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[Santé] Vaccins à ARN : quelle protection contre les nouveaux variants ?


Depuis que circulent des variants du SARS-CoV-2, une question cruciale se pose : les vaccins utilisés contre les souches « historiques » seront-ils aussi efficaces pour nous en protéger ?

Cette interrogation est légitime : fin mars, l’Afrique du Sud a annoncé avoir revendu toutes ses doses du vaccin AstraZeneca. Des travaux scientifiques avaient en effet révélé qu’il était moins efficace contre le variant circulant dans cette région du monde (variant 20H/501Y.V2 appartenant à la lignée B.1.351).

Qu’en est-il des vaccins à ARN ? Des chercheurs ont tenté de le découvrir. Publiés dans la revue Cell, leurs résultats suggèrent que certains variants actuellement en circulation pourraient avoir la capacité d’échapper à l’immunité acquise, que ce soit lors d’une première infection par la souche « historique » du SARS-CoV-2 ou suite à la vaccination.

Si ces travaux indiquent que la vigilance est de mise, il est toutefois beaucoup trop tôt pour tirer des conclusions quant aux conséquences cliniques éventuelles. Explications.

Qu’est-ce que l’échappement vaccinal, et comment l’étudie-t-on ?

Lorsque les conditions environnementales sont optimales (température adéquate, nourriture abondante…), les micro-organismes tels que les bactéries ou les virus peuvent se multiplier de façon exponentielle : ils produisent alors d’immenses quantités de copies d’eux-mêmes. Ce faisant, ils font des erreurs. Certaines sont neutres, autrement dit, elles ne sont ni bénéfiques ni délétères à leurs porteurs. D’autres sont néfastes, ce qui peut entraîner leur extinction. Enfin, certaines procurent un avantage qui va permettre aux microbes qui les possèdent de prendre l’avantage sur leurs concurrents.

Ces avantages peuvent être de différentes natures : capacité à se nourrir d’une nouvelle ressource, acquisition d’un nouveau mécanisme de défense, résistance à de nouvelles conditions environnementales… La résistance aux antibiotiques développée par certaines bactéries procède de telles mutations « bénéfiques ». L’échappement aux vaccins, qui permet aux micro-organismes infectieux d’échapper à la réponse immunitaire destinée à les éliminer en est un autre exemple.


À lire aussi : Comment les microbes réussissent-ils à échapper aux vaccins ?


Pour étudier l’infectiosité des virus sans devoir manipuler de dangereux virus, les virologues ont développé des « particules rétrovirales pseudotypées ». Ces outils sont en quelques sortes des « pseudo-virus » : ils s’agit de particules contenant uniquement les gènes impliqués dans la fabrication de l’enveloppe virale du virus à étudier. C’est sur cette dernière que se trouvent les « clés » qui permettent au virus d’entrer dans les cellules qu’il infecte (dans le cas du coronavirus SARS-CoV-2, cette clé est la protéine Spike, ou S).

À ces gènes, les chercheurs ajoutent un gène produisant une protéine fluorescente. Ainsi, si les pseudo-virus parviennent à pénétrer dans les cellules cibles, celles-ci deviennent fluorescentes, ce qui facilite leur détection.

Cet outil a permis de comprendre, par exemple, certains mécanismes de l’entrée du virus de l’hépatite C dans les cellules du foie. Il est également couramment utilisé pour mettre en évidence le blocage de l’entrée virale par des anticorps de patients. S’ils sont « neutralisants », les anticorps empêchent en effet les interactions entre les protéines utilisées par le virus pour pénétrer dans les cellules et les récepteurs correspondants, autrement dit les « serrures » situées à leur surface. Dans une telle situation, le virus reste à la porte…

Des chercheurs américains, allemands et sud-africains ont utilisé cette approche pour étudier la capacité des sérums de personnes vaccinées à neutraliser la protéine Spike du SARS-CoV-2. Que révèlent ces travaux ?

Des mutations qui favorisent l’échappement immunitaire

Les auteurs se sont intéressés aux deux vaccins à ARN messager disponibles, à savoir celui de Pfizer/BioNtech (nom commercial Cominarty®, majoritairement utilisé en France où il représente 65,4 % des premières doses administrées) et celui de Moderna (minoritaire avec 7,7 % des premières doses). Ils ont récolté les sérums de 99 patients vaccinés après une, puis 2 injections de vaccins, puis ont testé les capacités de ces échantillons à neutraliser la protéine S originelle, celle portant la mutation D614G et les protéines S des variants dits d’origine « britannique » (lignée B.1.1.7), « sud-africaine » (lignée B1.1.351) et « brésilienne » (lignée P1).

Les résultats montrent que les deux vaccins à ARN messager protègent de façon efficace contre le virus originel, contre le variant D614G et contre le variant britannique, surtout après deux injections vaccinales. En revanche, les anticorps des patients neutralisent peu la protéine S des variants sud-africains et brésiliens, ce qui suggère que ces vaccins pourraient avoir une faible faible efficacité contre ces variants. Ces travaux semblent indiquer qu’un faible nombre de mutations pourrait suffire au SARS-CoV-2 pour échapper à la réponse immunitaire induite par ces vaccins.

Cependant, les conséquences de ce constat pour la population restent à établir, comme le soulignent les auteurs eux-mêmes.

Rester vigilant

Cette étude, très rigoureusement menée, reste une étude « in vitro » ; elle ne permet pas de tirer de conclusions quant aux conséquences cliniques de ces résultats obtenus sur des cellules en culture. Il manque notamment des informations sur l’immunité cellulaire des personnes vaccinées, laquelle pourraient les protéger malgré l’absence de protection immunitaire « humorale », c’est-à-dire par les anticorps.


À lire aussi : Comment notre corps se défend-il contre les envahisseurs ?


Par ailleurs, il aurait également pu être intéressant d’étudier sur le même principe les capacités neutralisantes de sérums de personnes vaccinées par le vaccin d’AstraZeneca ou celui de Johnson&Johnson, vaccin à dose unique disponible dans les pharmacies depuis le 24 avril. Connaître les capacités de particules rétrovirales pseudotypées basées sur le variant dit « indien » (20A/484Q, lignée B.1.617) d’échapper aux effets des vaccins pourrait aussi s’avérer utile : cela permettrait d’obtenir des indices sur leur rôle potentiel, encore discuté, dans l’épidémie qui flambe actuellement en Inde.

Enfin, il faudra confirmer ces résultats par des observations dans la population pour répondre à deux questions : est-ce que les personnes vaccinées s’infectent avec ces variants ? Si elles sont infectées, développent-elles des formes sévères de l’infection, et dans quelle proportion par rapport aux personnes non vaccinées ?

Ces nouvelles sont malgré tout rassurantes, en particulier en ce qui concerne la situation française : les vaccins à ARN messager actuellement disponibles protègent contre le variant britannique qui circule actuellement massivement dans notre pays.

Ces travaux soulignent cependant l’importance de prendre les précautions nécessaires pour surveiller, et si possible contrôler, la diffusion des variants sud-africains et brésiliens, au cas où les vaccins à ARN messager se révéleraient moins efficaces contre eux également in vivo. Les mesures de contrôle des personnes arrivant des régions où circulent ces variants sont, malheureusement, justifiées pour éviter d’avoir à affronter une nouvelle vague pandémique.




[Santé] TousAntiCovid : le mode d’emploi pour intégrer vos certificats de tests et de vaccination


L’application de traçage du coronavirus se dote, ce lundi 19 avril, d’une nouvelle fonctionnalité permettant de présenter vos résultats de tests et une attestation de vaccination certifiés. Voici son mode de fonctionnement.


TousAntiCovid : le mode d’emploi pour intégrer vos certificats de tests et de vaccination

© Secrétariat d’Etat chargé de la Transition numérique et des Communications électroniques TousAntiCovid : le mode d’emploi pour intégrer vos certificats de tests et de vaccination

Après avoir longtemps tergiversé sur la question, voilà que la France devient le premier pays européen à mettre en œuvre ce qui s’apparente à un passeport sanitaire. Dès ce lundi 19 avril à partir de 18 heures, une mise à jour de l’application de traçage TousAntiCovid intégrera une nouvelle fonctionnalité, baptisée “TousAntiCovid-Carnet”. Celle-ci permettra dans un premier temps de stocker les résultats de tests négatifs et/ou positifs au Sars-CoV-2. À terme, ce carnet numérique sera enrichi d’une attestation certifiée de vaccination contre la Covid-19. L’objectif est clair : faciliter les déplacements, d’abord entre la métropole, la Corse et les Outre-mer, puis, ensuite, avec nos voisins européens.

“La France est le premier pays à mettre à disposition de ses citoyens cette fonctionnalité de certification des tests et vaccinations électroniques”, s’est félicité Cédric O, le secrétaire d’État chargé de la Transition numérique et des Communications électroniques. L’arrivée de ce nouveau dispositif n’est pas anodine. Il fait même partie intégrante du projet de certificat vert que l’Union européenne souhaite mettre en œuvre d’ici cet été. Comme l’a rappelé Cédric O, les 27 États membres ont jusqu’au 17 juin pour se doter d’un outil fonctionnel. Le but étant que, dans n’importe quel pays de l’UE, les forces de l’ordre puissent rapidement vérifier si les personnes contrôlées disposent d’un test négatif ou d’une attestation de vaccination certifiés. Comment récupérer et ajouter les documents certifiés dans l’application ? Est-il obligatoire de présenter un certificat de test négatif ou de vaccination dans TousAntiCovid ? Voici comment cette nouvelle fonctionnalité va fonctionner.

