Archives de la catégorie: Société

[Société] Tout le monde en parle

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Dernier Time To Philo de la saison. On vous souhaite à toutes et tous de bonnes vacances et on se retrouve à la rentrée 

Tout le monde en parle

par Gaspard Koenig

La newsletter Time to Sign Off, maison-mère de Time to Philo, a comme marque de fabrique de titiller ses lecteurs, en fin de message, par des propos sur la sexualité : sondages intimes, extraits de littérature érotique ou courtes vidéos d’un goût variable. Beaucoup s’étonnent qu’une newsletter lue par tout le gratin parisien puisse se permettre de tels écarts, surtout en ces temps de #metoo. « Quel culot ! » murmure-t-on. Vraiment ?

Cet équilibre entre provocations mesurées et indignation jouée est en fait symptomatique du rapport moderne à la sexualité. Dans son Histoire de la sexualitéFoucault s’amuse de nos tartufferies sur le sujet. Nous faisons semblant que le sexe soit réprimé pour mieux nous donner des airs transgressifs. « Si le sexe est réprimé, c’est-à-dire voué à la prohibition, à l’inexistence et au mutisme, le seul fait d’en parler, et de parler de sa répression, a comme une allure de transgression délibérée ». Allusions et plaisanteries sont omniprésentes dans les publicités, les conversations mondaines, les discours politiques. Si le sexe est un secret, c’est le plus mal gardé du monde. Voilà une drôle de société qui « depuis plus d’un siècle se fustige bruyamment de son hypocrisie, parle avec prolixité de son propre silence »

Or ce fantasme de la répression masque la réalité du pouvoir moderne. En parlant sans cesse du sexe, on contrôle les corps. « Ce pouvoir n’a ni la forme de la loi ni les effets de l’interdit, explique Foucault. Il procède au contraire par démultiplication des sexualités singulières. » Toutes les formes de sexualités, toutes les variantes du désir sont permises et encouragées, à partir du moment où elles sont dites, exposées, régulées. Plus nous croyons nous « libérer », plus en vérité nous nous conformons à des normes édictées par un biopouvoir diffus mais directif. Ainsi « les mécanismes de pouvoir ont été plus employés à susciter et à irriter la sexualité qu’à la réprimer ».

Face à ces dispositifs pervers de domination, Foucault propose une contre-attaque : « le corps et les plaisirs ». Il reste évasif sur ce noble projet. Je suggère de lui donner la figure d’un autre philosophe : Lucrèce. Important la doctrine épicurienne dans la Rome impériale, le long poème philosophe de Lucrèce, De natura rerum, contient une apologie non normative de la sexualité. Lisez plutôt ces vers du livre IV :

« Ainsi de l’homme atteint par les traits de Vénus
Que lui lance le garçon aux membres féminins
Ou la femme dont tout le corps darde l’amour :
Il tend vers qui le frappe et brûle de l’étreindre,
De jeter la liqueur de son corps dans le sien,
Car son désir muet lui prédit le plaisir ».

Lucrèce ne soumet la sexualité à aucune figure imposée, ni hétéro ni homosexuelle. Il en fait un simple jaillissement organique, indifférent à l’ordre social. Il nous met d’ailleurs en garde contre l’amour monogame, en nous conseillant « de jeter en toute autre personne le liquide amassé ». Pendant l’été, faudrait-il lire les classiques de l’Antiquité pour être vraiment choqués ? 


Gaspard Koenig 

Michel Foucault (1926 – 1984)

Philosophe français. Son travail porta essentiellement sur les rapports entre pouvoir et savoir, s’inscrivant comme une critique des normes sociales et des mécanismes de pouvoir qui s’exercent au travers d’institutions en apparence neutres (la médecine, la justice, les rapports familiaux ou sexuels…). En savoir plus.
Lucrèce (probablement 94 av. J.-C. – 54 av. J.-C.)

Poète et philosophe latin. Il est l’auteur d’un seul ouvrage en 6 parties, le De rerum natura, un long poème qui décrit le monde selon les principes d’Epicure. En savoir plus.
Time To Philo est illustré par Daniel Maja.

