales ou familiales de plus de dix personnes. Ce même jour, au Royaume-Uni, l’interdiction de se réunir à plus de six personnes en intérieur comme en extérieur est entrée en vigueur.

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« Toutes les mesures ont été mises en place en même temps, il est donc difficile de déterminer lesquelles ont eu le plus d’impact. Mais celles qui limitent la transmission aérienne – porter un masque, éviter les lieux clos et bondés – sont certainement les plus importantes », avance Eric Toner, en précisant que des recherches sont en cours pour évaluer le rapport bénéfice-risque des différentes interventions. Les Etats-Unis s’y prêtent bien : chaque Etat a adopté sa propre stratégie de lutte contre l’épidémie, ce qui permet de comparer différentes approches.

Selon le médecin, un reconfinement est évitable à condition d’adapter nos modes de vie et d’accepter « qu’un certain nombre de choses ne seront plus possibles avant la fin de la pandémie ». « Ce n’est pas parce que le nombre de cas augmente qu’il faut reconfiner tout le monde », confirme Sylvie Briand, directrice du département préparation mondiale aux risques infectieux à l’OMS. « Il faut au contraire bien analyser les chiffres et voir quelles mesures sont les plus adaptées afin de maintenir un niveau de transmission acceptable », ajoute-t-elle, en précisant que l’agence collecte auprès des Etats des données avec l’objectif d’analyser et de comparer les différentes stratégies.

« Stop and go »

Des pays n’ont cependant déjà plus le choix. En Israël, face à une propagation alarmante du Covid-19, avec près de 160 000 cas dont 1 100 morts, pour une population de 9 millions d’habitants, les autorités ont décidé de réimposer un confinement national. Il entrera en vigueur à partir de vendredi pour la fête de Roch Hachana (Nouvel An juif), se poursuivra pendant Yom Kippour et se terminera au dernier jour de la fête de Soukkot, vers le 9 octobre.

Un nouveau confinement partiel (limitation de l’activité des commerces, fermeture des écoles, parcs et attractions touristiques) est entré également en vigueur lundi à Djakarta, en Indonésie, en proie à une forte aggravation de l’épidémie.

Dans une rue de Jérusalem, Israël, le 11 septembre.

Au cours des prochains mois, une forme de « stop and go » pourrait in fine se mettre en place, avec une alternance de mesures plus ou moins strictes, suivant l’évolution du nombre de cas. « Les gens en avaient assez, donc c’était bien de faire baisser la pression », admet Sylvie Briand, commentant le relâchement observé en Europe pendant l’été. « On sait qu’il est difficile de faire appliquer certaines mesures sur de longues périodes », estime-t-elle.

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Combien de temps faudra-t-il vivre avec le virus ? « Pour qu’il arrête de circuler, il faudrait au moins que 50 % de la population soit infectée. On en est loin », rappelle Arnaud Fontanet, selon qui l’immunité collective est une stratégie « inacceptable » compte tenu du nombre de morts qu’elle suppose. En France, si 33 millions de personnes devaient être infectées en trois ou quatre vagues épidémiques, 200 000 pourraient y laisser la vie, calcule l’épidémiologiste, qui vient de publier un commentaire à ce sujet dans la revue Nature. Seuls des pays à la population très jeune, comme l’Inde, pourraient peut-être l’envisager. Ailleurs, « il faut attendre un vaccin ou l’arrivée de médicaments et d’ici là éviter que le nombre de patients graves dépasse la capacité des hôpitaux », résume-t-il.

Cet horizon peut être assez lointain. L’OMS espère « en terminer avec cette pandémie en moins de deux ans », mais cet horizon semble plutôt incertain. « Le vaccin ne sera pas disponible tout de suite, et il y a beaucoup d’incertitudes quant à son efficacité, lâche Sylvie Briand. Il faut que les gens soient prêts à porter un masque et à respecter les gestes barrières pendant encore pas mal de temps. »




[Santé] Covid-19 : plus de 10 000 cas détectés en France une journée, appel à limiter les rassemblements privés


Dix millions de tests ont été réalisés depuis six mois, selon l’agence Santé publique France.

Plus de 10 000 nouveaux cas de Covid-19 ont été détectés en France en vingt-quatre heures, un bilan au plus haut depuis le lancement des tests à grande échelle dans le pays, selon les données publiées, samedi 12 septembre, par Santé publique France. Ce nombre reste à nuancer car il dépend du nombre de tests réalisés, beaucoup plus important actuellement qu’au printemps. Au total, 30 910 personnes sont mortes du Covid-19 depuis le début de l’épidémie en France il y a six mois et 10 millions de tests ont été effectués.