TousAntiCovid : le mode d’emploi pour intégrer vos certificats de tests et de vaccination

J’ai été testé et je souhaite récupérer un document certifié

Que le résultat de votre test PCR ou antigénique soit négatif ou positif au coronavirus, vous recevrez, à partir de ce lundi, 18 heures, un SMS ou mail qui vous permettra d’accéder à un “portail patient” en ligne, qui est lié au système d’informations SI-DEP, l’outil utilisé par les laboratoires et lieux de vaccination pour remonter les résultats des tests. Vous aurez alors deux options. Soit vous imprimez un document au format PDF qui contient un “data matrix”, une sorte de QR code, comme vous le faites peut-être en éditant vos attestations de déplacements dérogatoires. Soit vous importez le QR code dans l’application TousAntiCovid. Comme pour l’attestation de déplacement, il n’est donc pas obligatoire d’avoir installé l’application.

Je suis vacciné contre la Covid et je souhaite avoir un certificat authentifié

Si vous avez déjà été vacciné contre la Covid-19, il faudra vous connecter à votre espace ameli, la plateforme pilotée par l’Assurance maladie pour télécharger un certificat authentifié doté d’un data matrix. Comme pour les tests, vous pourrez ensuite soit imprimer, soit importer le data matrix dans l’application TousAntiCovid. Attention, cela ne sera toutefois pas possible techniquement avant la fin du mois de mai. À partir du 29 avril, les personnes aujourd’hui vaccinées pourront dans un premier temps “flasher” le data matrix de leur attestation papier qui leur a été remise par le vaccinateur pour intégrer le document dans l’application. En cas de problèmes, un dispositif d’assistance téléphonique gratuit est mis à disposition des utilisateurs 7 jours sur 7, de 9 à 20 heures, au 0 800 08 71 48. Un guide pour récupérer et stocker son certificat de test et bientôt de vaccination est aussi disponible dans la foire aux questions de TousAntiCovid.

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Comment les contrôles seront-ils réalisés ?

L’intérêt de cette nouvelle fonctionnalité vise évidemment à limiter le plus possible les fraudes lors des passages aux frontières. En France, que ce soit en métropole, en Corse, ou dans les Outre-mer, les forces de l’ordre seront équipées d’une application dédiée au contrôle des certificats de tests et de vaccination. Baptisée “TousAntiCovid-vérif”, celle-ci leur permettra notamment de vérifier l’authenticité des documents en flashant les data matrix. Par cette manipulation et comme pour les attestations de déplacement, les policiers ou garde-frontières auront donc accès à des informations telles que le prénom, le nom, la date et le lieu de naissance, le lieu de résidence, ainsi que la date de réalisation du test, son résultat ou bien la date de la vaccination contre la Covid-19.

Une première expérimentation de cette fonctionnalité va démarrer dans les prochains jours pour les vols entre la métropole et la Corse puis dans les Outre-mer dans les semaines à venir. Les autorités sanitaires n’excluent pas des partenariats avec les compagnies aériennes, telles qu’ Air France et Air Corsica par exemple, pour que les voyageurs puissent intégrer les justificatifs dotés du data matrix dans leur application.

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En attendant l’activation fin mai de l’enregistrement de votre vaccination, vous pouvez toutefois déjà l’enregistrer dans l’application DMP de votre Smartphone :




[Santé] Covid-19. Incidence en légère hausse dans le Finistère ce vendredi 23 avril


Le nombre de nouveaux cas de coronavirus remonte légèrement ce vendredi 23 avril 2021 dans le Finistère. Mais, dans le département, cette semaine, le virus est devenu moins contaminant. La situation reste stable au CHRU de Brest-Carhaix, avec 36 patients hospitalisés, dont huit en réanimation.

Les professionnels de santé qui ont reçu une première injection de vaccin à l’AstraZeneca se verront proposer du Pfizer ou du Moderna pour la deuxième.
Les professionnels de santé qui ont reçu une première injection de vaccin à l’AstraZeneca se verront proposer du Pfizer ou du Moderna pour la deuxième. | VINCENT MOUCHEL/OUEST FRANCE

Ce vendredi 23 avril 2021, le nombre de cas positifs sur 100 000 habitants remonte légèrement avec un taux de 202 en Bretagne, 89 dans le Finistère (78,5 la semaine dernière) et 116 à Brest (contre 102). Le taux de contamination (R0) a baissé sensiblement pour atteindre 1,05. L’activité du laboratoire affiche un taux de positivité de 3,4 % en moyenne, en réalisant entre 350 et 450 tests par jour.

Huit malades Covid-19 en réanimation au CHRU de Brest

Le nombre de patients hospitalisés en raison du virus du Covid-19 se maintient sur un plateau entre 35 et 40 au CHRU de Brest-Carhaix avec huit personnes en réanimation, 13 en MCO hors Covid et 15 en soins de suite à Guilers, soit 36 personnes au total. Le dispositif établi en collaboration avec la clinique Pasteur, qui a mis des lits à disposition pour le transfert de patients du CHU, a été fermé cette semaine car le taux d’occupation ne sature pas l’organisation de l’hôpital. Ce dispositif reste néanmoins mobilisable en cas de besoin.

Vaccination. 5 100 doses par semaine à la Brest Arena

Le centre de vaccinations de la Brest Arena compte 5 100 doses par semaine (dix lignes), et Carhaix en compte 1 200 (deux lignes). Celui de la Cavale-Blanche assure plus de 800 vaccinations par semaine pour les professionnels de santé et les patients fragiles. La première campagne pour ces derniers se termine cette semaine. Celle pour les publics spécifiques (patients en services de psychiatrie, SSR, détenus…) se poursuit. Les professionnels de santé ayant reçu une première injection d’AstraZeneka se verront proposer une deuxième injection mais de Moderna ou Pfizer. Les dotations augmentent de manière continue.




[Santé] Avec son passe sanitaire, la France ouvre la voie au dispositif européen


L’application TousAntiCovid permettra de stocker la preuve d’un résultat négatif de test antigénique ou PCR. Une expérimentation doit débuter au contrôle de vols à destination de la Corse puis de l’outre-mer.

L’application « Excelsior Pass » qui propose un passe numérique est testée au bureau de presse du gouverneur de New York, le 27 mars.

La France est devenue, lundi 19 avril, le premier pays à adopter le modèle de certification électronique des tests de dépistage et d’attestation de vaccination contre le Covid-19 discuté depuis plusieurs mois au sein de la Commission européenne, ouvrant la voie au déploiement d’un passeport sanitaire complet avant le début de l’été.

Pour l’instant limitée au contrôle de certains vols à destination de la Corse puis de l’outre-mer, l’expérimentation présentée lundi par le secrétaire d’Etat chargé de la transition numérique, Cédric O, pourrait étendre à d’autres situations l’utilisation de ces documents authentifiés : des discussions sont en cours entre ministères pour savoir si « les concerts, les festivals, les salons professionnels » pourraient y être soumis dans les mois à venir. Le gouvernement a en revanche écarté sa mise en place dans les « bars ou les restaurants ».

Lire aussi Covid-19 : « Nous avons besoin d’un “passe sanitaire” fiable, temporaire et accessible pour tout le monde »

Le Danemark développe un dispositif assez similaire, qui est pour le moment limité aux salons de coiffure, mais qui devrait être bientôt étendu aux bars, aux restaurants, aux institutions culturelles et aux événements sportifs.

Se présenter à l’aéroport avec un résultat de test non certifié, transmis par un laboratoire ou son médecin, est actuellement accepté, mais la voie envisagée est bien de « renforcer, consolider, uniformiser les pratiques au niveau européen » , selon le cabinet de Cédric O. Autant dire de faire de cette certification le principal moyen, à terme, de vérifier un statut sanitaire lors de contrôles effectués par les autorités.

Extension à la vaccination le 29 avril

En pratique, chaque personne testée à partir du mardi 20 avril recevra un SMS ou un courriel lorsque ses résultats seront entrés, comme c’est déjà le cas, dans la base nationale SI-DEP (pour système d’information national de dépistage populationnel). Un certificat du test de dépistage authentifié par l’Etat pourra être téléchargé, sur Internet, puis imprimé ou ajouté à l’application mobile TousAntiCovid.

Le dispositif sera étendu aux attestations de vaccination – rassemblée dans un autre fichier, VAC-SI – pour les personnes qui recevront une injection à partir du 29 avril. Avant la fin mai, selon le ministère de la santé, il sera ensuite possible de consulter son historique de tests effectués depuis trois mois et des injections de vaccin reçues – les identifiants du site de l’Assurance-maladie, Ameli, ou de FranceConnect pourront alors être utilisés.

Aperçus de l’application TousAntiCovid transmis par le secrétariat d’Etat chargé de la transition numérique.

L’authentification prend visuellement la forme d’un « datamatrix » – semblable à un code-barres, comme le QR code – sécurisé par le standard 2D-Doc, déjà utilisé par l’administration pour lutter contre la fraude aux documents d’identité ou de justificatifs. Il contient plusieurs informations, dont la date et le type de test ou de vaccin, le nom de la personne et un identifiant, sous forme de clé publique de chiffrement, du médecin ou de l’institution (laboratoire, pharmacie) à l’origine de l’acte. C’est ce dernier élément qui permet aux autorités, en scannant le datamatrix, de vérifier que le test n’est pas un faux en le comparant à un fichier centralisé rassemblant les praticiens habilités et placé sous la responsabilité du ministère de la santé.