[Société] Réchauffement : les Français accusent le nucléaire


Selon un sondage BVA, une large majorité de Français pense que le nucléaire contribue à l’émission de gaz à effet de serre. Sa part est pourtant minime.

La concordance des faits frappe. Alors que, ce mercredi 26 juin, Paris commence déjà à sérieusement chauffer, Philippe Knoche, le patron d’Orano (l’ex-Areva), et Édouard Lecerf, dirigeant de l’institut BVA, présentent dans une salle très rafraîchie un sondage (1) dont le résultat majeur étonne. Selon 69 % des personnes interrogées, le nucléaire participe à la production de gaz à effet de serre. Autrement dit, dans l’esprit des Français, en tout cas dans sa majorité, les centrales nucléaires du pays contribuent au réchauffement de la planète, donc à la canicule du moment.

Factuellement, ces 69 % de Français ont raison : le nucléaire rejette du CO2, le principal gaz à effet de serre. Mais ces émissions sont minimes : 12 grammes par kWh produits selon le consensus scientifique, soit l’équivalent de ce que rejettent dans l’atmosphère les éoliennes (11 grammes) ! Du fait de son mode de fabrication, le solaire en relâche quatre fois plus dans l’air (45 grammes). Plus curieux encore, pour 10 % des sondés, le pétrole et le gaz contribuent moins que le nucléaire à l’effet de serre, et pour 11 % d’entre eux le charbon est plus propre que l’atome… « C’est un élément très étonnant de l’enquête », reconnaît Philippe Knoche, le PDG d’Orano.

Lire aussi « Le nucléaire a sauvé deux millions de personnes ! »

Atome et missiles

BVA explique ce décalage entre le « ressenti » des Français et la réalité scientifique par « l’effet de halo ». En gros, on a le sentiment que tout ce qui produit de l’énergie pollue et, donc, dérègle le climat. On pourrait élargir le propos en disant que toute activité humaine pollue, et le nucléaire n’échappe pas à ce truisme.

Les jeunes, en particulier, semblent convaincus de l’effet néfaste de l’atome sur l’air. Le sondage BVA révèle que 86 % des 18-34 ans interrogés, bref, l’immense majorité, en sont persuadés. Greta Thunberg, la jeune égérie suédoise du climat qui préfère s’engager plutôt qu’étudier, est peut-être passée par là. « Il y a un besoin d’information auprès des jeunes, c’est certain », reconnaît, un peu dépité, Philippe Knoche.

Lire aussi Sébastien Le Fol – Greta Thunberg, l’écologie du chantage

La mauvaise image du nucléaire auprès de cette population ne date pas d’hier. Chez Orano, on rappelle que, dans les années 70, l’URSS et ses alliés influençaient les associations écologistes et anti-militaristes pour déstabiliser l’Europe de l’Ouest. Le nucléaire était une cible facile, particulièrement en République fédérale allemande. Outre-Rhin, les esprits sont toujours marqués. La politique allemande de sortie du nucléaire (Energiewende), renforcée après l’accident de Fukushima, a été largement approuvée par la population. Mais un coup d’œil sur ses émissions de CO2 fait réfléchir. Selon le site electricitymap.org, l’Allemagne émettait, mercredi 26 juin, 283 grammes de CO2 par kWh consommé, six fois plus que la France. En cause, comme on le sait : la part importante du charbon, nécessaire pour compenser la baisse du nucléaire et, ce jour-là, l’absence de vent.

Lire aussi « Les écologistes sérieux savent qu’il faut un minimum de nucléaire pour décarboniser »

Bouc émissaire

En France aussi, il existe une confusion dans les esprits, regrette Philippe Knoche. Lorsque les politiques évoquent le dérèglement climatique, ils y associent souvent le nucléaire. C’est sa dangerosité potentielle qui est évoquée, surtout depuis Fukushima, mais le doute s’instille dans les esprits. « Il y a une communication politique qui brouille les deux sujets, observe Knoche. Ça se traduit notamment par l’accord entre le PS et les Verts pour la présidentielle de 2012 : on part du climat et on arrive au nucléaire. » Cet accord, négocié par Martine Aubry et Cécile Duflot, visait à réduire à 50 % (contre environ 75 %) la part du nucléaire dans le mix électrique. Incidemment, il transforme le nucléaire en une sorte de bouc-émissaire. Pis, lors du débat sur la loi de transition énergétique de 2015, tous les indicateurs sur lesquels se fondait la réflexion étaient tirés des rapports du Giec, l’organisme des Nations unies sur le climat. Tous, sauf celui sur les émissions de CO2 du nucléaire, issu selon Orano d’études d’organisations écologiques.