Le nombre de cas confirmés en une journée s’élève à 10 561, contre 9 406 nouveaux cas la veille, précise l’agence sanitaire. Le taux de positivité (proportion du nombre de personnes testées positives par rapport au nombre total de personnes testées) reste stable (5,4 %), et 17 personnes sont mortes en vingt-quatre heures. Quatre-vingt-six nouveaux foyers de contamination ont par ailleurs été détectés, un bilan en baisse sur une journée (106 la veille).

La propagation du Covid-19 en France

Cas confirmés et décès cumulés dus au Covid-19 en France depuis le 2 mars. Cas détectés

Note : la stratégie de dépistage se limitant aux cas sévères de la maladie, les chiffres du nombre de cas sous-représentent la réalité de l’épidémie.


42 départements placés en « circulation active du virus »

Face à une « dégradation manifeste » de la situation, le premier ministre, Jean Castex, a annoncé, vendredi 11 septembre, une réduction de la durée d’isolement à sept jours pour les cas positifs et leurs contacts, ainsi qu’une réduction des temps d’attente pour les tests. Le chef du gouvernement a mis fin à son isolement samedi, après avoir été testé négatif au Covid-19 lors d’un second dépistage.

Le conseil de défense a par ailleurs porté à 42 le nombre de départements connaissant une circulation active du virus et classés rouge. Ce classement permet aux préfets de déclencher des mesures supplémentaires pour réduire les risques de transmission, notamment en matière de port du masque, de rassemblements, de grands événements ou d’horaires d’ouverture de certains commerces, a expliqué le premier ministre vendredi.

Le statut épidémique des départements

Jean Castex a insisté sur la nécessité de mettre en place des stratégies locales, adaptées à chaque territoire. Le premier ministre a d’ailleurs demandé aux préfets des « mesures complémentaires » pour Marseille, Bordeaux et la Guadeloupe, où est constatée une « évolution préoccupante des contaminations » : « Compte tenu des prévisions que nous pouvons faire à trois semaines sur l’occupation des lits de réanimation, j’ai demandé aux préfets concernés de me proposer lundi un ensemble de nouvelles mesures complémentaires, après avoir mené les concertations locales nécessaires. »

Aucune mesure de reconfinement par territoire ou par classe d’âge n’a en revanche été annoncée vendredi.

Un appel de médecins à « éviter les rassemblements privés »

Dans le même temps, des médecins et professeurs, dont le généticien Axel Kahn, alertent face à la dégradation de l’épidémie de Covid-19. « Nous sommes à une nouvelle étape de l’épidémie : celle de sa diffusion (…). Il reste probablement peu de temps pour agir collectivement », avertissent six médecins et professeurs dans une tribune au Journal du dimanche du 13 septembre.

« Après la joie des retrouvailles de l’été, il est temps de faire attention dans le milieu privé. A mesure que l’épidémie progresse, la probabilité d’être contaminé dans ces lieux clos augmente. Vendredi, en Grande-Bretagne, la ville de Birmingham a interdit les rencontres entre amis et en famille ».

Se défendant d’être « dans l’injonction », ils estiment qu’il faut « peut-être siffler la fin de la récréation » en France :

« Evitez, autant que possible, les rassemblements privés. Plus une pièce est petite, plus elle contient de monde, moins elle est aérée, et plus vous augmentez les risques. Réduisez le nombre de personnes présentes dans le cadre privé. Si possible, reportez toute réunion ».

Parmi les signataires figurent Philippe Amouyel, professeur de santé publique au CHU de Lille et directeur de la Fondation Alzheimer, Anne-Claude Crémieux, infectiologue à l’hôpital Raymond-Poincaré, Gilbert Deray, chef du service de néphrologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, et le généticien Axel Kahn, président de la Ligue contre le cancer.




[Santé] Michèle Rubirola (EELV) : « La répression ne marche qu’un moment »


La maire de Marseille, qui a participé à l’élaboration de nouvelles règles sanitaires dans sa ville, estime que face à la pandémie de Covid-19, il convient d’« accompagner les mesures d’explications ».

Michèle Rubirola (EELV), nouvelle maire de Marseille, le 4 juillet.