Lire aussi : Six questions sur le « passeport vaccinal », promesse d’un retour à la vie normale ou mesure inéquitable ?

« Le caractère infalsifiable et la rapidité de lecture sont deux des avantages », a insisté Cédric O devant la presse, lundi, en soulignant que le dispositif aurait un intérêt pour les travailleurs frontaliers : des discussions bilatérales sont menées avec « plusieurs pays » pour que le certificat français y soit reconnu d’ici « à une quinzaine de jours » – en parallèle du lancement du « certificat numérique vert » européen dans tous les Etats membres de l’Union européenne (UE), prévu à partir de la mi-juin.

Plusieurs compagnies aériennes vont aussi être consultées pour intégrer, possiblement avant l’été, la certification de l’Etat dans leurs applications mobiles ou leur procédure d’enregistrement avant un vol et accélérer les contrôles dans les aéroports.

« Un test négatif ne garantit pas l’absence de contagiosité »

Sur le modèle conseillé par la Commission européenne, une troisième option de vérification devrait apparaître dans les prochaines semaines : un « certificat de rétablissement », établi à partir des résultats de tests sérologiques, notamment pratiqués en pharmacie et déjà remontés dans le fichier SI-DEP. Le gouvernement n’a pas encore détaillé les critères sélectionnés. Combien de temps après la fin de l’infection ce certificat serait-il accepté ? Quel taux d’anticorps serait nécessaire pour considérer que le risque de transmission est limité ?

« Le fait d’avoir un test négatif ne garantit pas l’absence de contagiosité ou la présence d’une immunité », rappelle en ce sens le professeur Emmanuel Rusch, président du comité de contrôle et de liaison Covid-19, rassemblant scientifiques, parlementaires et représentants de la société civile, placé auprès du ministère de la santé pour donner un avis sur les dispositifs numériques mis en place pendant l’épidémie.

Lire aussi : Emmanuel Macron réfléchit à une manière de « vivre avec » le Covid-19

« Il faut rappeler que les informations qui seront à l’intérieur de ce passe sanitaire participent à une politique de réduction des risques, mais ne correspondent pas à un risque zéro », explique M. Rusch, également président de la Conférence nationale de santé.

Le comité doit publier dans les prochains jours un avis sur l’ajout de ces fonctionnalités dans l’application TousAntiCovid, qui profite des mises à jour demandées par le gouvernement : depuis StopCovid, qui se limitait jusqu’à l’automne 2020 au suivi des contacts, des statistiques nationales et locales sur l’épidémie puis les attestations de déplacement ont été mises à disposition par ce biais. Les téléchargements sont en augmentation – près de 15 millions au 19 avril –, même si le nombre de notifications (172 000) reste limité.

Certificat de vaccination européen imaginé dès décembre 2019

Parmi les points de vigilance sur lesquels souhaite insister le médecin figure l’importance d’encadrer l’accès aux informations constituant une « rupture du secret médical » : le statut vaccinal et le fait d’avoir été, dans le passé, malade du Covid-19. « Il faut penser l’agrégation des données », insiste M. Rusch, en proposant par exemple que le terminal d’un policier ne lui indique qu’un statut (« vert » ou « rouge ») plutôt que des informations plus précises pour permettre de « laisser entre les mains de la personne le choix de ce qu’elle veut montrer ».

Un tel système pourrait être rapidement confronté à une « hétérogénéité entre les pays » : comment se passer de détails si, autre exemple, la France décide de ne pas reconnaître l’efficacité du vaccin chinois de Sinopharm, pourtant utilisé au sein de l’UE ? « Il y a encore pas mal de zones d’incertitudes », conclut le médecin.

L’idée d’une « approche coordonnée de la certification des vaccinations » avait été évoquée publiquement lors d’un Conseil européen dès décembre 2020 pour envisager une reprise massive des déplacements intra-européens, dans l’espoir notamment de relancer le tourisme. En janvier, la Commission a émis des recommandations techniques pour lancer une plate-forme permettant l’interopérabilité de plusieurs initiatives nationales, comme ce qui est actuellement mis en place pour les applications de traçage de contact.

Lire aussi : La Commission européenne mise sur un certificat sanitaire pour « faciliter la liberté de mouvement »

La construction de ce portail a commencé à la mi-avril, mais était déjà dans les esprits de l’exécutif européen depuis le mois de décembre 2019, soit avant la pandémie de Covid-19 : les entreprises françaises Jouve, Cimbiose, Syadem et la filiale belge d’Ipsos avaient alors remporté un appel d’offres concernant des « recommandations pour la mise en place d’une carte de vaccination européenne » dans le cadre d’un projet global de numérisation de la stratégie sanitaire de l’UE. Leurs préconisations guident l’élaboration du futur passeport sanitaire de l’UE.

Notre sélection d’articles sur le Covid-19 et la vaccination :




[Santé] Les zoonoses, des maladies virales de plus en plus menaçantes

La réduction de la biodiversité favorise l’émergence de nouveaux virus qui se transmettent de l’animal à l’homme. Cette nouvelle donne contraint biologistes, médecins et vétérinaires à travailler ensemble pour prévenir de futures épidémies.

En Papouasie-Nouvelle-Guinnée, la tribu Yangoru Boiken attrape les chauves-souris en plaçant d'énormes filets pour piéger les animaux lorsqu'ils volent la nuit.
En Papouasie-Nouvelle-Guinnée, la tribu Yangoru Boiken attrape les chauves-souris en plaçant d’énormes filets pour piéger les animaux lorsqu’ils volent la nuit. © Getty / Timothy Allen

En octobre 2019 un groupe de 22 experts internationaux de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques) alertait en ces termes : “On estime à 1,7 million le nombre de virus ‘non découverts’ actuellement présents dans les mammifères et les oiseaux, dont 827 000 pourraient avoir la capacité d’infecter les êtres humains.”


La perte de biodiversité : une aubaine pour les nouveaux virus

Parmi les causes de nouvelles maladies : la perte de biodiversité. Si elle trouve, comme toutes les pandémies, son origine dans des microbes portés par des animaux, la Covid-19 doit son émergence à l’intensification des activités humaines. Les changements dans la manière dont nous utilisons les terres, l’expansion et l’intensification de l’agriculture, ainsi que le commerce, la production et la consommation non durables augmentent les contacts entre la faune sauvage, le bétail, les agents pathogènes et les êtres humains. C’est un chemin qui conduit droit aux pandémies.

Lire l’enquête intégrale

Après la Covid-19, d’autres virus d’origine animale en embuscade ? Une enquête d’Anne Brunel, de la cellule investigation de Radio France.

Programmation musicale de Secrets d’info




[Santé] « L’année dernière, on nous applaudissait et, là, on nous montre du doigt » : certains soignants hésitent encore à se faire vacciner contre le Covid-19


Plus des deux tiers des professionnels de santé ont désormais reçu une première dose. Mais il reste un noyau de « réfractaires ». En cause, entre autres, l’image négative du vaccin AstraZeneca.

Au centre hospitalier de Poissy (Yvelines), une médecin urgentiste reçoit une dose de vaccin contre le Covid-19, le 18 février.

Elle a beau « être vaccinée de tout ce qui est vaccinable », Sophie (qui n’a pas souhaité indiquer son nom), infirmière en service psychiatrique de 58 ans, hésite. Va-t-elle profiter de son accès prioritaire au vaccin contre le Covid-19 ? « Pour l’instant, je ne peux pas, car j’ai été malade en février, mais je ne sais pas encore ce que je vais faire le mois prochain », explique-t-elle, perdue entre les injonctions contradictoires de la cadre de son service, qui lui avait demandé de venir travailler, même positive au SARS-CoV-2, si elle était asymptomatique, et celles du ministre de la santé, Olivier Véran, qui tançait, en mars, les soignants, les appelant dans une lettre à se vacciner rapidement pour ne pas contaminer leurs patients. « Tout ça est incohérent, confie Sophie. Juste avant, on était des héros, et là on est des méchants qui refusent de se faire vacciner. »

Comme elle, un certain nombre de soignants hésitent encore à franchir le pas du vaccin, alors qu’ils font partie des cibles prioritaires depuis le 6 février (ceux de plus de 50 ans depuis le 4 janvier). Même si ces incertains sont moins nombreux de semaine en semaine. Selon les derniers chiffres du bulletin hebdomadaire de Santé publique France (SPF) publié le 15 avril, 68 % des professionnels de santé ont désormais reçu une première dose, soit 8 % de plus que la semaine passée.

Une accélération importante, si on considère qu’ils n’étaient que 30 % début mars, lorsque l’exécutif a tiré la signal d’alarme. « Il ne faut pas surestimer la méfiance envers le vaccin, parmi les soignants comme dans la population générale », souligne Alexis Spire, directeur de recherche en sociologie au CNRS. « Il y a un noyau de réfractaires, une petite minorité, en dessous de 15 % de la population, pour le reste, ce n’est pas de l’hostilité, mais de l’hésitation », avance le chercheur.

