Archives de la catégorie: Société

[Société] François Asselineau explique pourquoi cette défiance des Français envers la Presse ?


Certains se plaignent du développement du “complotisme” et de l’hostilité croissante des Français à l’encontre de leurs médias ? 
Mais cette défiance ne tombe pas du ciel. Elle a des raisons objectives.
François Asselineau en examine plusieurs dans cette nouvelle vidéo : problèmes de financement, subventions publiques qui bafouent le principe de neutralité, subventions privées qui influent sur la ligne éditoriale, parti pris scandaleux de l’AFP… 

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Merci à Hugues F. pour cette démonstration éloquente 😷


[Société] L’assurance récolte, un substitut crédible aux pesticides ?



À Vivoin, dans le département de la Sarthe, lors de la sécheresse d’août 2020. Jean-François Monier / AFP

En tête des priorités de la politique agricole figurent aujourd’hui deux grands objectifs. D’une part, la diminution des effets néfastes sur l’environnement et la santé humaine des pesticides agricoles. De l’autre, la réduction des risques de revenus pour les agriculteurs. Dans le contexte des plans de réforme des politiques agricoles dans l’Union européenne, ces sujets méritent une attention toute particulière.

De nombreuses initiatives publiques visant à restreindre l’utilisation des pesticides ont ainsi vu le jour comme les plans Ecophyto I, II et II+ en France. Mais comme le souligne un rapport de la Cour des comptes daté de fin 2019, le cap qui leur était fixé est loin d’être atteint : non seulement les pesticides n’ont pas diminué de 50 % sur dix ans, mais le nombre de doses unités (NODU) a même progressé ces dernières années (+21 % rien qu’en 2018). Si les moyens financiers affectés aux plans Ecophyto n’ont pas manqué (400 M€ en 2018), leur mise en œuvre suscite un questionnement légitime, notamment d’un point de vue économique et financier.

Ces dernières années, les agriculteurs ont en effet été confrontés à des risques sur leurs revenus plus élevés, en raison du changement climatique et d’une volatilité accrue des prix sur les marchés.

Dans ce contexte, réduire les pesticides revient à remettre en cause des pratiques visant à sécuriser les rendements et dès lors à fragiliser davantage un modèle économique déjà éprouvé. Pour que les politiques publiques d’accompagnement de cette réduction soient efficaces et perçues comme crédibles par les acteurs, elles doivent accompagner la profession vers une meilleure gestion globale des risques.

À cet égard, un instrument mérite une attention particulière : les contrats d’assurance récolte.

Un dispositif ancien mais peu utilisé

Ces assurances existent depuis plusieurs décennies en France et elles ont connu un net développement depuis les années 2000. Leur principe vise à protéger les agriculteurs d’une chute de rendement directement liée à des circonstances climatiques défavorables. En pratique, les agriculteurs français ont le choix d’assurer leurs cultures – y compris leurs prairies – avant chaque saison. Ils bénéficient alors d’une subvention publique couvrant partiellement leurs primes d’assurance (entre 45 % et 65 % suivant les options, financée par la politique agricole commune européenne).

Si un évènement climatique endommage au-delà d’un certain seuil leurs cultures (par exemple – 30 % du rendement moyen), une indemnité compensatrice est versée après expertise. Plusieurs fois modifié en 2005, 2010 et 2015, le régime d’assurance récolte connaît un succès mitigé. En 2018, plus de 70 000 exploitations agricoles françaises ont souscrit des polices d’assurance récolte, ce qui représente plus de 4 millions d’hectares – mais en proportion seulement 30,5 % de la surface agricole utile. Bien qu’ils soient en partie subventionnés, les contrats d’assurance français présentent des franchises élevées et ne protègent pas directement contre une variation des prix agricoles.

Conceptuellement, les achats d’assurance récolte et de pesticides par les agriculteurs apparaissent étroitement liés dans la mesure où les deux contribuent à préserver le rendement et le revenu des agriculteurs. Afin d’aligner les objectifs des politiques agricoles et de sécuriser la production des agriculteurs, nous devons comprendre leur relation. Pour que pesticides et assurance récolte soient considérés comme substituables, il est nécessaire de contrôler les deux principales voies d’interaction dans la manière dont ils sont appliqués.

Effets de marge

L’assurance peut inciter les agriculteurs à modifier leur consommation de pesticides au travers de deux effets. Le premier, dénommé « effet de marge intensive », se traduit par un changement pour une culture ou un système de production donnés, donc à structure de l’exploitation inchangée. Le second, dénommé « effet de marge extensive », se traduit par un changement dans l’utilisation des terres.

Par exemple, un agriculteur assuré pourrait réduire sa consommation de pesticides par hectare puisque l’assurance prendrait en charge d’éventuelles pertes de rendement (« effet de marge intensive »). Cependant, cet effet bénéfique pour l’environnement sera limité si l’agriculteur profite de sa couverture assurantielle pour prendre plus de risques et étendre la superficie cultivée de son exploitation (« effet de marge extensive »). Au final, la consommation totale de pesticides s’en trouverait augmentée.

Les effets de marge, relevés par de nombreuses études, sont loin d’être anodins car les niveaux d’utilisation des pesticides varient fortement d’une culture à l’autre : l’utilisation moyenne sur les fruits peut par exemple être dix fois plus élevée que sur certaines céréales. Il est à cet égard intéressant de remarquer que si le marché de l’assurance est relativement développé dans les grandes cultures et la viticulture, il laisse à l’écart le maraîchage et l’arboriculture où des solutions techniques de protection sont privilégiées.

Assurance récolte et usage accru des pesticides

Dans un article récent de la revue Agricultural Systems, nous avons analysé la relation entre l’assurance récolte et l’utilisation des pesticides dans l’agriculture européenne, en prenant l’exemple de la France et de la Suisse. Nous avons constaté que l’assurance récolte est associée à une augmentation des dépenses en pesticides dans les deux pays. L’ampleur de l’effet et les mécanismes sous-jacents sont cependant spécifiques à chaque pays.