Lire aussi Transition énergétique : les Français encore sceptiques

Philippe Knoche fait contre mauvaise fortune bon cœur. Le PDG d’Orano veut améliorer la communication sur le nucléaire, pour convaincre les esprits de sa faible participation au réchauffement climatique, ce qui ne soulève aucun débat scientifique – le stockage des mêmes déchets étant un problème différent. Il s’appuie sur une note positive : selon le sondage BVA, 47 % des Français estiment que le nucléaire est un atout pour la France, parce qu’il garantit l’indépendance énergétique du pays et crée des emplois. Ils ne sont « que » 34 % à penser le contraire. Maigre consolation.

1. Enquête BVA réalisée du 4 au 27 avril auprès d’un échantillon de 3 008 personnes âgées de 18 ans et plus, représentatif de la population française.

[Société] Dunant, le câble sous-marin de Google qui change la donne

En 2020, un nouveau câble à fibre optique reliera par l’Atlantique les États-Unis à la France, fluidifiant ainsi considérablement le trafic. Sa particularité ? En plus d’être surpuissant, il est le tout premier du genre à appartenir à un unique acteur privé : Google.
Le câble Marea, moins fort que Dunant

Le câble Marea de Microsoft et Facebook qui rejoint Virginia Beach, aux États-Unis, à Bilbao, en Espagne.

@ MICROSOFT/FACEBOOK

Vous avez dit embouteillage ? Chaque minute, on dénombre environ 150.000 e-mail envoyés sur Gmail, 2,7 millions de vidéos visionnées sur YouTube ou encore 3,8 millions de recherches sont effectuées sur Google. De quoi donner du fil à retordre aux grands opérateurs de la planète pour fournir la bande passante nécessaire au transport de cette quantité astronomique de données. Parce que ces chiffres ne vont faire qu’augmenter avec le temps, Google, qui possède YouTube et concentre à lui seul près de 95 % des requêtes en ligne à travers la planète, a décidé de s’en tenir au fameux adage : “On n’est jamais mieux servis que par soi-même.” D’ici le troisième trimestre 2020, le géant du Web mettra ainsi en service son propre câble sous-marin à fibre optique, qui sera aussi le plus puissant jamais installé au fond d’un océan. Même le flambant neuf Marea, câble transatlantique installé en 2016 par Facebook et Microsoft, est loin de sa capacité.

Dunant, dont le nom est un hommage au fondateur de la Croix Rouge, Henry Dunant, sera le tout premier du genre à transporter 12 paires de fibres (contre 6 ou 8 habituellement), une innovation qui lui permettra d’atteindre une vitesse de transmission moyenne inégalée : 250 terabits par seconde, contre 160 pour Marea. À l’heure actuelle, les câbles sous-marins en service ont un débit moyen de 30 terabits. “À lui seul, il concentrera les trois-quarts de la capacité disponible sur le réseau subatlantique”, estime Jean-Luc Vuillemin, directeur des réseaux internationaux chez Orange, avec qui Google s’est associé pour la mise en service de Dunant.