A la veille de se mettre en retrait pour quelques jours à partir de lundi 14 septembre pour cause d’intervention chirurgicale, la maire (Europe Ecologie-Les Verts) de Marseille, Michèle Rubirola, a passé le week-end à échanger avec les services de la préfecture des Bouches-du-Rhône. A la demande du premier ministre, Jean Castex, les élus locaux, à Marseille comme à Bordeaux et en Guadeloupe, ont participé à l’élaboration des nouvelles mesures sanitaires qui doivent concerner ces trois foyers principaux de la seconde vague de Covid-19. Egalement médecin, Mme Rubirola avait, fin août, en compagnie de la présidente de la métropole (Les Républicains, LR), Martine Vassal, dénoncé les « injonctions » du gouvernement dans la gestion de la crise. Elle applaudit aujourd’hui à la nouvelle méthode de l’exécutif et se dit « vigilante mais pas inquiète » pour Marseille.

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Quelle forme a pris la concertation souhaitée par le premier ministre ?

Elle s’est déroulée par le biais d’échanges téléphoniques et numériques avec le préfet des Bouches-du-Rhône, Christophe Mirmand, qui comprend et partage nos préoccupations. Je suis ravie de voir que l’Etat a enfin compris que l’intérêt commun était d’associer les acteurs locaux aux décisions. Je ne suis pas du tout dans un combat Paris-Marseille.

Quelles mesures avez-vous proposées pour juguler l’avancée du virus à Marseille ?

J’ai d’abord rappelé que la ligne est étroite entre des décisions nécessaires et des décisions mortifères, qu’il faut être vigilant sur les plans économique, social et sanitaire et que ces trois composantes doivent être prises en considération. Il est important pour moi de ne pas toucher aux horaires de fermeture des bars et des restaurants à 0 h 30. Il n’y a pas d’étude scientifique qui prouve que la propagation du virus est plus importante à partir de 23 h 30. En fermant ces établissements, on favoriserait des rassemblements non contrôlés à l’intérieur de lieux privés ou dans l’espace public. J’ai demandé aussi à ce que l’on soit très attentif aux transmissions par contact. J’ai requis une augmentation de la fréquence des transports en commun, pour éviter que les utilisateurs s’agglutinent sur les plates-formes. J’ai soulevé également la question des bars à chicha, où les risques de transmission, favorisés par la vapeur d’eau, ne sont pas pris en compte. Si quelqu’un veut fumer une chicha tout seul, dehors, c’est possible. Mais à plusieurs et à l’intérieur, c’est dangereux.

Le président (LR) de la région PACA, Renaud Muselier, propose de fermer les plages à 20 heures et d’annuler les mariages. Ces mesures vous semblent-elles de bon sens ?

Est-ce qu’on prend des mesures d’affichage ou de réelles mesures sanitaires ? Si, en sortant de la mairie, je vais me baigner, seule, après 20 heures, je ne pense pas présenter un risque de transmission du virus. Par contre, si l’on se regroupe à vingt, tous serrés sans masque à 18 heures sur une plage, on constitue un danger. C’est la notion de rassemblement public sans distanciation physique qu’il faut interdire, pas l’accès à l’espace balnéaire.

En contestant publiquement la gestion de la crise par le gouvernement, n’avez-vous pas, comme d’autres élus marseillais, contribué à faire naître un sentiment de suspicion dans la population ?

Je n’ai jamais critiqué les mesures barrières. J’ai moi-même participé à l’élaboration du « tracing Covid », je connais parfaitement leur importance. Dans les endroits clos, il faut porter un masque si on ne peut pas avoir de distanciation physique. Dans les rues à haute fréquentation, dans les centres-villes, les centres commerciaux, le port du masque doit être obligatoire. Dans les espaces aérés où l’on est seul, il n’y a pas de risque avéré. La répression ne marche qu’un moment. Il faut accompagner les mesures d’explications.

Etes-vous favorable à une répression accrue dans certains cas ?

Il faut verbaliser le non-respect des règles dans les lieux où la promiscuité est réelle. Je suis entièrement d’accord pour fermer les lieux à risque, qui ne respectent pas les mesures barrières imposées.

Quelles sont d’après vous les causes du rebond que connaît spécifiquement Marseille ?

Il s’explique par le fait que nous avons eu un fort accroissement de la fréquentation de la ville pendant les vacances. Les Français ne sont pas partis à l’étranger et sont venus sur la côte méditerranéenne. Les plages étaient très fréquentées. Après la période du confinement, les gestes barrières ont été plus ou moins abandonnés dans certaines situations. C’est la nature humaine. Il est normal dans ces conditions que le virus ait plus circulé.