Ainsi, si l’assurance récolte est subventionnée en France, ce n’est pas le cas en Suisse. Bien que les politiques agricoles diffèrent, les agriculteurs des deux pays doivent s’inscrire dans des politiques publiques dites d’« écoconditionnalité » visant notamment à réduire les risques liés à l’utilisation de pesticides. Dans notre analyse empirique, nous étudions les décisions des agriculteurs concernant la souscription d’assurances, l’utilisation des terres et l’utilisation des pesticides – ainsi que leurs interdépendances. Nous utilisons des séries de données de panel au niveau des exploitations agricoles en France et en Suisse, en prenant en compte les caractéristiques des exploitations et des agriculteurs, les conditions météorologiques et l’exposition aux risques climatiques.

Nos résultats indiquent, que sans assurance, les dépenses en pesticides seraient inférieures de 6 % en France et de 11 % en Suisse. Les mécanismes diffèrent : alors que l’effet de marge extensif (changements d’utilisation des terres) est dominant pour la Suisse, l’effet de marge intensif (utilisation de pesticides par hectare) domine pour la France. Nous attribuons les différences de mécanismes à la part plus importante de prairies temporaires en Suisse et à la subvention plus élevée des assurances en France.

Il est à noter que nous avons utilisé les dépenses en pesticides comme indicateur de l’utilisation de pesticides par les agriculteurs, cette mesure ne traduisant pas les risques potentiels des pesticides pour l’homme et l’environnement.

Repenser le soutien à l’assurance récolte

Si nos résultats montrent clairement que l’assurance récolte peut conduire à une utilisation accrue de pesticides, cela ne signifie pas que l’assurance récolte est un outil de gestion des risques inadapté à l’agriculture. Au contraire, elle est un outil essentiel pour la gestion des risques des agriculteurs et elle gagne en importance.

Toutefois, nous soulignons qu’il peut exister des effets secondaires involontaires dont il faut tenir compte. Nos conclusions soulignent la nécessité d’une évaluation minutieuse des politiques de soutien à l’assurance récolte. En effet, le système actuel ne contribue pas à améliorer les performances environnementales de l’agriculture. Nous devons donc développer des solutions d’assurance durables qui soient bonnes à la fois pour les agriculteurs et l’environnement.

À titre d’exemple, les productions à faible teneur en pesticides ou les productions biologiques sont souvent plus risquées économiquement pour les agriculteurs : l’assurance peut être un outil approprié pour encourager l’adoption de ces pratiques par les agriculteurs. Enfin, nos résultats mettent clairement en évidence la nécessité d’une vision holistique de la politique agricole afin de proposer des outils et des instruments adaptés aux différents objectifs et acteurs de la politique agricole.


Cet article a été écrit en collaboration avec Niklas Möhring, Robert Finger (ETH Zürich, Suisse) et Tobias Dalhaus (Université de Wageningen, Pays-Bas).




[Société] L’Europe, mortelle forteresse

Au port de pêche du quartier de Tefess, dans le village sénégalais de Mbour, à une centaine de kilomètres de Dakar, d’où partent pour l’Europe la majorité des pirogues.
Au port de pêche du quartier de Tefess, dans le village sénégalais de Mbour, à une centaine de kilomètres de Dakar, d’où partent pour l’Europe la majorité des pirogues. Photo Sylvain Cherkaoui pour Libération

Une rangée supplémentaire de barbelés a été dressée autour des frontières européennes ce week-end. Pour «rendre impossibles les traversées de la Manche», selon la ministre britannique de l’Intérieur, Priti Patel, les patrouilles françaises sur les plages et le long de la côte seront doublées et recevront l’appui de drones et de radars. Ce durcissement dans une région où les frontières sont déjà placées sous haute surveillance ne pourra que forcer les migrants à tenter le passage dans des conditions de plus en plus dangereuses. Depuis janvier, onze d’entre eux ont trouvé la mort, en mer ou sur l’autoroute, en tentant de rejoindre l’Angleterre.

Aussi dure soit-elle, la situation sur les bords de la Manche n’atteint pas le niveau de dangerosité en Méditerranée, où 132 personnes au moins sont mortes en novembre. Joseph, l’un des plus jeunes d’entre eux, a été enterré le 15 novembre, sous un dessin et quelques bouquets de fleurs, sur l’île italienne de Lampedusa. Il était né six mois plus tôt, en Guinée. Le 11 novembre, le bébé a échappé aux bras de sa mère lorsque le canot où ils se trouvaient s’est brisé. Les sauveteurs de l’Open Arms, seul bateau de secours à opérer en ce moment en Méditerranée, ont réussi à le repêcher, mais ils n’ont pu le réanimer.

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Ce jour-là, au moins cinq autres personnes se sont noyées. Le lendemain, 94 migrants sont morts au large de la Libye, portant le nombre de décès en mer à 980 depuis janvier. Leurs corps ont rejoint ceux des 20 000 noyés en Méditerranée qu’a recensés le Haut Commissariat aux réfugiés des Nations Unies (HCR) depuis six ans.

Maintenus à quai

Les migrants continuent à mourir en Méditerranée dans une indifférence politique grandissante et souvent loin de tout témoin. Depuis cet été, les navires des ONG de secours en mer sont empêchés d’accomplir leur mission. Six d’entre eux sont bloqués dans les ports italiens, parfois depuis plusieurs mois. «Nous avons d’abord dû respecter une période de quarantaine après avoir débarqué des rescapés à Palerme, puis le 19 septembre nous avons eu droit à onze heures d’inspection du bateau. La procédure a relevé 22 irrégularités, pour la plupart minimes, comme une lumière manquante dans un couloir,explique Hassiba Hadj-Sahraoui de Médecins sans frontières (MSF), dont les équipes opèrent à bord du Sea Watch 4. Le problème majeur, c’est qu’on exige de nous une classification comme bateau de sauvetage, alors qu’elle n’existe pas dans les critères allemands [le navire est immatriculé en Allemagne, ndlr].» Le Sea Watch 4 est bloqué à quai depuis septembre.