Une plage vendéenne, futur haut-lieu de l’Internet européen

Un tel partenariat n’est pas uniquement le fruit d’un lobbying réussi : il présente une cohérence logistique. Dunant reliera sur 6.600 km Virginia Beach, station balnéaire de la côte est des États-Unis, à la plage de la Parée-Préneau de Saint-Hilaire de Riez, petite commune française proche des Sables-d’Olonne. Ainsi, l’entreprise française, qui se félicite d’avoir décroché un tel contrat avec la firme de Mountain View, sera chargée de “réceptionner” et de redistribuer les données une fois arrivées sur le Vieux Continent. Le fabricant de composants électroniques TE SubCom, lui, s’est occupé de sa fabrication et de son installation.“Nous allons pouvoir atteindre plus vite le continent européen et ainsi améliorer la qualité de nos propres services”, assure Jayne Stowell, responsable des équipements sous-marins chez Google. L’Europe, friande des applications de Google comme de celles des autres géants du Net (Amazon, Netflix, Facebook…), génère aujourd’hui un trafic colossal.

Mais pourquoi cette commune vendéenne a -t-il été choisi par Google comme l’un de ses points d’activité Cloud les plus stratégiques au monde ? Pour sa position géographique propice, d’abord (proximité relative avec son imposant data center de Saint-Ghislain, en Belgique, climat tempéré favorable à l’accueil de ce type d’installation, fenêtre directe sur le reste du territoire européen…), mais aussi “parce qu’il existe déjà à cet endroit une station d’atterrissement tout à fait conforme et sécurisée”, rapporte Jayne Stowell. Une station inutilisée depuis 2016, année du démantèlement du tout dernier câble qu’elle réceptionnait – Eurafrica, devenu obsolète. Sous la responsabilité d’Orange, Google sera ainsi l’unique usager de la station, du moins pour le moment. Et on sait à quel point Google aime faire cavalier seul.

Privatiser pour mieux régner

Jusqu’ici, pour transmettre ses contenus aux internautes du monde entier, la firme n’avait d’ailleurs pas d’autre choix que de partager avec d’autres ces fameuses “autoroutes du Web” : soit en “louant” une partie de la capacité des câbles des grands opérateurs de télécommunications – constructeurs et propriétaires historiques de ces canaux de transmission intercontinentaux –, soit en s’associant à des entreprises privées pour créer leurs propres liaisons.

Mais face à des besoins grandissants, Google a jugé qu’il était temps de tracer ses propres routes. “Routes” au pluriel, car un autre câble à fibre optique reliant cette fois Los Angeles à Valparaiso, au Chili, a été inauguré en avril 2019 par l’entreprise californienne. Baptisé Curie, en l’honneur de la physicienne et chimiste Marie Curie, il est ainsi devenu sa toute première liaison entièrement indépendante en service.

Le réseau sous-marin Google. Deux câbles lui appartiennent à 100 % (Google).

À l’heure actuelle, on dénombre approximativement 430 câbles fonctionnels répartis dans les eaux du globe, qui assurent environ 99 % des communications intercontinentales. “La quasi-totalité du trafic Web mondial se fait sous les mers”, explique Jean-Luc Vuillemin. Et ce grâce à la fibre optique, une technologie qui s’appuie sur la transmission de données par signaux lumineux. À la manière d’un message en morse, l’information est convertie électriquement à partir d’un ordinateur en une série d’impulsions lumineuses. Ces impulsions passent par des paires de fibres (l’une pour le chemin aller, l’autre pour le chemin retour) contenues dans des câbles gisant dans les profondeurs marines.

Un nouveau modèle économique pour plus de puissance

“La nouvelle famille de câbles à laquelle appartient Dunant va augmenter la capacité du réseau de façon significative”, affirme Jean-Luc Vuillemin.Ce n’est pas qu’elle soit technologiquement innovante. En réalité, c’est son modèle économique qui l’est.” Pour que la lumière se diffuse dans les paires de fibre optique, une certaine puissance électrique est nécessaire au point d’entrée. Or, il a été constaté qu’un meilleur débit était obtenu en répartissant moins d’énergie sur plusieurs paires de fibre plutôt qu’en en concentrant un maximum sur un nombre de paires limitées. “Mais il va de soi que les entreprises se partageant la capacité d’un câble veulent toutes beaucoup de puissance sur leur propre paire”, détaille le cadre d’Orange.

C’est là que Dunant et Curie changent la donne : puisque toutes les paires de fibres lui sont réservées, Google peut répartir l’énergie de façon bien plus efficace pour un résultat optimal à l’arrivée. “Nous pourrons prendre toutes les décisions de routage que nous voudrons pour optimiser leur latence et leur disponibilité”, se réjouit Jayne Stowell.