Les pouvoirs publics n’auraient-ils pas dû réagir plus rapidement à cette période ?

On n’a peut-être pas réalisé ce qu’il se passait, parce qu’on observait une diminution de la diffusion virale. Nous avons fait des erreurs, lorsqu’on a laissé de grandes fêtes se dérouler, notamment sur les rooftops. Mais cela ne sert à rien de dire cela aujourd’hui. Il convient de déterminer ce qu’il faut faire pour éviter que cela se reproduise et que l’on puisse continuer à vivre.

Peut-on réellement combattre le virus et préserver l’activité économique ?

C’est très possible, avec de la cohérence. Je demande aux restaurateurs, aux commerçants, aux forains, aux patrons de bar de faire des efforts sur les mesures barrières, de ne plus accepter les relâchements, les débordements. Il faut faire de l’application de ces mesures un véritable enjeu de démocratie : travailler avec la société civile, les associations, les clubs sportifs, lancer des campagnes d’information dans les écoles… Mobiliser tout le monde. C’est ce que nous faisons avec les adjoints concernés.

J’ai le sentiment que les Marseillais prennent conscience de la situation. Sur les marchés, ils portent le masque, ce qu’ils ne faisaient pas forcément avant. Nous avons des chiffres réguliers qui nous font penser que la tendance n’est pas à une augmentation forte. Des lits de réanimation sont encore disponibles. Le bataillon des marins-pompiers constate également une légère diminution de la présence du virus dans les eaux usées de la ville. La situation est préoccupante mais elle est sous contrôle.

Politiquement, cette crise du coronavirus pèse-t-elle sur la mise en place des mesures de votre début de mandat ?

Oui. Pendant la rentrée scolaire, nous avons focalisé sur la question sanitaire plutôt que sur les grands projets que nous souhaitons. Nous voulons éviter à tout prix la fermeture des classes et des crèches et garder un volant de personnels municipaux disponibles. Le fait que la quarantaine passe à sept jours rend les situations plus faciles à gérer.




[Santé] Covid-19 : le défi des soignants face au mystère des symptômes persistants


Par Faustine Vincent

Les professionnels de santé sont confrontés à un afflux de patients ayant contracté le nouveau coronavirus lors de la première vague, et qui ont des symptômes persistants malgré des examens cliniques normaux.

Maud est prise en charge par le service du docteur Barizien, à l’hôpital Foch de Suresnes.

A un moment, elle a cru devenir folle. Maud, 40 ans, a contracté une forme légère du Covid-19 en mars. Six mois plus tard, cette employée d’un cabinet immobilier, en arrêt maladie, se débat encore chaque jour avec des symptômes qui n’en finissent plus. « Je suis épuisée, je n’arrive pas à respirer ni à me concentrer, j’ai des palpitations et je suis d’une humeur massacrante », détaille-t-elle en enfourchant le vélo médical, la poitrine couverte d’électrodes.

Face à elle, l’interne en médecine acquiesce, imperturbable, et surveille l’électrocardiogramme. « Soufflez fort fort fort ! » La patiente fait autant qu’elle peut. La tête lui tourne. L’interne (qui préfère garder l’anonymat) examine les courbes dessinées à l’écran, puis reprend le dossier médical. « Tout va bien, annonce-t-elle. D’après le test à l’effort et l’épreuve fonctionnelle respiratoire, tout est normal. » Tout va bien, tout est normal. Le mystère reste donc entier.

Pourquoi ces troubles se manifestent-ils encore des mois après ? D’où viennent-ils ? Sont-ils liés au Covid-19 ? Combien de temps vont-ils durer ? Pourquoi les examens cliniques ne montrent-ils rien d’anormal ?

Maud, aux longues dreadlocks blondes, fait partie de la trentaine de patients suivis dans l’unité « Réhab Covid » de l’hôpital Foch, à Suresnes (Hauts-de-Seine). Ce programme a été mis sur pied en juin pour prendre en charge ces malades qui ne guérissent pas.

Lors de la consultation avec l’interne, les patients doivent se soumettre à un test de respiration, puis à un test d’effort.