Cet été, l’Ocean Viking, autre bateau opéré par SOS Méditerranée, et le Sea Watch 3 ont aussi été maintenus à terre par les autorités italiennes pour avoir embarqué un nombre de «passagers» supérieur à celui prévu par leur capacité réglementaire. «L’idée est toujours de laisser croire qu’on agit dans l’illégalité. Une législation contre la mafia et la grande criminalité a même déjà été utilisée contre nous», explique Hassiba Hadj-Sahraoui. Le différend portait alors sur une question de vêtements. A bord, les rescapés obtiennent de nouveaux habits, tandis que ceux qu’ils portaient pendant la traversée, souvent imprégnés du fioul des moteurs, sont jetés une fois à terre. Les autorités italiennes réclament que ces vêtements soient traités comme des déchets médicaux, ce qui implique une procédure bien plus lourde. Pour Hassiba Hadj-Sahraoui, ce harcèlement administratif des ONG s’intègre à «une stratégie plus large, d’externalisation des frontières et d’interception des migrants. Pour éviter d’avoir à se les répartir, les membres de l’UE préfèrent bloquer les arrivées».

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Sur ce plan, l’objectif est atteint : jamais depuis 2012 le nombre d’arrivées illégales dans l’Union européenne n’avait été aussi bas. Seules 87 127 personnes y sont entrées clandestinement depuis janvier, dont plus de 90 % par la mer, selon les chiffres de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Ils étaient 128 000 l’an dernier, 147 000 en 2018 et 188 000 en 2017, très loin du million de 2015. L’année n’est certes pas finie, mais les tentatives de traversée se font plus rares en hiver. D’après un rapport de l’agence européenne de protection des frontières Frontex, publié le 17 novembre, les entrées illégales sont en baisse de 21 % par rapport à la même époque l’an dernier.

Refoulements illégaux

La diminution des départs ne suffit pas à expliquer ce chiffre. L’Europe a réussi à se barricader grâce aux accords avec la Libye et la Turquie, qui jouent un rôle de ceinture de rétention. En Méditerranée centrale, redevenue le principal axe de passage, ce sont les gardes-côtes libyens qui veillent au grain. D’après l’OIM, ils ont renvoyé en Libye au moins 10 300 personnes cette année – un pays pourtant jugé «non sûr» par l’Office français de protection des réfugiés. Rien qu’entre le 3 et le 9 novembre, près de 1 000 personnes ont été arrêtées en mer. Ce sont les informations reçues des avions de Frontex qui leur permettent d’agir aussi efficacement, selon MSF. Quand cela ne suffit pas, les gardes-côtes européens s’y mettent parfois directement. Au large de la Grèce, des pushback, ou refoulements illégaux de migrants, ont été documentés. Récemment, une enquête de médias d’investigation a montré l’implication de Frontex.

Les blocages poussent les migrants à emprunter toujours de nouvelles routes ou à en utiliser d’anciennes qui s’étaient taries. Cette année, la fréquentation de celle des Balkans a augmenté, malgré les violences des gardes-frontières croates. Lors des dix premiers mois de l’année, 19 700 personnes, souvent syriennes ou afghanes, l’ont empruntée, environ deux fois plus que l’an dernier à la même période. Les départs ont aussi augmenté en Tunisie, même s’il s’agit d’une migration un peu différente. Ce sont en majorité des Tunisiens – ils représentent 34 % de toutes les arrivées en Europe comptabilisées entre juillet et septembre – plutôt que des migrants en transit venus d’Afrique subsaharienne, comme en Libye. Leurs traversées, souvent sans passeurs, se font sur des petits bateaux.

Ces dernières semaines, le passage par les Canaries, emprunté dans les années 2000, est revenu sur le devant de la scène : 17 000 personnes ont débarqué dans l’archipel espagnol depuis janvier. «En 2019, 2 698 personnes y sont arrivées par bateau, contre 5 359 au seul mois d’octobre 2020, note sur Twitter Vincent Cochetel, envoyé spécial du HCR dans la région. Cette “nouvelle” ancienne route est aussi dangereuse qu’avant et les passeurs se sont adaptés pour contourner certaines fermetures de frontières.»

Risquées et contrecarrées de toutes parts, ces arrivées illégales sont pourtant infimes. A l’échelle du nombre d’étrangers en situation irrégulière dans l’UE, estimé entre 3,9 et 4,8 millions par le Pew Research Center, comme à l’échelle de l’immigration légale, évaluée à 2,2 millions de personnes par Bruxelles pour l’année 2018.

Nelly Didelot


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Merci à Pierre M. pour le relais de ce bilan insoutenable 😷


[Société] Les Etats-Unis se préparent à une flambée de cas de Covid-19 après Thanksgiving


Le traditionnel week-end de célébrations familiales est marqué par les déplacements de millions d’Américains à travers le pays, ce qui fait craindre une nouvelle augmentation des contaminations.

La pandémie liée au nouveau coronavirus a fait plus de 1,45 million de morts dans le monde depuis l’apparition de la maladie en Chine fin décembre, selon un bilan établi par l’Agence France-Presse (AFP) dimanche 29 novembre. Quelque 62,1 millions de cas de contamination au SARS-CoV-2 ont été officiellement comptabilisés, dont plus de 39,5 millions sont considérés comme guéris.

Les Etats-Unis comptent le plus grand nombre de morts (plus de 266 000), devant le Brésil (plus de 172 500), l’Inde (plus de 136 500), le Mexique (plus de 105 000) et le Royaume-Uni (plus de 58 000).

  • Les Etats-Unis redoutent une explosion de cas

Une file d’attente à l’aéroport de Los Angeles, le 25 novembre, à la veille du long week-end américain de Thanksgiving.

Les Etats-Unis s’apprêtent à subir les conséquences d’un Thanksgiving marqué par les déplacements de millions d’Américains à travers le pays. Après un week-end de célébrations familiales, « nous pourrions voir une nouvelle flambée s’ajouter à la flambée » actuelle des nouvelles contaminations, a prévenu, dimanche, le directeur de l’Institut américain des maladies infectieuses, Anthony Fauci.