Plus de câbles privés il y aura, plus le Web mondial sera rapide ? Malheureusement pour nos fonds marins, pour qui l’installation et l’entretien régulier d’un câble peut être quelque peu perturbante, la réponse est oui, même si les câbles par eux-mêmes ne constituent pas une source de pollution avérée.

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[Société] Des hackers ont tranquillement infiltré les réseaux mobiles du monde entier


Dessin de Martirena, Cuba

“Des pirates se sont discrètement infiltrés dans les systèmes d’une dizaine d’opérateurs mobiles dans le monde et ont pris le contrôle total de leurs réseaux sans qu’ils ne s’en rendent compte”, révèle CNET magazine. Le journal spécialisé dans les nouvelles technologies se fait ainsi le relais d’une étude de la société Cybereason.

Les spécialistes en cybersécurité ont mené une enquête qui leur a permis d’identifier, dès 2018, une attaque informatique en plusieurs vagues – qu’ils ont baptisée “opération Soft Cell” – ciblant spécifiquement des fournisseurs de réseaux mobiles en Europe, en Asie, en Afrique et au Moyen-Orient. “D’après les informations dont nous disposons, l’opération Soft Cell serait en cours depuis au moins 2012, même si certains indices suggèrent que les hackers s’intéressaient déjà aux opérateurs de télécoms avant cette date”, précise un communiqué de Cybereason.

Trouver le Saint-Graal

“Pirater une entreprise qui possède des montagnes de données, constamment mises à jour, c’est comme trouver le Saint-Graal pour un service de renseignement, explique au magazine Amit Serper, responsable de la recherche sur la sécurité chez Cybereason. Ce n’est pas le tout de trouver un accès aux données, il faut ensuite le conserver.” Ce que sont parvenus à faire les assaillants pendant toutes ces années.

Les pirates ont ainsi eu accès à des millions de données comme des identifiants et des mots de passe, mais aussi des données de facturation, d’appels et de géolocalisation. Selon Amit Serper, s’ils voulaient bloquer les réseaux du jour au lendemain, ces hackers en auraient les moyens. Pourtant il semblerait qu’ils n’aient dérobé les données que d’une centaine de victimes particulières.

Mor Levi, vice-président en charge des pratiques de sécurité de Cybereason, indique à CNET magazine :

Les hackers auraient ciblé des individus haut placés au sein du gouvernement ou de l’armée.”

Le soutien d’un État ?

Compte tenu du caractère sophistiqué de la méthode mais aussi de son “ciblage”, les chercheurs de Cybereason pensent que les pirates informatiques sont soutenus par un État. Tout semble pointer vers la Chine ; et les serveurs utilisés seraient liés à APT10, un groupe de cyberespionnage chinois. Contacté par CNET Magazine, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré que la Chine “s’opposait fermement aux cyberattaques utilisant l’infrastructure du pays” et a nié toute implication.

De son côté, Mor Levi admet que le coupable pourrait vouloir se faire passer pour APT10. Il recommande à tous les opérateurs de téléphonie mobile de surveiller en particulier leurs serveurs et de rechercher les comptes disposant d’un accès privilégié. “Cybereason a déclaré avoir contacté tous les opérateurs de téléphonie mobile concernés, sans préciser les solutions qu’ils auraient pu mettre en œuvre pour mettre fin à l’intrusion”, indique le magazine.

À l’heure actuelle, la société de cybersécurité poursuit son enquête. De nouveaux opérateurs piratés auraient récemment été identifiés. Et “les serveurs des hackers sont toujours opérationnels”, note Amir Serper.


Quotidien électronique, filiale du groupe du même nom, CNET est un des sites les plus visités de la Toile. Spécialisé dans l’information et l’analyse liée aux nouvelles technologies, ce webzine s’est forgé une solide réputation dans le monde

[Société] Un arrêté sur l’épandage de pesticide censuré


Le Conseil d’État vient d’annuler en partie l’arrêté de mai 2017 régissant les conditions d’utilisation des pesticides. Le texte ne protégeait pas assez la santé publique et l’environnement.