L’établissement est submergé de demandes. « La vague est arrivée un mois après le déconfinement, quand les gens ont repris une activité normale, raconte Nicolas Barizien, médecin du sport et chef du service de réadaptation fonctionnelle de l’hôpital. Des collègues urgentistes nous disaient : Des gens reviennent nous voir parce qu’ils font une rechute, alors que tous leurs examens cliniques sont normaux. La grande question c’est : est-ce que le Covid-19 laisse des séquelles à long terme, et lesquelles ? »

Des femmes actives entre 40 et 50 ans

Partout en France, les soignants sont confrontés au même afflux de patients. Leur profil est presque toujours identique : ils ont attrapé le Covid-19 pendant la première vague épidémique, en mars-avril, sont officiellement guéris – test PCR négatif à l’appui –, mais ils présentent pourtant, des mois après, des symptômes persistants ou résurgents qui leur empoisonnent la vie.

Ces troubles, parfois nommés « syndrome post-Covid », semblent d’autant plus étranges qu’ils surviennent chez des personnes ayant fait une forme peu sévère du Covid-19 : elles ne sont pas passées par la réanimation, et n’ont souvent même pas été hospitalisées.

Ce parcours rend leur suivi plus difficile. « Presque tous les hôpitaux ont monté leur consultation post-Covid pour suivre leurs patients. Le problème, ce sont ceux qui sont restés hors circuit hospitalier », insiste Nicolas Barizien. Ceux-là ont été malades chez eux, suivis à distance par le biais de la plate-forme Covidom, puis ils ont guéri, parfois repris le travail, avant de s’écrouler de nouveau.

Essoufflement, fatigue, maux de tête, palpitations, vertiges, douleurs thoraciques… les symptômes sont très variés. Certains surprennent particulièrement les soignants. « Des patients ont des signes neurologiques assez bizarres, comme des sensations de brûlures ou de fourmillements le long des membres ou le corps, des troubles de la concentration ou de la mémoire, qui évoluent par poussées, entrecoupées de périodes d’accalmie », décrit Dominique Salmon-Ceron, infectiologue à l’Hôtel-Dieu à Paris.

La nutritionniste du service, Virginie Le Comte, écoute attentivement Maud. Comme la plupart des patients ayant eu le Covid, elle a perdu du poids, et souffre d’un déconditionnement.

Lors des Journées nationales d’infectiologie, qui devaient s’achever vendredi 11 septembre à Poitiers, elle a présenté l’étude menée par l’hôpital sur 70 patients présentant des symptômes post-Covid-19 persistants, dont le diagnostic initial d’infection avait été confirmé par une PCR ou une sérologie positive. Parmi les principaux symptômes observés, 73 % présentent une fatigue souvent extrême, 53 % des douleurs thoraciques, 42 % des céphalées, 43 % une dyspnée (essoufflement), 56 % des troubles sensitifs (troubles de l’équilibre, picotements, sensations de brûlures…), et 37 % des troubles neuro-cognitifs (troubles de la mémoire, de l’humeur, désorientation…).

Contrairement aux formes graves du Covid-19, qui frappent davantage les hommes, les plus de 65 ans et les personnes en surpoids, les patients qui viennent consulter pour ces symptômes persistants sont en majorité des femmes, entre 40 et 50 ans, actives, et habituellement en bonne forme physique. A l’Hôtel-Dieu, elles représentent 78,6 % des patients, avec un âge médian de 45 ans.

Aucune donnée n’est encore disponible pour savoir combien de personnes sont concernées par ces troubles. « C’est trop tôt », insistent les professionnels de santé. Certains estiment toutefois que cela concerne 10 % des malades ayant fait une forme peu sévère de Covid-19.

Une trentaine d’études en cours

Face à cette nouvelle inconnue, infectiologues, cardiologues, pneumologues, neurologues et rééducateurs se mettent en ordre de marche pour coordonner leurs efforts et rassembler un maximum de personnes dans les cohortes. Une trentaine d’études sont en cours − à l’étranger, plusieurs pays dont les Etats-Unis, l’Italie, Israël ou encore le Royaume-Uni mènent également les leurs sur le sujet.

La demi journée se termine par un rendez vous avec le docteur Barizien, chef de service à l’hôpital Foch.

Au centre hospitalier universitaire (CHU) d’Amiens, Claire Andréjak, professeure de pneumologie et responsable du groupe de recherche et d’enseignement en pneumo-infectiologie, va coordonner l’étude nationale « méta-cohorte pneumo-Covid » portant sur l’évaluation des séquelles respiratoires post-Covid-19.

« C’est un gros défi. On va rassembler des milliers de patients venant de tous horizons et étudier leurs séquelles, qu’elles soient fondées sur leur ressenti ou objectivées par des examens », explique-t-elle, précisant que « ce n’est pas parce qu’on a fait une forme légère de Covid n’ayant pas nécessité d’hospitalisation qu’il n’y aura pas de séquelles. On le constate ». Les premiers résultats sont attendus début 2021.