Au moins 1,1 million de personnes ont pris l’avion dans la seule journée qui a précédé la fête de Thanksgiving jeudi dernier, un nombre record depuis le début de la pandémie dans le pays en mars, selon l’agence TSA, chargée des contrôles de sécurité dans les aéroports. Le médecin en chef des Etats-Unis, Jerome Adams, alerte :

« Je veux être clair avec les Américains, la situation va empirer dans les prochaines semaines. »

Plusieurs Etats avaient déjà connu une hausse des infections après le long week-end du Memorial Day fin mai, qui rend hommage aux forces armées américaines. « Nous nous apprêtons à connaître cette flambée [de cas] post-Thanksgiving, avec trois, quatre, dix fois plus de malades à travers le pays » qu’en mai, a averti Deborah Birx, coordinatrice de la cellule de crise sur le coronavirus de la Maison Blanche.

Dans ce contexte, le Dr Fauci a expliqué ne pas envisager un relâchement des recommandations à ne pas voyager ou des restrictions sanitaires avant Noël. Dans certains Etats comme en Californie, de nouvelles restrictions ont même été mises en place face à la remontée des cas : un couvre-feu a été décrété à San Francisco, et Los Angeles a interdit la plupart des rassemblements publics et privés à partir de lundi.

L’immunologue a toutefois cherché à rassurer ses concitoyens en rappelant qu’un vaccin serait disponible dès décembre pour les personnes les plus à risque de développer une forme grave de la maladie.

  • Manifestations en Europe

Manifestations à Madrid pour soutenir le système de santé publique, dimanche 29 novembre.

En Europe, qui compte désormais plus de 407 000 morts du Covid-19, l’allégement de certaines restrictions a été accompagné de manifestations, notamment en Espagne pour soutenir le système de santé publique et en Belgique pour dénoncer le couvre-feu.

Ainsi, plusieurs milliers de soignants éprouvés par la pandémie ont défilé à Madrid en soutien au système de santé espagnol, brandissant des pancartes réclamant « une santé 100 % publique ».

En Belgique, une vingtaine de personnes ont été arrêtées après une marche à Liège contre le couvre-feu nocturne, qui s’étend en Wallonie de 22 heures à 6 heures du matin. Le pays avait annoncé vendredi soir la poursuite du confinement partiel mis en place fin octobre, tout en autorisant la réouverture des commerces à partir de mardi.

De l’autre côté de la Manche, des centaines de personnes ont participé à des manifestations interdites contre les restrictions sanitaires samedi à Londres, et plus de soixante ont été arrêtées, selon la police.

  • Déconfinement au Liban, marathon à Shanghaï

Le Liban entamera lundi un déconfinement partiel après deux semaines de fermeture quasi totale du pays, sur fond d’une hausse du nombre de cas. Les restaurants rouvriront « à hauteur de 50 % » de leur capacité tandis que les bars et les boîtes de nuit resteront fermés et les mariages interdits.

En Bolivie, le gouvernement a annoncé qu’il allait prochainement autoriser la reprise des activités sportives, culturelles, religieuses et politiques, suspendues depuis mars en raison de l’épidémie.

En Chine, quelque 9 000 coureurs ont participé, dimanche, au marathon international de Shanghaï. Cette année, les prestigieux marathons de New York, Berlin, Boston et Chicago ont ainsi été annulés. Ceux de Londres et Tokyo avaient été réservés aux coureurs d’élite.

Pour participer au marathon de Shanghaï, les sportifs ont dû se soumettre à un test de dépistage et porter un masque avant le départ et immédiatement après leur arrivée. Certains l’ont conservé sur leur visage pendant toute la durée de l’épreuve. Le nombre de participants a par ailleurs été limité (environ 38 000 sportifs avaient participé à l’épreuve en 2019) et les spectateurs ont été incités à ne pas assister à la course.




[Société] Danone, Accor, Auchan, Air France… La Covid accélère les mutations (et ce n’est qu’un début)


Les grands groupes affrontent plusieurs crises en même temps, ce qui les oblige à se restructurer en profondeur. La vague des suppressions d’effectifs n’en est qu’à ses débuts

Emmanuel Faber, le PDG de Danone.

© Sipa Press

Emmanuel Faber, le PDG de Danone.
© Sipa Press

Le plan « Local first » de Danone prévoit jusqu’à 2 000 suppressions de postes (400 à 500 en France) dans le cadre d’une réorganisation visant un milliard d’euros d’économies d’ici à 2023. Cela doit permettre un retour de la marge opérationnelle courante à son niveau pré-Covid, à plus de 15%, en 2022.

Chez Danone, le monde d’après sera plus « local ». Plus léger aussi. Son directeur général Emmanuel Faber a détaillé le plan d’adaptation esquissé il y a quelques semaines. « Il ne s’agit pas d’une restructuration du groupe, c’est une réinvention de la façon dont nous travaillons », a-t-il nuancé à l’intention des investisseurs, plutôt dépités par ses annonces lundi.

Quoi qu’il en soit, la remise à plat qui doit donner au propriétaire d’Evian « plus d’agilité dans nos décisions » va bien se traduire par le plus grand plan de réduction d’effectifs de l’histoire de Danone. D’une matrice par métiers, le groupe va passer à une matrice par pays. Demain doté d’une seule « business unit » locale, il va pouvoir réduire drastiquement le nombre des sièges qu’il entretient aujourd’hui (un seul dans chaque pays, contre trois ou quatre actuellement). Au passage, 1 500 à 2 000 postes vont être supprimés avec « des mesures d’âge, de mobilité interne, et le non-remplacement de certains postes. Il est trop tôt pour parler de plan social », a voulu rassurer Emmanuel Faber.

Révélateur. Danone n’est pas un cas isolé. « Cette crise est un révélateur de dysfonctionnements, notamment dans les sièges des grands groupes qui ont eu tendance à s’hypertrophier en l’absence de chocs externes majeurs depuis 10-12 ans, constate Hanna Moukanas, dirigeant du cabinet Oliver Wyman en France. Dans les plus grandes entreprises, on dénombre 7 à 11 niveaux hiérarchiques entre le terrain et quelqu’un du siège. Or aujourd’hui l’essentiel pour une multinationale est de savoir comment va se comporter le consommateur localement. Et d’aligner ses circuits afin d’être plus proche de lui pour pouvoir faire jouer des synergies. C’est ce qui sous-tend les plans de réorganisation récents des grands groupes industriels et de services français ».