Pesticides

Autre motif de grief, il faisait sortir du champ d’application l’épandage de granulés ou l’injection des produits dans le sol alors que les risques de pollution par lessivage des champs par la pluie sont avérés.

PHILIPPE HUGUEN / AFP


L’arrêté publié le 4 mai 2017 était tellement laxiste qu’il avait provoqué la réaction immédiate des associations “Générations futures”, “Eau et rivières de Bretagne” et l’union syndicale “Solidaires”. Le texte ne prévoyait ainsi aucune disposition pour protéger les riverains des champs traités des aspersions de pesticides et présentait des failles pour les interdictions de traitement des zones enherbées destinées à protéger les rivières. Le Conseil d’État a annulé l’arrêté car “il ne prévoit aucune mesure générale destinée à protéger les riverains des zones agricoles traitées, les mesures de protection existantes ne portant que sur certains lieux fréquentés par des personnes vulnérables, tels les aires de jeu destinées aux enfants en bas âge, les établissements de santé, les maisons de retraite et les espaces de loisirs ouverts au public” selon les termes du Conseil. De facto, de nombreuses habitations ne bénéficiaient donc pas de l’obligation de respect d’une zone tampon.

Pas de mesures précises pour les risques de ruissellement par la pluie

Autre motif de grief, si l’arrêté prévoyait bien une protection des cours d’eau par interdiction de traitement par pulvérisation ou poudrage, il faisait sortir du champ d’application l’épandage de granulés ou l’injection des produits dans le sol alors que les risques de pollution par lessivage des champs par la pluie sont avérés. Enfin, l’arrêté instaurait une période de retour dans la zone traitée après le traitement chimique uniquement dans les cas où le champ était couvert d’une végétation et en excluait les traitements sur sol nu. Plus globalement l’arrêté a été jugé illégal “dans la mesure où il ne prévoit pas de mesures précises pour éviter ou réduire le risque de pollution par ruissellement en cas de fortes pluies”. Les associations ayant porté le recours crient d’autant plus victoire que l’État devra verser aux plaignants 2.000 euros de dédommagements. Hasard du calendrier, Générations futures signale d’ailleurs que cette décision intervient à la veille d’une réunion au Ministère de l’agriculture du groupe de travail du plan Ecophyto sur “la protection des populations et de l’environnement” portant notamment sur les chartes de bon voisinage.

[Société] 5/5-5 L’argent européen pour limiter les fractures territoriales

L’Union européenne consacre un budget de plus de 350 milliards d’euros sur la période 2014-2020 pour la politique de cohésion. Toutes les régions de l’UE peuvent bénéficier de cet argent mais la priorité est donnée aux régions de l’Europe en retard de développement.

Par Cécile Ducourtieux 

En France, le grand public n’en a pas toujours conscience et les élus nationaux en font très peu la publicité. Pourtant, combler les disparités territoriales fait partie des priorités bruxelloises. Avec la politique agricole commune (PAC), la « politique de cohésion » constitue une des composantes principales du budget de l’Union européenne (UE). Des centaines de milliards d’euros y sont consacrées : 352 sur la période 2014-2020, soit un tiers du budget communautaire sur cette période.

Cette cohésion s’exerce au travers de trois fonds : le fonds européen de développement régional (Feder), le fonds social européen (FSE) et le fonds de cohésion proprement dit. Le Feder concentre ses interventions sur l’innovation, le numérique, la transition énergétique ou le soutien aux petites et moyennes entreprises. Le fonds social européen cible le soutien à l’emploi, à la mobilité, à la formation, et la lutte contre la pauvreté. Quant au fonds de cohésion, il est destiné aux Etats dont le revenu national brut (RNB) par habitant est inférieur à 90 % de la moyenne de l’Union.