Une autre étude d’envergure, « Cocolate », doit commencer début octobre. Fait notable, elle comportera un volet psychologique et psychiatrique. « Il est possible que des symptômes soient liés à un état de stress post-traumatique. D’où l’importance de travailler avec des psychiatres », explique Olivier Robineau, infectiologue à l’hôpital Dron à Tourcoing (Nord) et coordinateur de l’étude. Il met toutefois en garde contre la tentation d’en « déduire trop rapidement que tout est dans la tête », comme l’assurent certains médecins, au grand dam des patients.

Les médecins généralistes, qui estiment avoir été exclus du système de prise en charge des patients au début de l’épidémie, se mobilisent eux aussi. Leur rôle est crucial, car ils sont le premier maillon d’accès à cette population ayant contracté des formes légères de Covid-19.

Yoann Gaboreau, médecin généraliste et maître de conférences à l’université de Grenoble, a ainsi lancé le 1er août une plate-forme censée essaimer sur tout le territoire, Covidetmoi.fr, pour qu’ils puissent détecter les formes longues de la maladie. Il souligne la difficulté à capter les plus jeunes : « Les 15-40 ans contaminés au Covid-19, on n’arrive pas à les avoir. C’est le problème : ils ne viennent pas en cabinet, ils vont directement en laboratoire et restent en quarantaine. »

Aucun traitement

En attendant que les études livrent leurs résultats, les professionnels multiplient les hypothèses. Parmi elles, la présence de séquelles liées à l’infection grave des poumons, une inflammation persistante liée au mécanisme immunitaire, la somatisation, le dérèglement du système nerveux autonome, ou encore la persistance du virus, même si cette dernière piste les convainc moins puisque les tests PCR sont négatifs.

L’interne du service retire branchements et électrodes de sa patiente après un test de respiration à l’hôpital Foch.

La durée même à partir de laquelle les soignants estiment qu’il s’agit d’un « Covid long » est floue. Un mois ? Deux mois ? Trois mois ? Les avis divergent. Pour son étude Cocolate, Olivier Robineau a opté pour deux mois. « C’est une durée arbitraire, qui pourra évoluer en fonction des connaissances sur la maladie », reconnaît-il.

Seule certitude, il n’existe aucun traitement à l’heure actuelle. Tout ce que peuvent faire les soignants, c’est essayer de soulager les symptômes. Signe encourageant, ils constatent toutefois que, lorsqu’ils sont pris en charge, les patients « évoluent bien », avec des poussées symptomatiques de plus en plus espacées.

« C’est une maladie très bizarre, très différente des autres par la diversité de ses symptômes ou son évolution, observe Claire Andréjak. Il y a un vrai défi pour décrire l’ensemble de ces séquelles et comprendre leur origine. » Alors qu’une deuxième vague épidémique menace, les études visent également à « anticiper pour les cas futurs car, malheureusement, nous ne sommes pas encore sortis de l’épidémie ».

La demi-journée se termine par un rendez-vous avec le docteur Barizien, chef de service. Ce médecin, spécialiste de la médecine sportive a été un des premiers à prendre en compte la souffrance des patients à forme longue, non suivis par les hôpitaux et tirer la sonnette d’alarme.




[Santé] La trajectoire de progression de l’épidémie « montre qu’on va dans le mur », alerte le conseil scientifique


Le conseil fait un « constat d’échec » de la stratégie des quatorzaines et préconise une réduction de la durée d’isolement, pour mieux la faire respecter.

Des tests Covid-19 pratiqués à la mairie du 15e arrondissement de Paris, mardi 8 septembre.

En présentant son dernier avis rendu public le 9 septembre, le conseil scientifique n’a pas cherché à édulcorer son discours. « C’est un constat d’échec », a-t-il admis, en parlant de la stratégie d’isolement destinée à lutter contre l’épidémie de Covid-19.

Quatre mois après le déconfinement, ces experts chargés de conseiller l’exécutif dans sa gestion de l’épidémie, estiment que la quatorzaine s’avère peu respectée. Cela « fragilise notre capacité à maîtriser les chaînes de contamination » du coronavirus, a jugé l’anthropologue Laëtitia Atlani regrettant une stratégie « sans cahier des charges ni budget à l’échelle nationale ».