Avant Danone, Auchan avait annoncé en janvier dernier la suppression de 517 postes au siège du groupe. A quoi le distributeur nordiste a ajouté 1 475 suppressions supplémentaires le mois dernier, visant à « adapter […] son organisation aux nouvelles attentes des consommateurs et des citoyens ». Autrement dit accélérer sa digitalisation.

C’est en fait la grande spécificité du moment : la crise est multiple. « Les entreprises ont subi deux tremblements de terre : la digitalisation et le travail à distance, qui a débuté avant la Covid et qui est là pour rester. Il impacte énormément les processus et les chaînes hiérarchiques, analyse Jean-Michel Caye, directeur associé senior au Boston consulting group (BCG). Elles vivent par ailleurs un tsunami, la crise économique. Moralité : elles doivent tout changer. »

Pour certaines, l’effondrement de la demande balaye tout. Dans le transport aérien, l’hôtellerie et le tourisme les suppressions de postes s’enchaînent : 2 083, soit 7 % des effectifs chez le géant de la restauration collective Sodexo ; 1 888 en France pour Elior, touchant les 1 260 lieux de restauration exploités par le groupe. Chez le leader de l’hôtellerie Accor 1 000 à 1 200 emplois sont concernés, dont 300 à 400 en France sur un total de 3 600. C’est aussi grave chez Airbus : 15 000 postes en moins, soit 11 % des effectifs mondiaux de l’avionneur. Air France a lui aussi activé son plan de 7 580 emplois réduction de (16 % de ses effectifs). La liste est loin d’être complète.

« Nous vivons une accélération des exigences de transformation, qui pose aux grands groupes la question difficile du licenciement, constate Pierre de Villeneuve, directeur stratégie sociale et capital humain chez Deloitte. On parle de changement du consommateur, d’entreprise plus agile ou écoresponsable… Tout cela à un impact direct sur les emplois, les compétences et les savoir être, mais également sur le nombre de personnes dont l’organisation aura besoin. »

Complication. De fait, si le premier confinement a pris tout le monde par surprise, il a aussi révélé qu’on pouvait être efficace beaucoup plus simplement. « Les grands groupes ont des problèmes de plus en plus complexes à traiter. Mais pour les régler, leur organisation et leurs process sont devenus bien plus compliqués encore, avec un indice de “complication” multiplié par 35 en 25 ans selon nos calculs, poursuit Jean-Michel Caye. Au fil des ans, ils ont développé des niveaux hiérarchiques démesurés. C’est un frein à l’agilité et à l’adaptabilité. Il faut réduire tout ça ».

La – ou plutôt les – crises sont l’occasion d’institutionnaliser les « meilleures pratiques » apparues ces derniers mois. « La Covid est à mettre en parallèle avec le retournement économique qu’on annonçait déjà. C’est la combinaison des deux qui fait qu’un certain nombre de groupes se disent, c’est maintenant qu’on doit mener nos transformations aussi loin qu’on aimerait les porter », abonde Pierre de Villeneuve.

Il y aura donc bien un monde « post-Covid ». « Le mouvement n’en est qu’à ses tout débuts. On estime qu’en moyenne 15 % à 20 % des effectifs des sièges et des fonctions régaliennes devraient être réévalués ou passés au crible dans les prochains trimestres parmi les groupes équivalents au SBF 120, estime Hanna Moukanas. Pour le reste, et autant que faire se peut, « il faut aider ceux qui sont frappés par les mutations à en devenir des acteurs. Nous ne sommes qu’au début d’un long travail de transformation, » complète l’expert du BCG, qui a mis en place des formations pour assister les entreprises en pleine restructuration.




[Société] Pub et Covid, le grand équilibrisme

https://next.liberation.fr/vous/2020/11/27/pub-et-covid-le-grand-equilibrisme_1807012?xtor=EREC-25-%5BNL+SAMEDI+MATIN_2020-11-28%5D-&actId=ebwp0YMB8s1_OGEGSsDRkNUcvuQDVN7a57ET3fWtrS9G8bCGvjjyED2whMrUwU_d&actCampaignType=CAMPAIGN_MAIL&actSource=50591


La crise sanitaire bouleverse la façon dont communiquent les marques, qui veulent rester positives tout en évitant d’être «hors-sol».

Pub et Covid, le grand équilibrisme
Pub et Covid, le grand équilibrisme Photo Matthieu Bourel

«On a tous besoin de réconfort» (l’enseigne KFC). «L’homme d’aujourd’hui assiste à la chute du monde d’avant. Mais pas à celle de ses cheveux» (Pétrole Hahn). «C’est le moment de découvrir de nouveaux terrains de jeu»(Decathlon). «Ensemble, on peut vraiment changer les choses» (l’enseigne d’électroménager et de multimédia Boulanger). Ces slogans accompagnent des pubs récentes qui font écho au contexte de pandémie en cours. L’équation est corsée pour les annonceurs : s’adresser au consommateur (et l’hameçonner) sans paraître indécent, ni opportuniste. «Les marques sont très prudentes. Certaines, comme Coca-Cola, sont même restées silencieuses pendant le premier confinement», indique Caroline Marti, professeure de communication à l’Ecole des hautes études en sciences de l’information et de la communication (Celsa).

Sobriété et effacement

Le constructeur automobile Audi la joue sobre et optimiste : son spot télé met en scène un virage qui débouche sur une route sans obstacle et un bel horizon qui suggère le «nouveau monde». Le tout sans montrer de véhicule, de fait pas trop raccord avec le confinement et ses restrictions de déplacement. L’enseigne de bricolage Leroy Merlin s’est, elle, essayée à cinq podcasts de plus de vingt-cinq minutes chacun, où l’on visite le domicile d’un designer, d’un architecte ou d’un sociologue qui racontent leur vie confinée. Pour brouiller les codes de la publicité, c’est une journaliste déco qui mène les entretiens. Et il n’est pas explicitement dit que les interviewés font partie du réseau de recherche sur l’habitat de Leroy Merlin : la marque s’efface. Au fil de la conversation, l’hôte peut bien donner quelques idées pour isoler sa cheminée et repeindre son toit, mais le podcast est moins en mode «placement de produits» que «développement personnel», ne promeut pas d’article précis mais invite à méditer sur la philosophie du chez-soi. Anthony Delorme, directeur de création à l’agence Brainsonic qui a piloté le podcast, vante «un long format qui cherche à redonner du sens à la période que l’on vit, à être utile, à être intéressant plus qu’intéressé. Les marques sont en quête d’authenticité pour entrer en contact de manière plus simple et directe avec les consommateurs».