Près de 70 % de primo-injectés, c’est plus qu’il n’en était espéré. Selon une étude menée de décembre à février, auprès de 10 000 soignants par le groupe d’étude sur le risque d’exposition des soignants aux agents infectieux (Geres), et Judith Mueller, professeure à l’Ecole des hautes études en santé publique, les intentions de vaccination atteignaient seulement le seuil de 60 % des participants, un échantillon non représentatif, mais similaire à la population des soignants en France. « Aujourd’hui, il semble qu’on ait atteint cette intention, observe la médecin épidémiologiste. Nous avons mesuré une marge de 5 % à 10 % de personnes qui ne savaient pas encore si elles voulaient se faire vacciner : de quel côté ces gens vont basculer ? Peut-être parviendra-t-on à 80 %, ce qui serait un niveau très élevé. Mais si on veut atteindre cet objectif, il faut travailler sur la dynamique de groupe, et ne pas véhiculer de clichés sur les soignants. »

Vaccin « low cost »

Comment expliquer une telle avancée de l’intention vaccinale dans cette population ? Un tournant certain s’est opéré à la mi-mars, lorsque le vaccin d’AstraZeneca a été suspendu, puis recommandé seulement pour les plus de 55 ans : la plupart des soignants et soignantes ont ainsi pu avoir accès aux vaccins à ARN messager de Pfizer-BioNTech et Moderna, dont les éventuels effets secondaires les effrayaient moins. « Cela fait un an qu’on fait tous les efforts pour se protéger d’un virus, c’était pas pour se jeter dans un vaccin aussi polémique que celui d’AstraZeneca », justifie Laura Martin, infirmière libérale à Bordeaux.

Lors de débats houleux, la jeune femme a tenu tête à certains de ses proches qui ne comprenaient pas qu’elle ne veuille pas faire cet effort altruiste. Pour elle, il était hors de question d’accepter un vaccin « low cost ». Elle a finalement reçu une première dose de Pfizer-BioNTech il y a dix jours, ravie et soulagée. « Mais je ne serai véritablement rassurée que quand tous mes patients seront vaccinés », ajoute-t-elle.

Depuis le centre hospitalier de Lannemezan (Hautes-Pyrénées), Médéric Roux, infirmier de 46 ans, témoigne du même phénomène. « Dans mon établissement, tout le monde est OK pour le vaccin, mais on ne voulait pas de l’AstraZeneca », assure ce délégué du personnel. Trop de polémiques sur l’état grippal que certains signalaient juste après l’injection. Pourtant, selon une étude menée par SPF, seuls 6 % des médecins libéraux interrogés pour l’enquête (dont 28 % avaient été vaccinés par AstraZeneca) ont dû se mettre en arrêt de travail d’au moins un jour. « Ce qui est dommage, c’est que ça fait de la mauvaise publicité pour les autres vaccins. Beaucoup de gens ne sont pas bien informés et, derrière, ça fait des dégâts », souligne M. Roux.

Écouter aussi Covid-19 : les vaccins seront-ils à la hauteur des variants ?

De fortes réticences demeurent, plus fortement chez les infirmiers et sages-femmes en médecine libérale, ainsi que chez les aides-soignants. Alors que médecins et pharmaciens atteignent des taux d’adhésion vaccinale très élevés. « Les soignants représentent une population très hétérogène de différentes catégories professionnelles, mais l’éducation n’explique pas complètement ces différences d’intention vaccinale, qui sont aussi liées, par exemple, à la peur des effets secondaires et à l’opinion majoritaire de l’entourage familial, avertit Mme Mueller. C’est également une question plus large de confiance dans le système. »

A l’hôpital de Vichy (Allier), Laurène Baud, manipulatrice d’électroradiologie médicale, croit en l’efficacité des vaccins et, en tant que référente hygiène dans son établissement, a convaincu ses collègues de se protéger contre la grippe cette année. Pourtant, elle ne se fera pas vacciner contre le Covid-19 ; son compagnon, ambulancier, n’ira pas non plus. « On n’a pas de recul, et le gouvernement fait n’importe quoi », explique calmement la jeune femme de 33 ans. Des situations l’interrogent, comme ce médecin chef tout juste vacciné qui a dû être arrêté cinq semaines en raison de symptômes typiques du Covid-19.

Elle préfère attendre un an, pour voir les effets réels des vaccins, et se laissera peut-être convaincre si un passeport sanitaire est imposé. En attendant, « l’hygiène hospitalière est suffisante pour protéger les patients et s’en protéger, même quand ils ne portent pas de masque », estime la soignante. « Il ne faut pas penser que la non-vaccination est synonyme d’une indifférence au patient, c’est un contresens absolu, assure M. Spire. Dans le discours des soignants, on a le sentiment que les gestes barrières, le masque, la distanciation, appliqués depuis un an, sont beaucoup plus importants que le vaccin pour protéger le patient. »

Effets « chaotiques » de la campagne vaccinale

D’autres facteurs renforcent les hésitations. Ainsi, raconte Sylvie Pons, responsable CGT et infirmière travaillant au centre hospitalier de Muret, près de Toulouse, « ceux qui, malades après avoir été vaccinés, doivent s’arrêter, perdent leur journée de carence », avec des conséquences financières pour les bas salaires. « L’année dernière, on nous applaudissait au balcon et, là, on nous montre du doigt parce que l’on ne voudrait pas se faire vacciner », déplore-t-elle.

« Le personnel est comme le reste de la population, il s’interroge sur les vaccins mis à disposition, et certains d’entre eux semblent plutôt être en phase d’expérimentation généralisée », explique Mireille Stivala, secrétaire générale de la fédération santé CGT. Selon elle, les effets « chaotiques » de la campagne vaccinale sont à l’origine de beaucoup de défiance. « La plupart des soignants savent que la vaccination, en général, sauve des vies. Cela n’empêche pas les incertitudes sur les conséquences du vaccin, surtout quand ils ont des problèmes de santé », précise cette aide-soignante du centre hospitalier de Sarreguemines (Moselle), qui se fera vacciner, mais aimerait « bien choisir son vaccin ».

Lire aussi Covid-19 : pourquoi la vaccination avec AstraZeneca est limitée aux plus de 55 ans

Selon une étude menée par la CGT Santé – à laquelle cent dix syndicats ont répondu (64 % du secteur public, 36 % privé) –, près de 96 % des réponses font état de personnels qui ont refusé la vaccination. Le syndicat note que les instances représentatives du personnel n’ont pas été consultées, dans près de 50 % des cas, pour la mise en place de cette campagne de vaccination, qui, dans 90 % des cas remontés, a débuté. Enfin, détaille cette étude à paraître prochainement, les pressions auraient existé dans moins de 10 % des cas.

La défiance, vis-à-vis du vaccin, se trouve aussi renforcée par le ressentiment à l’égard des autorités politiques et sanitaires. Ainsi, le courrier du 5 mars d’Olivier Véran, le ministre de la santé, qui leur était adressé, n’a pas toujours plu. « Je vous le demande, pour vous-même, votre entourage, les Français, si vous n’êtes pas encore vaccinés, faites-le rapidement… Je sais pouvoir compter, encore une fois, sur votre engagement », écrivait-il.

Pour autant, faut-il brandir la menace de l’obligation vaccinale pour parvenir à une couverture suffisante ? « Considérant que l’hésitation vaccinale est éthiquement inacceptable chez les soignants », l’Académie nationale de médecine a tranché en faveur de la vaccination obligatoire pour tous les professionnels de santé.

De son côté, le Comité consultatif national d’éthique alerte sur le fait qu’une obligation vaccinale « ne serait pas adaptée dans une situation de faible approvisionnement en doses de vaccin, ni dans un contexte d’évolutivité et d’incertitudes ». Dans un communiqué publié fin mars, l’institution plaide plutôt pour une démarche pédagogique et active au sein des équipes. « L’hôpital public s’effondre, avec toujours plus de postes non pourvus, des personnels dont la charge de travail est de plus en plus lourde… La question aujourd’hui est de savoir comment retenir celles et ceux qui restent, et non de leur rajouter des contraintes comme une injonction supplémentaire sur la vaccination », analyse M. Spire.

Injonction contre-productive

Pour Véronique Sengel, infirmière aux urgences pédiatriques de Colmar, la question est tranchée depuis longtemps. « Si on m’oblige à me faire vacciner, je démissionne par principe, car les libertés, c’est primordial, assure la quinquagénaire. On fait tous des concessions, mais notre corps c’est la limite. » Même à seulement quelques années de la retraite. « Pour l’instant, je n’ai pas l’intention de me faire vacciner. Il y a tellement de gens qui en ont plus envie que moi. Je n’ai pas l’impression que j’en ai besoin, même si le risque zéro n’existe pas », relativise-t-elle.

L’injonction peut donc être contre-productive. Pour Christiane Wiskow, responsable des politiques sectorielles, à l’Organisation internationale du travail, « la vaccination ne doit pas être obligatoire ». « C’est une décision qui reste individuelle, mais il est de la responsabilité des employeurs et des autorités d’encourager, de donner les bonnes informations, afin que les personnels prennent la bonne décision », analyse-t-elle. Et de rappeler que, dans de nombreux pays, le problème réside d’abord dans la disponibilité des vaccins, déjà en nombre insuffisant pour couvrir les populations vulnérables.