Le 2 avril, par exemple, la Roumaine Corina Cretu, commissaire chargée des fonds régionaux, a confirmé que l’UE venait de débloquer 4 milliards d’euros pour financer 25 importants projets de « cohésion ». Parmi eux, un pipeline de 182 km de long devant relier la Grèce à la Bulgarie, la modernisation des lignes de train entre Prague et Pilsen, en République tchèque. Quelque 84 millions d’euros iront à l’agrandissement d’une université en Thuringe (Allemagne), presque 100 millions d’euros serviront à renforcer la connexion électrique entre le Pélonopèse et la Crète.

Négociations à venir

Toutes les régions de l’UE (elle en totalise 274, comptant de 800 000 à 3 millions d’habitants) peuvent bénéficier de la politique de cohésion. Mais pas dans les mêmes proportions. La priorité a été logiquement donnée aux régions en retard de développement. Sur la période 2014-2020, plus de la moitié du budget (182,2 milliards d’euros) est allée aux régions les moins développées, dont le produit intérieur brut (PIB) est inférieur à 75 % de la moyenne des Etats membres.

Quelque 35 milliards d’euros ont été alloués aux régions en transition, dont le PIB est compris entre 75 % et 90 % de la moyenne communautaire. Les régions les plus développées, affichant un PIB représentant plus de 90 % de la moyenne communautaire, ont reçu 54 milliards d’euros.

Si cette politique a énormément profité aux régions des pays nouvellement arrivés dans l’UE, elle est aujourd’hui remise en cause par certains Etats du Sud ou de l’Ouest. Ils réclament une réorientation des fonds, estimant que le rattrapage est largement effectif à l’est. Ils suggèrent aussi qu’ils soient en partie conditionnés au respect de l’Etat de droit ou à l’accueil des migrants. La négociation des enveloppes pour le budget pluriannuel 2021-2027 a à peine commencé, mais elle promet d’être très rude.

[Société] Pétition : Homéopathie : Non au déremboursement !



Florent Cavaler
Rédacteur de la lettre PureSanté

Homéopathie :
Non au déremboursement !

Pétition

Adressé à Madame la ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn,

 

Madame,

Le 29 septembre dernier, le Conseil scientifique des Académies des sciences européennes a demandé, dans un rapport rendu public, le non-remboursement de l’homéopathie.

Le motif évoqué par le rapport est une prétendue « inefficacité ».

Aujourd’hui, pourtant, un tiers des Français utilisent l’homéopathie dans leur pratique de soin. Contre l’asthme, l’eczéma, une angine, un rhume, des règles douloureuses, mais aussi pour lutter contre des maladies beaucoup plus graves ou handicapantes comme le stress chronique, l’anxiété, les troubles du sommeil ou certains états dépressifs sévères.

Tous font le constat d’une efficacité concrète de l’homéopathie pour se soigner.

La demande de non-remboursement de l’homéopathie est d’autant moins légitime que les conclusions du Conseil scientifique reposent sur une étude australienne profondément biaisée[10] : 

  • Elle a été réalisée à deux reprises, la première, plus favorable à l’homéopathie, n’ayant jamais été publiée!
  • Elle compte seulement 176 études évaluées au lieu de 1800 annoncées.
  • Elle écarte de l’analyse toutes les études comptant moins de 150 participants (soit 171 essais ignorés), sans la moindre raison scientifique.
  • Le Pr Peter Brooks, qui a dirigé l’étude, a « oublié » de déclarer qu’il était membre du groupe de pression anti-homéopathie (Friends of Science in Medicine).
 

Et il y a pire :

Une autre étude française a montré qu’un patient qui consulte un médecin homéopathe coûte… 35 % de moins à l’assurance maladie (consultation et prescription comprises).

35 % moins cher !!! 

C’est dire qu’il faudrait au contraire ENCOURAGER les patients à se soigner avec l’homéopathie !!! 

Ainsi voit-on poindre la vraie raison du déremboursement de l’homéopathie :

Il s’agit de changer radicalement les pratiques de soin des millions de Français qui se soignent aujourd’hui avec l’homéopathie pour qu’ils se tournent vers les pilules des laboratoires pharmaceutiques.

Des médicaments chimiques qui resteront remboursés, eux…

Donner raison à ceux qui veulent dérembourser l’homéopathie, c’est PRIVER INJUSTEMENT des millions de personnes d’une alternative de soin préférable à l’absorption de pilules chimiques aux multiples effets secondaires.