Puis est arrivé mai, le joli mois du déconfinement. Monoprix, adepte de l’humour décalé, a dégainé un «il est temps de se balader ailleurs qu’au rayon pâtes». Intermarché a misé sur les retrouvailles à la maison, sur fond de Nina Simone («Je suis seule mais je désire être avec vous»), avec happy end («Enfin»). McDonald’s a adapté son slogan en «revenez comme vous êtes».

Casse-tête

En novembre, pour le second round du confinement, les héros et les discours ont évolué. Exit l’ode aux soignants et autres courageux en première ligne. Caroline Marti : «En ce moment, la pub associe la consommation à un bienfait : soutenir l’économie. Elle encourage l’achat à distance, et les grandes surfaces communiquent sur leur solidarité avec les petits commerçants pour ne pas qu’on leur colle l’image de grands méchants de la grande distribution.» Amazon, géant du e-commerce désigné comme l’ennemi des petites boutiques, joue la carte du conte : une ado passionnée de danse voit son spectacle annulé par le Covid. Mais ses voisins se mobilisent, à coups de machine à coudre, de diffusion de tracts et, accessoirement, d’un spot de lumière acheté sur le site. La représentation a finalement lieu, avec le cygne blanc qui déploie toute sa grâce dans la cour de l’immeuble décorée pour Noël, avec musique serre-kiki à l’appui, adaptée du Show Must Go On de Queen.

Etre ni bisounours ni déprimant, marquer les esprits sans en faire trop, rester décent mais pas insipide… Alexandre Hervé, de l’agence Romance, décrit un casse-tête : «On pèse chaque mot, chaque image. Et on essaie de divertir les gens sans faire fi de la crise au risque de paraître hors-sol.» Sans compter les freins matériels liés à la crise sanitaire : tournages compliqués, tarifs publicitaires revus à la baisse et décalage temporel entre la réalisation et la diffusion de la pub. «C’est compliqué de se projeter, donc on essaie de prévoir plusieurs scénarios en cas de troisième vague.»

Exit le masque

Autre hic de taille : le masque, que l’on voit beaucoup dans la rue, mais très peu dans les pubs, et pour cause. «Il a une connotation négative, dystopique. Or la publicité célèbre des valeurs positives», rappelle Caroline Marti. Une catégorie de produits se garde d’ailleurs bien de parler de Covid : le parfum. Pas glamour… et incompatible avec la perte d’odorat.

Fanny Guyomard Photo Matthieu Bourel


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Merci à Pierre M. pour le casse tête 😷

[Société] Président Trump, an IV : le silence des poltrons


Le président Donald Trump, en visioconférence avec des militaires pour Thanksgiving, le 26 novembre à la Maison Blanche.

Trois semaines de déni, série en cours. Pendant que le président élu avance, forme ses équipes, le président battu s’enfonce. Concéder la défaite l’aurait libéré aussi sûrement qu’un aveu peut apaiser le menteur, mais il en est toujours incapable. Il peste et maugrée, remâche sa colère, promet qu’on va voir ce qu’on va voir, que ce n’est pas fini, que cela ne le sera jamais.

Le jour de Thanksgiving, le 26 novembre, Donald Trump avait conçu le louable projet de s’adresser aux militaires déployés loin de leurs familles. Il s’est installé derrière un petit bureau étriqué encadré par deux sapins nus dans la salle de réception des diplomates (Diplomatic Reception Room), mais il a consacré plus de temps aux journalistes présents qu’aux militaires, pour ressasser ses obsessions, sous le regard vaguement inquiet de George Washington dont le portrait le surplombait.

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La première question a porté sur ses projets pour son dernier Thanksgiving à la Maison Blanche. Le président a aussitôt rétorqué qu’il était trop tôt pour dire qu’il n’en aurait pas d’autres. « Si vous regardez ce qui se passe. Il faut vraiment regarder ce qui se passe. Ils trouvent d’énormes écarts dans les votes. Personne ne croit ces chiffres. Ces chiffres sont des nombres incorrects. De nombreux chiffres incorrects ont déjà été signalés », a-t-il poursuivi. Vingt-cinq minutes de pénibles complaintes s’en sont ensuivies.

Complaintes

Donald Trump a bien admis qu’il ne s’enfermerait pas dans le bureau Ovale le 20 janvier à midi, à l’expiration de son mandat, les mains agrippées au Resolute Desk, mais cette concession a été noyée dans un tableau embarrassant des résultats de l’élection. A l’en croire, il faudrait ranger d’un côté 74 millions de bulletins de vote impeccables et patriotiques parce que son nom y est coché, et de l’autre 80 millions de voix que « Joe Biden n’a pas eues » et qu’il n’aurait pas pu avoir sans une « fraude massive », « la plus grande affaire de notre époque ». « Je n’ai pas perdu », a répété le président sortant. Un bon titre pour ses Mémoires.

« Dire qu’une élection a été frauduleuse ne rend pas cette élection frauduleuse. Il faut des allégations précises et des preuves, mais nous n’avons ni les unes ni les autres », a jugé vendredi le juge fédéral Stephanos Bibas, pourtant nommé par Donald Trump, lors d’une procédure en appel concernant la Pennsylvanie. Il s’agissait de la dernière déroute d’une longue série de recours bancals. Mais Donald Trump peut d’autant plus refuser cette froide réalité qu’elle résonne dans le vide, ou presque, au sein du Parti républicain dont la plus haute dirigeante, Ronna McDaniel, répète ses accusations avec une servilité exemplaire.