Le constat est le même à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), même si, précise-t-elle, dans certains pays, « il peut arriver que les autorités considèrent qu’il faille, au-delà du volontariat, mettre en place un “programme obligatoire” de vaccination ». Il faut alors, explique l’OMS, « prendre grand soin que l’application de ces programmes n’entraîne pas des pénalités qui renforceraient les inégalités sociales ». Un équilibre souvent difficile à trouver.




[Santé] Cancer : plus de 19 millions de nouveaux cas et 10 millions de décès en 2020 | ONU Info

Selon cette agence spécialisée de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour la recherche sur le cancer, la tumeur du sein figure parmi les cancers les plus fréquemment diagnostiqués. Ce type de cancer représente 11,7% des nouveaux cas rapportés dans la population mondiale en 2020.

Viennent ensuite le cancer du poumon (11,4%), le cancer colorectal (10%), le cancer de la prostate (7,3%) et le cancer de l’estomac (5,6%). Au total, les dix types de cancer les plus courants représentent plus de 60% des cas de cancer nouvellement diagnostiqués et plus de 70% des décès par cancer.

Mais c’est le cancer du poumon qui reste le plus fatal. Représentant 18% des cas de décès par cancer, la tumeur du poumon est la principale cause de décès par cancer, suivie du cancer colorectal (9,4%), du foie (8,3%), de l’estomac (7,7%), du cancer du sein (6,9%).

A ce jour, le nombre de patients en rémission (ce que l’on appelle la prévalence après le diagnostic sur cinq ans) atteint 50,6 millions dans le monde. Mais selon l’OMS, une personne sur cinq souffrira d’un cancer dans sa vie. Un homme sur huit et une femme sur onze en décèderont.

En Jamaïque, une survivante du cancer du sein du village de Stewart Mountain attend d’être examinee pour un suivi médical assuré par la Jamaica Cancer Society

Le cancer du sein est désormais la première cause de cancer dans le monde

Selon cet institut de recherche de l’Agence sanitaire mondiale de l’ONU, le cancer du sein est désormais la première cause de cancer dans le monde. Il a maintenant dépassé le cancer du poumon en termes de fréquence dans le monde. Les 2,3 millions de nouveaux cas estimés indiquent qu’un cancer sur huit détecté cette année est un cancer du sein.

Pour cet institut basé à Lyon (France), cette maladie reste également la cinquième cause de mortalité par cancer dans le monde, avec 685.000 décès en 2020. Chez les femmes, le cancer du sein représente un cas de cancer sur quatre et un décès sur six. « Et la maladie se classe au premier rang en termes d’incidence et de mortalité dans la plupart des pays du monde (dans 159 et 110 pays, respectivement) », rapporte le CIRC.

Plusieurs facteurs influent sur la prévention de cette tumeur : les maternités tardives, le fait d’avoir peu d’enfants, des niveaux plus élevés de surpoids et une tendance à la sédentarité. Des changements liés au mode de vie, les contextes socioculturels et les environnements bâtis ont un impact majeur sur la prévalence des facteurs de risque du cancer du sein dans de nombreux pays.

Côté diagnostic et prise en charge des malades, l’institut de Lyon estime qu’il reste beaucoup à faire. « Il existe un accablant besoin de nouvelles recommandations pour améliorer le dépistage précoce et le suivi des femmes », a fait valoir la Dr Élisabeth Weiderpass, Directrice du CIRC.

« L’OMS et le CIRC travaillent actuellement ensemble pour lancer une nouvelle initiative mondiale sur le cancer du sein en 2021, qui se concentrera sur l’amélioration du diagnostic précoce et du traitement complet pour améliorer les résultats au niveau de la population », a-t-elle ajouté.

L’ONU soutient des pays à faible revenu et à revenu intermédiaire dans la lutte contre le cancer.

Les hommes principalement touchés par le cancer du poumon

Par ailleurs en termes d’incidence, les hommes sont principalement touchés par le cancer du poumon, suivi par le cancer de la prostate et du cancer colorectal. C’est aussi la tumeur la plus meurtrière dans la population masculine, suivie du cancer du foie et du cancer colorectal.

Chez les femmes, le cancer du sein est à la fois le plus fréquent et le plus meurtrier (685 000 décès en 2020). Il est suivi du cancer colorectal et du cancer du poumon pour l’incidence et du cancer du poumon et du cancer colorectal pour la mortalité.

Et dans les décennies à venir, l’agence onusienne estime que le cancer va encore gagner du terrain. En 2040, le nombre de nouveaux cas devrait s’élever à 28,4 millions. Soit une augmentation de 47% par rapport aux 19,3 millions de cas estimés en 2020. En cause, la hausse globale des principaux facteurs de risque : le tabagisme, l’alimentation déséquilibrée, le surpoids et l’inactivité physique.

Des pommes de terre frites avec du fromage. Les graisses de friture peuvent être associés à un risque accru de développer un cancer de l’ovaire

« La prévention du cancer a un rôle clé à jouer »

En utilisant les quatre niveaux de l’indice de développement humain (IDH) comme marqueur du degré de transition socio-économique nationale, les pays classés comme ayant un IDH faible ou moyen connaîtront les plus fortes augmentations relatives de l’incidence du cancer d’ici à 2040 (une hausse de 95 % et de 64 % par rapport à 2020, respectivement).

« Les changements en cours dans la structure de la population, les environnements dans lesquels les gens vivent et la mesure dans laquelle les systèmes de santé sont capables de fournir des interventions efficaces de lutte contre le cancer détermineront ensemble l’ampleur et le profil de l’incidence, de la mortalité et de la prévalence du cancer qui apparaîtront au cours des prochaines décennies », a fait remarquer le Dr Freddie Bray, Chef de la Section de la surveillance du cancer au CIRC.

A noter que la base de données établit dans le cadre de l’Observatoire mondial du cancer du CIRC, fournit des estimations de l’incidence et de la mortalité dans 185 pays pour 36 types de cancer cette année.

« Il est urgent de s’attaquer à la maladie en tant que question de santé publique et problème économique, par une action efficace contre le cancer », a insisté la Dr Weiderpass.

« La prévention du cancer a un rôle clé à jouer. Des interventions efficaces de prévention et de détection précoce sont disponibles et doivent être intégrées dans la planification de la lutte contre le cancer afin de contrôler la recrudescence prévue de cette maladie dévastatrice », a conclu la Directrice du CIRC.

À lire également :

https://news.un.org/fr/story/2021/02/1088502

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Merci à Élisabeth D.J. d’avoir pointé cette info que j’avais ratée en décembre pourtant avide justement de cette mise en perspective qui relativise cette “pandémie” omniprésente dans les médias 😟 😷


[Santé] Le pollen nous rendrait plus vulnérable au Covid-19


Le pollen nous rendrait plus vulnérable au Covid-19

Le pollen nous rendrait-il plus vulnérable au Covid-19 ? Alors que la saison des allergies commence avec le printemps, des scientifiques ont établi une corrélation entre les contaminations par le coronavirus et les concentrations de pollen dans l’air.

Partant du constat que les vagues épidémiques du printemps 2020 coïncidaient avec la saison des pollens, des chercheurs allemands se sont penchés sur les données de 130 stations de mesure des pollens dans l’air dans 31 pays. « Notre analyse nous a permis de révéler une corrélation positive robuste et significative entre les taux d’infection par le Sars-CoV-2 et les concentrations de pollen dans l’air », ont expliqué les scientifiques dans leur étude, publiée le 23 mars dans la revue scientifique PNAS.

Plus précisément, ils ont conclu que « le pollen, parfois en synergie avec l’humidité et la température », pourrait expliquer « en moyenne 44 % de la variabilité du taux d’infection ». Ainsi, une augmentation de cent particules de pollen par mètre cube entraînerait, quatre jours plus tard, un taux d’infection par le coronavirus supérieur de 4 %.

« L’exposition au pollen affaiblit l’immunité contre certains virus respiratoires »

Les personnes allergiques sont particulièrement concernées, car « leurs muqueuses sont déjà abîmées par la réaction allergique, et donc plus fragiles face aux infections », précise Isabella Annesi-Maesano, directrice de recherche à l’Inserm, jointe par Reporterre. Pour autant, les non allergiques seraient également plus vulnérables : « L’exposition au pollen en suspension dans l’air augmente la sensibilité aux infections virales respiratoires », ont ainsi rappelé les scientifiques. Autrement dit, « le pollen affaiblit nos défenses face aux virus », explique Isabella Annesi-Maesano, en se référant à une étude parue l’an dernier à ce sujet. En se déposant dans le nez, les pollens neutraliseraient certains gènes du système immunitaire. « On peut aussi imaginer que les pollens transportent le coronavirus », ajoute la chercheuse, qui espère que de nouveaux travaux scientifiques permettront de mieux comprendre ces phénomènes.

« Comme nous ne pouvons pas éviter complètement l’exposition au pollen, nous suggérons une large diffusion des informations sur la coexposition pollen-virus afin d’encourager les personnes à haut risque à porter des masques à filtre à particules lors des fortes concentrations de pollen au printemps », concluent les auteurs et autrices de l’étude.

La concentration de pollen de bouleau dans l’air le 12 avril 2021, estimée par Copernicus.