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Pour corriger le tir, alors qu’on atteint les 50 000 nouveaux cas hebdomadaires, le conseil préconise d’écourter à sept jours, contre quatorze actuellement, la période d’isolement. Cette recommandation s’appuie sur des données scientifiques montrant que la plupart des cas sont contagieux une dizaine de jours seulement : quatre jours avant l’apparition des symptômes et six jours après. « Au-delà de sept à huit jours, on ne détecte quasiment plus de virus contagieux », a souligné Bruno Lina, virologue et membre du conseil, lors d’une conférence de presse.

La décision doit être prise lors d’un conseil de défense vendredi, mais le ministre de la santé, Olivier Véran, a déjà indiqué à plusieurs reprises y être favorable. « Certains pays choisissent de réduire la durée [d’isolement], mais en même temps ils acceptent probablement une part de risque un peu plus importante », décrypte Sylvie Briand, directrice du département « préparation mondiale aux risques infectieux » de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), en précisant qu’une évolution des recommandations internationales n’est pas à l’ordre du jour. « Dans leurs décisions, les politiques doivent mettre en balance des éléments sociaux, culturels… La santé de la société, c’est plus que la santé de chaque individu », reconnaît-elle par ailleurs.

Manque d’adhésion de la population

En France, le pragmatisme l’a emporté. « Il vaut mieux huit jours bien respectés que quatorze jours mal respectés », estimait lundi 7 septembre sur LCI Martin Hirsch, directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). S’il n’existe pas de « données disponibles précises sur les conditions et le suivi de l’isolement des cas », une enquête récente, non rendue publique, de la direction générale de la santé (DGS) auprès des agences régionales de santé (ARS) « montre très clairement » ce manque d’adhésion de la population, a avancé Laëtitia Atlani.

Plusieurs explications sont avancées dans l’avis dont « la méconnaissance ou le refus du principe de l’isolement, en particulier chez les patients asymptomatiques » et « les pressions liées à l’emploi ». Pour y remédier, le conseil recommande la prescription d’un arrêt de travail dès l’apparition des symptômes, en attendant le résultat du test, et une compensation financière en cas de perte de revenus. Il met aussi l’accent sur « l’auto-isolement à domicile », sans exclure un dispositif plus contraignant si nécessaire dans certaines régions.

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L’avis souligne que le succès d’une telle stratégie repose sur « une information précise sur le protocole à suivre » et « un important effort de communication », ce qui n’a pas été le cas jusqu’à présent. « Nos concitoyens ont (…) l’idée qu’ils s’isolent quand ils ont un test positif. C’est presque trop tard : il faut s’isoler (…) dès les signes de suspicion clinique, (…) il ne faut pas attendre le résultat du test », a insisté Jean-François Delfraissy, président du conseil scientifique, admettant que les délais de dépistage n’arrangeaient rien.

Ce bilan peu flatteur est publié alors que l’épidémie de Covid-19 en France atteint un niveau « inquiétant ». Le gouvernement « va être obligé de prendre un certain nombre de décisions difficiles », « dans les huit à dix jours maximum », a estimé M. Delfraissy. « On peut être faussement rassuré » parce que l’augmentation de la circulation du virus a « peu de retentissement actuellement » sur le système de soins, mais il peut y avoir « une augmentation très rapide, exponentielle, dans un deuxième temps », a averti le médecin rappelant que toute décision prise maintenant n’aura d’impact que dans quinze jours.

« On va dans le mur »

« Il n’y a aucune raison d’attendre car plus on attend plus il faudra agir fort et sur la durée », confirme au Monde l’épidémiologiste Arnaud Fontanet, membre du conseil scientifique. « Même si le nombre de cas est très inférieur à celui qu’on avait en mars et que le rythme d’augmentation n’est pas le même, la trajectoire montre qu’on va dans le mur », estime-t-il. Selon lui, adopter des mesures ciblées est cependant d’autant plus complexe que l’on manque de données précises sur les circonstances dans lesquelles les personnes infectées ont été contaminées.

A Bordeaux, les hospitaliers s’inquiètent notamment de la flambée des cas chez les 15-30 ans. « Ce n’est carrément pas possible, on ne peut pas laisser ce réservoir se constituer », « cette bulle de circulation », a prévenu le professeur Denis Malvy, également membre du conseil scientifique, lors d’une conférence de presse à Bordeaux.