Les défenseurs de la Constitution, de la République, de la bannière étoilée et de tout ce qui s’ensuit n’y manquent pourtant pas. Des intraitables comme Ted Cruz, sénateur du Texas, généralement prêt à offrir sa poitrine à la mitraille sans qu’il soit nécessaire de le pousser beaucoup. Des inflexibles comme Marco Rubio, sénateur de Floride, intransigeant gardien de valeurs américaines portées au pinacle. Ou encore des sourcilleux comme Josh Hawley, jeune sénateur du Missouri, pétri des principes qui s’imposent à tous et à chacun.

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Ils sont montés crânement au front cette semaine pour railler les premières nominations de Joe Biden, qui seraient autant de promesses d’abaissement des Etats-Unis. Mais aucun n’a élevé la voix, ni même toussoté poliment pour protester contre l’assaut livré par le président contre le socle de la démocratie américaine. Donald Trump est encore puissant. Les ambitions des pleutres ne sont pas négligeables. Question de priorités.




[Société] 28 septembre 1864 : naissance de l’Association Internationale des Travailleurs


– Le site de presse de la BnF


Premier congrès de l’Association internationale des Travailleurs, auteur inconnu – Source WikiCommons

Du meeting de Saint-Martin’s Hall aux commémorations de cet acte fondateur de l’A.I.T. et de ses figures emblématiques, l’historien Paul Boulland analyse l’histoire de l’Association Internationale des Travailleurs au fil des diverses appropriations politiques.

Le 28 septembre 1864, environ 2000 personnes sont rassemblées au Saint-Martin’s Hall de Londres. La réunion publique a été convoquée en solidarité avec la Pologne, contre l’autoritarisme de l’Empire russe. Mais l’événement marque surtout l’acte de naissance de l’Association internationale des Travailleurs, désignée ultérieurement comme la première Internationale.

Ce meeting concrétise les liens tissés au cours des deux années précédentes entre ouvriers anglais et français. En 1862, dans le cadre de l’Exposition universelle de Londres, plusieurs centaines de délégués ouvriers français se sont rendus dans la capitale anglaise, avec le soutien du gouvernement de Napoléon III. L’élection de ces délégués a d’ailleurs été relayée par la presse :
Et l’on peut retrouver les comptes rendus de certaines réunions :

Toutefois, ces rencontres sont essentiellement encadrées par le patronat anglais. Seuls quelques ouvriers ont réellement l’occasion d’échanger avec leurs homologues londoniens et avec leurs organisations. Parmi ceux-ci, Henri Tolain , ouvrier ciseleur parisien (voir sa biographie dans le Maitron).

En juillet 1863, des syndicalistes anglais, emmenés par Georges Odger (voir sa biographie dans le Maitron), lancent une nouvelle invitation aux Français. Leur adresse en appelle à la coopération internationale entre ouvriers, avec deux objectifs principaux : peser sur la politique étrangère des gouvernements pour soutenir les mouvements de libération nationale – particulièrement en Pologne – et lutter contre la mise en concurrence des travailleurs à l’échelle internationale, essentiellement contre le recrutement de main-d’œuvre étrangère pour briser les grèves ou tirer les salaires vers le bas. Après une correspondance nourrie, l’initiative aboutit donc ce 28 septembre 1864.

En fonction des objectifs affichés l’année précédente, le meeting de Saint-Martin’s Hall attire un public venu d’horizons politiques variés. Aux ouvriers français et aux militants des trade unions anglais (syndicats) se mêlent de nombreux exilés politiques polonais, italiens, français ou allemands. Parmi ces derniers, Karl Marx, qui ne s’exprime pas à la tribune et n’est pas à l’origine de la constitution de l’AIT, mais qui sera investi de la tâche fondamentale d’en rédiger les statuts.

Trois ouvriers français ont gagné la capitale anglaise pour l’occasion : Henri Tolain, Antoine Limousin (voir sa biographie dans le Maitron) et Blaise Perrachon (voir sa biographie dans le Maitron). Ils donnent lecture de l’adresse d’un quatrième militant ouvrier, Henri Lefort (voir sa biographie dans le Maitron). En France, ce groupe s’est fait connaître au cours des mois précédents pour son rôle dans la rédaction du « manifeste des soixante », un appel en faveur de candidatures ouvrières aux élections. Henri Tolain, candidat à Paris, en avait également tiré la brochure Quelques vérités sur les élections de Paris, parue en mai 1863, dans laquelle il affirmait la nécessité d’une représentation politique des travailleurs :

« Les travailleurs resteront ils muets, inactifs, quand ils ont à conquérir la liberté d’action et l’égalité de droit ? S’ils trouvent que leur émancipation se fait trop attendre, habitués au labeur, qu’ils se mettent à la besogne. […] Que si l’on s’étonne de voir que nous, les petits, les faibles, les ignorants, nous nous mettons à l’œuvre, nous répondrons : Ouvrez les yeux. Est-ce que ce sont les grands et les savants qui d’abord ont acclamé le christianisme et protesté contre l’esclavage ? Est-ce que ce sont les puissants et les forts qui ont aboli le servage et proclamé les droits de l’homme ? Que non ; c’est bonhomme Jacques, et tout naturellement aussi, c’est lui qui doit affirmer le principe de la solidarité. » (p. 35-36)

D’autres Français en exil à Londres sont également présents lors de la réunion publique du 28 septembre 1864, notamment Jules Denoual (voir sa biographie dans le Maitron), et Victor Le Lubez (voir sa biographie dans le Maitron), ce dernier étant à l’origine de la présence de Marx.