Dans cette optique, le service européen de météorologie Copernicus a développé des outils permettant de faire des prévisions des taux de pollen dans l’atmosphère. À l’instar des bulletins météo, il est ainsi possible de connaître, quatre jours à l’avance, quelles seront les concentrations de pollen de cinq des espèces les plus courantes, à savoir le bouleau, l’olivier, les graminées, l’ambroisie et l’aulne.

Au-delà du Covid-19, « ces informations peuvent permettre aux cent millions d’Européens sujets aux allergies de prendre leurs médicaments ou de limiter leurs activités de plein air lorsque le taux de pollen est particulièrement élevé », écrit le service Copernicus dans un communiqué.

En effet, 1 personne sur 4 souffre d’allergies liées au pollen libéré dans l’air. Le coût des traitements, combiné à la perte de jours de travail, est estimé à 150 milliards d’euros par an. Et ces chiffres ne cessent de croître : en vingt ans, le nombre d’allergies liées au pollen a triplé. Cette augmentation spectaculaire provient en grande partie du dérèglement climatique : les printemps précoces provoquent une augmentation des quantités de pollen tandis que certaines plantes allergisantes, comme l’ambroisie, étendent leur aire de répartition.



[Santé] « Si les gens savaient… » : à l’hôpital Bichat, une troisième vague de Covid-19 violente avec des patients de plus en plus jeunes


LES VISITES SONT INTERDITES DANS LE SERVICE SAUF AUTORISATION EXCEPTIONNELLE DU PERSONNEL SOIGNANT, REPORTAGE SUR LE SERVICE DE PNEUMOLOGIE DE L HOPITAL BICHAT PENDANT LA TROISIEME VAGUE DE LA CRISE DU COVID 19, LE 9 MAI 2021, PARIS
JULIE BALAGUÉ POUR « LE MONDE »
Par Chloé Hecketsweiler

Reportage :

Dans l’hôpital parisien, les malades sont presque aussi nombreux qu’il y a un an, mais aussi plus jeunes. La vie des soignants est à nouveau sens dessus dessous, avec son cortège de gardes et d’heures supplémentaires.

Plantés face à l’entrée des urgences, les cerisiers en fleur du square Henri-Huchard (18e arrondissement de Paris) défient la haute tour sombre de l’hôpital Bichat. Dans le pâle soleil du printemps, les ambulances et les véhicules de pompiers défilent sous leurs pompons roses. Il y a un an jour pour jour, le 8 avril, la première vague de Covid-19 atteignait son pic, avec plus de 7 000 patients hospitalisés en soins critiques dont près de 2 700 en Ile-de-France.

Sur le parking, dans l’ombre de cet édifice construit dans les années 1970, quelques soignants prennent l’air, en Crocs et pyjamas pastel, avant de disparaître d’un pas pressé. Quelques minutes volées à un jour qui semble sans fin, tant la troisième vague de l’épidémie a des airs de retour à la case départ, avec déjà 5 705 malades en réanimation, dont plus de 1 700 en Ile-de-France.

Juliette Patrier, réanimatrice, et Pierre Claquin, infirmier, dans la chambre d’une patiente atteinte de Covid-19. Service de réanimation de l’hôpital Bichat, à Paris, le 8 avril 2021.

Ce matin-là, dans le service de réanimation médicale et infectieuse, l’ambiance est électrique. Dans l’une des unités « Covid », quatre soignants entourent une retraitée de 62 ans dont le cœur montre des signes de faiblesse. En quelques minutes, plusieurs hypothèses sont avancées pour tenter d’établir un diagnostic, mais, à côté du lit, le moniteur de surveillance s’affole. « On n’a pas le temps. Il faut l’aider avant qu’elle ne fasse un arrêt cardiaque. Elle va très très mal », tranche Etienne de Montmollin, réanimateur, de plus en plus inquiet, en regardant le visage pâle et impassible de sa patiente, relié au respirateur par un long tuyau bleu. Dans un bruissement d’emballages en plastique et de claquement de gants, le chirurgien cardiaque appelé en urgence tente de la sauver grâce à une ECMO, un système de circulation extracorporelle destiné à pallier la défaillance des poumons ou du cœur.

« Il est quelle heure là ? 11 heures, déjà ! », lance Kumarini Fauquet, essoufflée, à la sortie d’une chambre en remontant ses lunettes sur ses cheveux sombres. « Je sors d’un marathon, je n’ai pas vu le temps passer », confie l’aide-soignante en plaisantant avec les deux infirmières de son équipe.

Quatre des cinq patients dont elle s’occupe – dont un père de famille de 43 ans endormi près de la photo de ses enfants – sont sous ECMO : du jamais-vu depuis le début de l’épidémie. « On fait tout pour tout le monde, mais il y a beaucoup, beaucoup, de décès », témoigne cette mère de famille qui travaille dans le service depuis vingt et un ans. « Dès qu’un patient décède, on a à peine le temps d’y penser qu’un autre prend déjà sa place. On est comme des robots », lâche-t-elle. Les statistiques sont impitoyables : in fine 40 % des personnes sous ECMO ne « passent pas le cap ».

Un interne explique à un patient de 50 ans, transféré depuis le SMIT, qu’il va être endormi pour être intubé. Service de réanimation de l’hôpital Bichat, à Paris, le 8 avril 2021.
Etienne de Montmollin, réanimateur, propose son aide dans une chambre. Service de réanimation de l’hôpital Bichat, à Paris le 8 avril 2021.

« On ne sent pas qu’on s’éteint »

De part et d’autre des « galeries » où les soignants se relaient toutes les douze heures, la quasi-totalité des seize « patients Covid » sont « endormis », intubés et ventilés. Au-dessus des portes, de petits drapeaux britanniques et sud-africains ont fait leur apparition pour identifier les patients infectés par ces variants plus contagieux, et plus mortels selon certaines études.

Les places étant comptées, les malades « éveillés », placés sous oxygène à haut débit, sont hospitalisés « dans les étages », principalement dans le service de pneumologie et dans le service des maladies infectieuses et tropicales. « Il n’est pas question de trier les malades, et d’avoir à choisir entre deux personnes qui attendent dans le couloir », insiste Jean-François Timsit, chef du service de réanimation médicale et infectieuse, qui s’inquiète davantage des conséquences d’une prise en charge « dégradée ».

« On intubera les deux, en se débrouillant pour faire sortir un autre patient plus vite, ou en laissant dans un autre service un malade un peu limite », explique le médecin, la voix fatiguée. Inquiet du « désespoir » qui gagne certains soignants, une question le tient éveillé la nuit : « Comment va-t-on faire ? » « L’épuisement, ça ne fait pas de bruit », lâche-t-il, écœuré que des mesures n’aient pas été prises plus tôt pour endiguer cette nouvelle vague épidémique.

Tout au bout de la réanimation, dans le « pop-up store » de l’hôpital, comme l’ont baptisé les soignants, trois infirmières anesthésistes échangent des plaisanteries. « On a l’air d’être les bras ballants, mais on guette les sonnettes », lance Catherine Yablonsky, affectée depuis peu à cette unité « éphémère » aux murs peints en orange « disco ». La troisième vague a de nouveau mis leurs vies sens dessus dessous, avec son cortège de gardes et d’heures supplémentaires. « On est les variables d’ajustement », souligne la soignante. Tout comme les « patients non Covid », « qu’on n’arrive plus à soigner ».

Mohamed est hospitalisé depuis le 2 avril 2021. Sa femme, assistante maternelle en crèche, a attrapé le Covid-19 au travail et l’a contaminé. Service de réanimation de l’hôpital Bichat, à Paris, le 8 avril 2021.

Hospitalisé il y a une semaine, Mohamed, 48 ans, paraît, lui, tiré d’affaire. Ce père de trois enfants pense avoir été contaminé par sa femme, qui travaille dans une crèche. « Une de ses collègues, malade, est venue travailler au lieu de s’isoler », raconte-t-il encore essoufflé, regrettant que certains « jouent ainsi avec la vie des gens ». Assis sur un fauteuil, dans sa blouse à l’imprimé de l’Assistance publique-Hôpitaux de paris (AP-HP), il s’estime chanceux. « Je n’arrivais plus à respirer », se souvient-il, encore étonné de la rapidité avec laquelle son état de santé s’est dégradé. « On ne sent pas qu’on s’éteint. C’est ce qui fait que la maladie est aussi dangereuse », décrit cet homme jusque-là en parfaite santé.

Jeu de Tetris géant

Pour d’autres, l’histoire s’est arrêtée là. Au sous-sol, dans la chambre mortuaire, neuf noms ont été inscrits en rouge sur le grand tableau blanc où figure l’identité de chaque défunt. Il s’agit des patients jugés contagieux car le Covid-19 les a emportés moins de dix jours après l’apparition des symptômes. Ils sont emballés dans des housses blanches, et seuls leurs visages pourront être présentés à la famille, pour quelques minutes de recueillement.

C’est un « mieux » par rapport à l’automne, où les morts devaient être placés immédiatement dans un cercueil scellé, mais cela n’a pas pour autant apaisé toutes les discussions avec les familles endeuillées. « Certaines nous assurent que les symptômes ont démarré depuis plus de dix jours, mais n’ont pas de test PCR le démontrant. Qui croire ? », soupire Yannick Tolila-Huet, responsable de la chambre mortuaire, qui après une année harassante s’avoue « fâchée contre le monde entier ». « C’est un casse-tête, il faut être juriste pour s’occuper des morts », peste-t-elle, devant sa tasse de thé, posée sur une toile cirée à carreaux flashy.