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En quelques semaines, les indicateurs sanitaires ont viré au rouge en Nouvelle-Aquitaine, qui est désormais la deuxième région la plus touchée en France métropolitaine avec un taux d’incidence s’établissant à 65 cas pour 100 000 habitants dans la région, et 151 cas pour 100 000 habitants pour la Gironde, département classé en vulnérabilité élevée, après avoir été très épargné par l’épidémie au printemps.

Pour le professeur Malvy, les prochaines semaines jusqu’à la mi-octobre seront « cruciales ». « Rien ne s’oppose à ce que [le Covid-19], soit aussi un virus saisonnier, c’est-à-dire que sa circulation soit multipliée à la faveur des chutes de température (…). Il nous faut nous préparer à cette deuxième vague, qui est à mon avis hautement probable », a-t-il dit.




[Santé] Les causes des formes sévères de Covid-19 peut-être identifiées


Représentation schématique de la formule d’un médicament utilisé pour une maladie héréditaire et expérimenté pour traiter le Covid-19. MOLEKUUL/SCIENCE PHOTO LIBRARY

“Un incontrôlable peptide humain appelé bradykinine pourrait être responsable de certains des symptômes variés et parfois mortels observés chez les personnes infectées par le coronavirus [responsable du Covid-19]”, annonce le New Scientist. Plusieurs publications scientifiques soutiennent cette idée désormais appelée “hypothèse de la bradykinine”.

Cette hormone peptidique est impliquée dans de nombreuses fonctions du corps. C’est un vasodilatateur : elle abaisse la tension artérielle en dilatant les vaisseaux sanguins. Elle agit sur les muscles lisses dans les poumons et l’intestin, mais aussi au niveau des reins et du système nerveux, et elle est impliquée dans le mécanisme de la douleur. “Il se passe donc beaucoup de choses !” fait remarquer le chimiste Derek Lowe, qui commente régulièrement l’actualité du monde pharmaceutique sur son blog In the Pipeline.

Dans leur étude publiée en juillet dans eLife, des scientifiques ont comparé un groupe de personnes souffrant de formes sévères du Covid-19 à un groupe contrôle non infecté. Chez les malades, ils ont constaté une surexpression des gènes responsables de la production de bradykinine, accompagnée d’une sous-expression des gènes qui produisent l’enzyme permettant de limiter les niveaux de bradykinine. En d’autres termes, les chercheurs supposent qu’un surplus de bradykinine dans le corps, appelé “orage de bradykinine”, est en cause.

Des vaisseaux sanguins plus perméables

Ces résultats, rapporte The Scientist,pourraient expliquer l’accumulation anormale de fluide dans les poumons si souvent constatée chez les patients atteints du Covid-19, expliquent les auteurs.” En effet, comme la bradykinine dilate les vaisseaux sanguins et les rend plus perméables, des niveaux élevés de ce peptide peuvent entraîner une fuite de liquide dans un environnement très vascularisé comme les poumons. La barrière hémato-encéphalique pourrait également être brisée par cette accumulation de bradykinine, expliquant ainsi certains des symptômes neurologiques déroutants observés par les médecins chez certains malades.

De son côté, Josef Penninger, directeur de l’Institut des sciences de la vie de l’université de Colombie-Britannique à Vancouver, qui n’a pas participé à cette étude, se dit convaincu que la bradykinine joue un rôle dans la pathogenèse du Covid-19. C’est lui qui, alors jeune chercheur, avait autrefois découvert les récepteurs cellulaires ACE2, qu’on sait aujourd’hui impliqués dans la façon dont le virus responsable du Covid-19 pénètre les cellules humaines.

Josef Penninger assure cependant qu’une confirmation supplémentaire serait nécessaire. À The Scientist, il précise :

Les signatures d’expression génique ne nous disent pas toute l’histoire. Je pense qu’il est très important de mesurer réellement les protéines.”

Au Pays-Bas, en juillet, dans le cadre d’un essai clinique, une équipe a testé, sur neuf patients ayant des difficultés respiratoires et placés sous oxygène, un anti-inflammatoire habituellement utilisé pour une maladie génétique qui provoque des tempêtes de bradykinine. “L’équipe a constaté une réduction du besoin en oxygène chez huit d’entre eux”, note le New Scientist. Des essais cliniques sont en cours aux États-Unis et en Europe pour tester un autre médicament agissant sur la bradykinine.

Reste que des essais de grande ampleur et d’autres travaux de recherche doivent encore être menés pour s’assurer, d’une part, de l’efficacité de ce type de médicament et, d’autre part, de la robustesse de l’hypothèse de la bradykinine pour expliquer les maux du Covid-19.