Dès le 29 septembre 1864, Henri Tolain rend compte du meeting par un courrier adressé à La Presse et publié le 4 octobre. Il y souligne l’enthousiasme soulevé par la réunion, la chaleur de l’accueil offert par les ouvriers anglais et annonce les décisions prises pour l’avenir :

« Le meeting a nommé par acclamation une commission qui peut devenir un puissant élément de progrès, non-seulement au point de vue industriel, mais au point de vue moral. La commission, dont le siège est à Londres, se propose d’établir dans les grandes villes du continent des correspondants, qui lui transmettraient le résumé des opinions émises dans chaque pays sur un sujet donné. Elle publierait ensuite un résumé général de la question, imprimé en plusieurs langues. Afin de prouver par une discussion solennelle et complète l’esprit de conciliation et de solidarité qui anime les travailleurs, la commission nommée hier dans ce meeting aura pour but spécial de prendre toutes les mesures nécessaires pour convoquer, à Bruxelles, en 1865, un grand congrès international ouvrier. »

Dans Le Temps, Edouard Hervé, affiche son « grand intérêt » pour l’événement et prétend être « de ceux qui se félicitent de voir les ouvriers user largement du droit de réunion ». Mais son enthousiasme est en réalité bien limité. Son propos est avant tout imprégné de mépris et de condescendance à l’égard des ouvriers qui, sous sa plume, semblent surtout caractérisés par leur immaturité politique :

« Lorsque les ouvriers adoptent quelque chimère impraticable, que font-ils, sinon ce que nous avons tous fait à vingt ans, lorsque l’expérience et la discussion ne nous avaient pas encore appris combien il faut être modestes dans nos vœux et réservés dans nos espérances ? Qui de nous n’a rêvé, au moins un jour, d’établir sur la terre le règne de l’universelle justice ? Qui de nous n’a pas eu besoin d’un peu de temps et de quelques réflexions pour s’apercevoir que c’est la condition de notre nature bornée de ne pouvoir faire le bien lui-même sans y mêler un peu de mal, que les États, comme les individus, sont soumis à cette triste loi, et que le progrès pour les uns, comme l’amélioration morale pour les autres, consiste, non pas à s’en affranchir complètement, mais à en atténuer de jour en jour les conséquences. »

Dans son édition du 4 octobre 1864, Le Siècle, évoque pour sa part un « meeting très intéressant d’ouvriers » dont l’objectif « était l’organisation d’une association internationale dans le but d’améliorer la condition des travailleurs de tous les pays ».

Dès 1865, la date du meeting de Saint-Martin’s Hall devient objet de commémoration. Le premier anniversaire de ce moment fondateur de l’AIT est célébré par une nouvelle réunion publique, dans la même salle, signalée dans Le Siècle. Les correspondants parisiens de l’AIT, Ernest Fribourg (voir sa biographie dans le Maitron) et Charles Limousin (voir sa biographie dans le Maitron) se félicitent des progrès de l’AIT et affichent leur confiance en son avenir :

« L’utopie, le rêve do l’année dernière, est aujourd’hui une belle et bonne réalité. Et ce qu’il y a de remarquable, ce qui prouve la vitalité de l’association, c’est qu’elle est bien le fait, l’œuvre des ouvriers seulement. Ils n’ont plus besoin de douter d’eux-mêmes et de leurs forces, le sentiment de la solidarité a profondément pénétré les masses populaires. Il ne dépend plus que des travailleurs de la mettre en pratique. »

Bien plus tard, l’évocation de l’événement évoluera à la lumière de l’histoire de l’AIT et en fonction de la manière dont les différents courants des mouvements ouvrier et socialiste s’approprient cet héritage politique.

Le 28 septembre 1904, L’Humanité célèbre le quarantième anniversaire de cette « date glorieuse », sensée réunir « les socialistes de tout le monde civilisé ». Mais c’est désormais la figure de Karl Marx, pourtant muet lors du meeting, qui est mise en avant, à travers son rôle ultérieur dans la rédaction des statuts de l’AIT. Pour leur part, les « trois ouvriers français [qui] assistaient à la réunion » ne sont même pas nommés. Henri Tolain d’autant moins qu’il a rompu avec le mouvement ouvrier et exprimé son hostilité envers la Commune de Paris en 1871. Surtout, l’article insiste pour définir l’Internationale socialiste, fondée en 1895, comme la continuatrice directe de la première Internationale, « plus forte et robuste que jamais ».

L’essentiel de cet article est toutefois consacré à un document original, à travers le témoignage d’Edward Beesly (voir sa biographie dans le Maitron), l’universitaire anglais qui avait présidé le meeting quatre décennies plus tôt. Beesly insiste avant tout sur l’unanimité des participants autour d’un idéal de fraternité et de paix :

« Dans leur esprit l’objet pratique immédiat que l’Internationale pouvait contribuer dans une large mesure à réaliser, était d’empêcher les guerres et de décourager le militarisme. A mon avis c’est encore là aujourd’hui le principal, sinon l’unique but, que peut se proposer la moderne Internationale socialiste. »

En 1934, pour le soixante-dixième anniversaire du meeting de Saint-Martin’s Hall, Le Populaire, journal de la SFIO, consacre un supplément à la création de l’Association internationale des travailleurs :

Il reproduit une analyse d’Amédée Dunois (voir sa biographie dans le Maitron)

et propose divers extraits des statuts de l’AIT. À nouveau, on note que les statuts de l’organisation et plus encore leur préambule, en grande partie rédigés par Marx, sont devenus l’élément central de la « fondation » de la première Internationale, plus en tout cas que le meeting.

À la même époque, dans L’Humanité, devenu désormais le journal du Parti communiste, un simple entrefilet signale cet anniversaire. Il s’agit toujours de revendiquer l’héritage politique de l’AIT, au point cette fois d’attribuer directement à Marx et Engels la paternité de l’AIT, puis d’affirmer son prolongement dans la révolution bolchévique et la fondation de l’URSS :

« Notre Internationale Communiste, la IIIe Internationale, fondée par Lénine, est l’héritière et la continuatrice des principes de la lre Internationale appliqués sur la base nouvelle d’un mouvement prolétarien révolutionnaire de masse. »

Quelques jours plus tard, un nouvel article développe plus longuement l’histoire de l’AIT. Nouveau signe de la filiation revendiquée par le courant communiste, il est signé d’un historien soviétique :

L’accent reste mis sur l’œuvre de Marx et Engels, valorisée par la critique des autres courants de l’AIT (blanquisme, proudhonisme, « expériences anarchistes de Bakounine ») et se conclut par une citation de Lénine.

Paul Boulland est ingénieur de recherche CNRS (Centre d’Histoire sociale du XXe siècle, UMR  8058) et co-directeur du Maitron.
Article réalisé en collaboration avec le Maitron, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et du mouvement social.




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