A l’extérieur, dans le couloir, plusieurs femmes en boubou traditionnel africain patientent. Leur parente, une femme de 43 ans, s’est éteinte dans la matinée des suites du Covid-19. Mince silhouette dans la housse blanche zippée, son visage à la peau noire et lisse apparaît paisible. Gauthier Dehaine l’apprête avec délicatesse avant de la recouvrir d’un drap jaune pâle et de la replacer à côté de la vingtaine de défunts alignés dans la chambre mortuaire. Chaque mois, entre 100 et 110 sont enregistrés contre 70 à 80 auparavant. « On se demande quand ça va s’arrêter », se désespère Yannick Tolila-Huet, en contemplant face à elle une reproduction du Portrait d’une jeune femme de Raphaël, affublé d’un masque chirurgical bleu.

Une interne change un cathéter, permettant d’administrer les différents produits à un patient malade du Covid-19. Service de réanimation de l’hôpital Bichat, à Paris, le 9 avril 2021.

Vendredi 9 avril. C’est le jour du « conseil de bloc opératoire », un « Yalta » hebdomadaire des salles d’opérations. Depuis le début de l’épidémie, une part plus ou moins importante des lits de réanimation chirurgicale est occupée par des patients atteints du Covid-19, ce qui limite d’autant les possibilités d’intervention.

Au cours de cette troisième vague, des centaines d’opérations ont déjà été déprogrammées, mais la direction de l’AP-HP souhaite aller encore plus loin et libérer 59 lits de soins intensifs contre 42 actuellement. « On a été obligés de convertir la salle 2 », annonce à l’assemblée Aurélie Gouel, anesthésiste et coprésidente du conseil de bloc, tout en soulignant qu’il n’est « pas possible » d’aller au-delà de ces quatre lits supplémentaires, sauf à faire une croix sur les cancers et les urgences. A Bichat, près de 60 % des opérations ont déjà été déprogrammées.

Les yeux cernés au-dessus de son masque, voilà des mois qu’elle négocie avec les chirurgiens des différentes spécialités les créneaux dont ils pourront disposer. « Je n’ai même plus le temps de faire mon métier d’anesthésiste, sauf pendant mes gardes ! », lance-t-elle, en montrant une liasse de tableaux avec des cases multicolores qu’elle compare à un jeu de Tetris géant. « J’ai toujours autant de blocs, mais de moins en moins de cases pour les poser », ironise-t-elle. Ici, chacun défend ses urgences et ses priorités, au risque de créer un embouteillage si des patients nécessitant une réanimation sont opérés sans avoir été programmés. « Je ne cherche pas à vérifier ce que vous faites, c’est pour le bien-être des malades », insiste Aurélie Gouel, en rappelant qu’« elle n’a pas fait médecine pour être flic ».

Ce jour-là, quatre malades en salles de réveil requièrent des soins critiques, pour une seule place en réanimation, dont les lits sont majoritairement occupés par des greffés pulmonaires. « On est en train de se demander lequel on va choisir », illustre Philippe Montravers, chef du service d’anesthésie-réanimation, en rappelant que, au-delà des interventions planifiées, il faut aussi garder une marge de manœuvre pour les urgences, comme ce jeune homme poignardé dans la nuit.

Seule bonne nouvelle : le pic de la vague serait pour bientôt : « Le 11 avril dans la version optimiste, avec environ 1 700 patients en réanimation, et le 25 avril dans la version pessimiste, avec environ 2 300 patients », détaille le médecin en présentant à l’écran les dernières projections réalisées par l’AP-HP.

« Je me sens abandonné »

Bon gré, mal gré, les uns et les autres s’arrangent pour échanger des créneaux, décaler des interventions au profit d’autres patients parfois « en stand-by » depuis plusieurs jours à l’hôpital ou pour travailler avec des horaires plus étendus afin « d’optimiser » l’utilisation de chaque salle. « Il y a quand même pas mal d’accidents de trottinette », ose l’orthopédie, dont l’activité est quasiment à l’arrêt.

Un bloc opératoire a été transformé en salle de réanimation. Un lit sur quatre était occupé le jour du reportage. Service de réanimation de l’hôpital Bichat, à Paris le 9 avril 2021.
Un patient de 73 ans, atteint du Covid-19, sous oxygène depuis 15 jours. Service de pneumologie de l’hôpital Bichat, à Paris le 9 avril 2021.

Tous ont en tête « l’après », quand il faudra rattraper le retard accumulé, avec des patients sur liste d’attente depuis le mois de novembre. « Pour les anesthésistes-réanimateurs, c’est cinéma permanent, grimace Philippe Montravers, qui n’a pas pris de vacances depuis août sauf un jour à Noël. Alors quand le président de la République nous explique qu’il faut faire un effort, je me sens abandonné. »

Sur les vingt-quatre « lits Covid » pilotés par les anesthésistes, quatre ont été installés dans la salle 1, le plus grand des blocs opératoires. « Voilà notre radeau de sauvetage », plaisante Philippe Montravers, en maillot de cycliste sous son pyjama bleu. En face, plongée dans l’obscurité, la salle 2 vient elle aussi d’être équipée. Pour l’heure, le seul occupant de ce « bocal » est un homme de 70 ans, plongé dans un coma artificiel.

A l’extérieur, trois infirmières anesthésistes ont été détachées du bloc au cas où. « On a tout ce qu’il faut pour attendre le client », plaisante Marème Badiane, installée dans un transat de jardin vert amande. « Marème, comme dans la série sénégalaise Maîtresse d’un homme marié », précise-t-elle en éclatant de rire. Maman d’une fillette de 7 ans, elle a travaillé jour et nuit pendant la première vague, renonçant à la voir de mars jusqu’à juin. « Je n’étais même pas là pour son anniversaire », soupire-t-elle en montrant sur son téléphone une photo de son « bébé » habillée en infirmière. Amélie Moreau, elle, a déjà fait « trois fois le tour de Netflix », et rêve cette fois de vraies vacances. « C’est quand le pic déjà ? », lance la jeune femme.

Dans le poste des infirmières, un écran reprenant les différentes constantes des patients a été installé depuis la première vague : les portes des patients positifs au Covid-19 doivent rester fermées. Service de pneumologie de l’hôpital Bichat, à Paris le 9 avril 2021.

Ces moments de plaisanterie, c’est ce qui les fait tenir, malgré les horaires décalés, les congés annulés et la vie personnelle mise entre parenthèses depuis un an. Mais parfois cela ne suffit pas. « On a eu beaucoup de départs, et on n’arrive pas à recruter. Je ne sais pas comment on va faire, s’interroge au huitième étage Camille Taillé, pneumologue. Par chance, nous aurons des internes, mais, si on leur fait faire dix gardes par mois, le semestre suivant, plus personne ne voudra venir », ajoute-elle, « pas très optimiste pour l’hôpital de demain ».

Vue de son service, la vague d’avril 2021 est aussi haute que celle de 2020, les malades graves en plus et les renforts en moins. « Comme il n’y a pas assez de lits, la réanimation se déporte ici », explique ce médecin, en précisant que le nombre élevé de décès – trois depuis le début de la semaine – est « difficile à vivre pour les infirmières ». Il y a aussi des quadras et des quinquas, sans facteurs de risque, qui se sentent un peu trop à l’abri, des patients plus âgés, contaminés dans les jours suivant leur vaccination, et quelques sceptiques. « En consultation, un patient que j’encourageais à se faire vacciner m’a répondu : vous savez, il n’y a pas eu assez de morts, les gens ne se sentent pas concernés », relate-t-elle, encore médusée par les propos de cet homme de 47 ans, asthmatique et « un peu rond ».

Femme enceinte décédée

Heureusement, il y a aussi ce « miraculé ». Patrick, tassé dans son fauteuil rose vif, dans le contre-jour de la fenêtre, traîne son Covid-19 depuis la mi-janvier. Il est hospitalisé ici pour la seconde fois. La mine grise sous ses cheveux blancs clairsemés, il observe l’immeuble où il habite, juste en face de Bichat. « Regardez, d’ici on voit la cuisine », dit-il, souriant, en désignant l’édifice rouge qui surplombe le square aux cerisiers. Cet ancien postier de 63 ans rêvait de partir en voyage dans le sud de la France, du côté d’Avignon, ou à La Réunion, quand « tout ça » lui est tombé dessus. « C’est raté », souffle-t-il, souriant derrière le masque qui l’aide à respirer. Quand il est arrivé, il y a deux semaines, il s’est vu partir. « Je pensais que c’était fini, raconte-t-il. Là, je remonte doucement la pente. »

Claude, 73 ans, a passé cinq semaines en réanimation médicale suite à son Covid-19, en août 2020. Aujourd’hui, il revient avec sa femme, Evelyne, remercier les équipes. Service de réanimation de l’hôpital Bichat, à Paris, le 9 avril 2021.

Au – 1, la « réa » aussi a ses belles histoires, comme celle de Claude, 73 ans, contaminé au milieu de l’été et qui a passé plus d’un mois dans le service. Sur le parking des urgences, flottant un peu dans son jean et sa grande parka kaki, il raconte son parcours du combattant pour tout réapprendre : respirer, parler, manger, marcher. « D’abord en fauteuil roulant, puis avec le déambulateur, et enfin seul », raconte cet ingénieur automobile à la retraite. Au début, il n’a pas trop prêté attention aux symptômes, jusqu’à s’effondrer un beau matin chez lui. « Je n’ai même pas eu le temps d’avoir peur, je ne me rappelle plus de rien », explique-t-il.

Le temps a paru bien plus long à sa femme, Evelyne. « J’ai été très très très stressée, parce que les visites étaient interdites à ce moment-là, souffle-t-elle, émue, tout en repositionnant d’un geste tendre le masque de son mari. J’ai été plus sereine à partir du moment où j’ai pu le voir, même s’il n’était pas dans un bel état », souligne-t-elle, en se remémorant le « choc » à la vue de toutes les machines maintenant Claude en vie.

« Pendant des mois encore, cela va durer, et on ne sera pas calibré pour accepter le nombre de malades », observe la réanimatrice Lila Bouadma

Le soleil commence à décliner, mais, pour les patients endormis, il n’y a ni jour ni nuit. Juste le souffle du ventilateur, le bruit des alarmes et le claquement des portes que l’on referme.

Dans la salle de « staff », Lila Bouadma ne cache pas sa lassitude. « On annonce 300, 400 morts tous les jours et il ne se passe pas grand-chose. Est-ce bien normal ? Est-ce bien acceptable ? Je ne le pense pas », assène la réanimatrice, membre du conseil scientifique, qui a vu arriver avec cette vague des patients de plus en plus jeunes. « Emotionnellement, c’est plus compliqué de les voir mourir, on se dit qu’ils avaient la vie devant eux », souligne-t-elle, citant l’exemple de cette femme enceinte, décédée en mars.

Alors, quand on lui demande d’en « faire plus », la colère affleure. « Aucun système de santé au monde n’est calibré pour faire face à cet afflux de malades, insiste-t-elle. Pendant des mois encore, cela va durer, et on ne sera pas calibré pour accepter le nombre de malades », poursuit la réanimatrice, estimant qu’il est « totalement faux » de penser qu’on pourra lever les restrictions parce que l’hôpital en ferait « plus ». Le décalage entre ce qui se passe entre les murs de l’hôpital et le risque tel qu’il est perçu par la population l’affole. « On voit des médecins sur les plateaux télé expliquer que les malades ne sont pas graves, ne sont pas intubés, qu’on nous ment sur les chiffres. C’est insupportable ! », lâche-t-elle.

Samedi 10 avril. Il y a quelques heures, un homme de 50 ans est arrivé. Réfugié politique originaire du Bangladesh, il ne parle ni français ni anglais, seulement quelques mots d’espagnol. « Ici beaucoup de patients ne parlent pas le français, alors ils ont peur d’aller chez le médecin et laissent traîner, jusqu’à la catastrophe », explique Helen Torrez, infirmière née en Bolivie, en précisant que les médecins font maintenant tout pour éviter de l’intuber. Plusieurs de ses voisins de chambre sont des greffés cardiaques, dont la vie ne tient qu’à un fil, et aux soins attentifs des équipes pendant plusieurs semaines.

Un fils rend visite à sa mère de 73 ans, malade du Covid-19, hospitalisée depuis 5 jours. Service de réanimation de l’hôpital Bichat, à Paris, le 10 avril 2021.

« Nous, on en a marre ! On ne veut plus entendre parler du Covid, lance de loin Lucie Joseph, également infirmière. Je n’en peux plus, j’ai envie d’aller planter des fleurs », ajoute-t-elle, en précisant qu’elle a prévu de retourner en Guadeloupe dès septembre « si on veut bien me libérer ».

Visites limitées à une heure

Olivier Gardet, secrétaire hospitalier, passe une tête dans le service pour tenter d’organiser les visites, avec les infirmiers et les médecins. « Je suis entre le marteau et l’enclume », résume cet ancien aide-soignant, au ton posé, habitué à désamorcer les conflits.

D’un côté, les soignants, dont la « to do list » de l’après-midi n’est pas toujours compatible avec de longues visites, de l’autre, les familles, dont la peine et l’inquiétude rendent difficilement supportable l’attente. « Les visiteurs patientent parfois deux heures, trois heures, alors parfois le ton monte », explique-t-il, en soulignant que le temps n’est pas le même à l’intérieur et à l’extérieur.

Brigitte Tetard, infirmière dans le service depuis 25 ans, forme Paola. Elle est étudiante infirmière, et réalise son dernier stage de troisième année. C’est son premier jour dans le service de réanimation de l’hôpital Bichat, à Paris, le 10 avril 2021.
Juliette Patrier, réanimatrice, s’habille en stérile pour pouvoir poser un cathéter sur une patiente non Covid. Service de réanimation de l’hôpital Bichat, à Paris, le 10 avril 2021.

Mohammed, lui, connaît la chanson. Ancien infirmier, il vient ce jour-là rendre visite à sa maman de 73 ans. « Le premier patient dont je me suis occupé était dans la même chambre », se souvient-il, ému d’être ainsi « de l’autre côté de la barrière ». Ancienne femme de ménage, Leïla (le prénom a été modifié) rêve de quitter son immeuble à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) et de s’offrir une maison pour planter ses fleurs. « Sur le balcon, j’ai arrosé un peu, mais tout est fané », avoue-t-il. Sans autre explication, Mohammed suppose que sa maman a été contaminée dans le hall de son bâtiment où certains locataires ont l’habitude d’organiser des fêtes, « sans masque bien sûr ». « Je comprends leur lassitude, mais, après, c’est nos parents qui meurent », lâche-t-il.

Campé près de l’armoire sécurisée où sont stockés les médicaments, Samir est lui aussi venu au chevet de sa maman de 68 ans, intubée la veille. Vaccinée le mercredi, elle a développé les symptômes de la maladie le dimanche, avant de s’évanouir chez son médecin quelques jours plus tard. « Mon premier réflexe a été de me dire : est-ce à cause du vaccin ? Mais ses amies se sont fait vacciner en même temps et n’ont rien eu », relate ce père de deux enfants, qui a très peu vu sa maman cette année, de crainte de la contaminer. Femme de ménage à la retraite, Fatima avait pris son mal en patience, en faisant des puzzles, en brodant, et en regardant Les Feux de l’amour ou les actualités algériennes à la télévision.

Tous comptaient se revoir après avoir été vaccinés. « Avant-hier, elle parlait encore, même si elle était très fatiguée », soupire Samir. Immobile pendant quelques instants devant le hublot de la chambre, il observe avec émotion les infirmières au chevet de sa maman. « Les soignants sont très aimables, même s’ils enchaînent. Il se dégage d’eux quelque chose de rassurant. Merci », tient-il à dire avant de repartir, accablé de tristesse.

Massage cardiaque sur une patiente du secteur non Covid de la réanimation médicale.  Service de réanimation de l’hôpital Bichat, à Paris, le 10 avril 2021.

L’après-midi touche à sa fin, et les visites – limitées à une heure – aussi. Coralie (le prénom a été modifié) est la dernière dans le service. Sarah Daghsen, infirmière, l’aide à « se harnacher » avant d’entrer dans la chambre où son mari repose, inconscient. « Son visage a été un peu abîmé par les séances de DV [décubitus ventral, une technique consistant à retourner le malade pour l’aider à respirer] », l’avertit-elle. « Je vais essayer de ne pas me laisser impressionner », soupire la jeune femme, élégante dans une longue robe noire, ornée de fleurs d’hibiscus.

A 45 ans, Dimitri (le prénom a été modifié) fait partie de ces patients jeunes et en bonne santé, dont l’arrivée en réanimation inquiète les médecins depuis plusieurs semaines. « Ce qui se passe me paraît complètement surréaliste. A un moment je me suis dit que j’allais me réveiller, explique Coralie. Si les gens savaient que cela peut être comme ça… »

Une infirmière sort de la chambre d’une patiente décédée, après avoir aidé à sa réanimation, dans le secteur non Covid de la réanimation médicale. Service de réanimation de l’hôpital Bichat, à Paris, le 10 avril 2021.

Sur une petite table, Coralie a mis quelques photos et dessins de leur petit garçon avec un grand « Papa, je t’aime ». Passionnée de musique, elle a aussi apporté une petite enceinte, pour créer un environnement sonore plus favorable à la détente, et à la guérison : des morceaux de Ravel, de Mozart ou encore de Vladimir Cosma, qui a composé les bandes originales de nombreux films français. « Il aime les musiques qui bougent, mais ce sera pour après », rigole-t-elle derrière le masque FFP2 qu’elle ne quitte jamais.

Pour elle, le loup est entré dans la bergerie par l’école. « Il y a eu un cluster dans la maternelle de mon fils et nous avons tous été testés positifs à la suite de cela », raconte la jeune maman. En colère, elle ne comprend pas pourquoi les écoles n’ont pas été fermées plus tôt. « Il y a eu une volonté de fermer les yeux sur la réalité et, nous, on se retrouve dans cette situation catastrophique alors qu’on a fait attention tout du long ! », lâche-t-elle, pas rassurée à l’idée que son enfant reprenne le chemin de l’école dans deux semaines.

Retrouvez les précédents articles sur l’hôpital Bichat face au Covid-19 dont Le Monde raconte, depuis le mois d’octobre et tout au long de la deuxième vague de l’épidémie de Covid-19, les vies bouleversées des soignants, des patients et de leurs familles.