NOUS REFUSONS cette vision qui va à l’encontre de l’intérêt des patients.

NOUS REFUSONS cette menace sur notre liberté thérapeutique !

NOUS REFUSONS qu’une fois de plus, des décisions qui limitent les choix des patients soient prises dans le seul intérêt de l’industrie pharmaceutique et de ses relais.

Et c’est pourquoi nous vous demandons, Madame la Ministre, d’agir avec la plus grande détermination pour faire barrage au déremboursement des traitements homéopathiques.

Je vous prie de croire, Madame la Ministre, à l’expression de ma considération distinguée.

 

 

[Société] GAFA : notre liberté réside dans les données – GenerationLibre


GAFA : notre liberté réside dans les données

Dans une tribune pour Marianne, notre vice-président Edouard Fillias explique que, face aux GAFA, le rôle de l’Etat est de donner de nouveaux droits aux utilisateurs afin de protéger leurs données.

Edouard commence son propos en reconnaissant les bienfaits extraordinaires qu’apportent les GAFA. Ces derniers sont souvent vilipendés mais tout entrepreneur sait ce qu’il doit à ces entreprises et à la révolution numérique. Néanmoins, il admet que les GAFA posent aussi des interrogations car ils ne demandent pas la permission d’entrer dans notre quotidien ou de le transformer en profondeur. A l’heure de l’IA et du nudge, la puissance de ces plateformes interroge notre libre-arbitre.

En outre, constatant que les GAFA ont déjà gagné la partie technologique, Edouard se demande si une régulation est encore possible. Pour les tenants de l’Etat, cette régulation des GAFA est d’abord un enjeu fiscal. Toutefois, une taxation particulière des géants du numérique ne fonctionnera pas car les GAFA, en situation potentielle de monopoles, offrent des services dont on ne peut se passer.

Nous ne pouvons accepter que notre libre-arbitre soit placé sous tutelle d’une influence, qu’elle soit politique, religieuse ou technologique.

Pour ce qui est de la politique de protection des données, le RGPD (Règlement général sur la protection des données) est une législation utile mais présente le défaut de ne pas responsabiliser l’individu et de récompenser dans la compétition ceux qui y échappent, c’est-à-dire les GAFA

Quant aux réflexes libéraux classiques, Edouard estime qu’ils sont limités. Il pense en effet que le projet de réglementation anti-trust de Facebook est à contre-temps. Il souligne également que la politique RGPD ou la CNIL va dans le bon sens mais créée la menace d’une hyper judiciarisation d’internet pouvant entraîner une blocage de l’innovation.

La patrimonialité des données personnelles est une des solutions les plus innovantes car nos datas sont une extension de nous-mêmes et nous devons disposer des droits associés à leur usage en toute conscience.

Edouard prône ainsi de revenir au socle de nos libertés pour inventer l’avenir. C’est « la liberté de conscience et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » qui doivent guider nos pas. De ce fait, la patrimonialité des données personnelles est une des solutions les plus innovantes car nos datas sont une extension de nous-mêmes et nous devons disposer des droits associés à leur usage en toute conscience.

Il faut en effet chercher la construction d’un nouveau rapport entre l’Etat protecteur, et garant de libertés, et l’individu souverain. D’où la pertinence de la patrimonialité des données personnelles, élément de réponse d’inspiration libérale aux enjeux du monde disrupté.


Pour lire la tribune d’Edouard Fillias « Face aux GAFA, nos données sont notre liberté » cliquer ICI.

Pour lire notre rapport « Mes data sont à moi », cliquer ICI.

[Société] Daniel Cueff, le maire breton qui invente le village de l’après-pétrole


Comment vit-on lorsqu’on ne veut pas hypothéquer l’avenir des générations futures ? Dans le village breton de Langouët, un élu fait tout pour en faire un territoire 100 % écologique.

Par Eléa Pommiers (envoyée spéciale à Langouët, Ille-et-Vilaine)

Daniel Cueff, maire du village breton de Langouët, le 17 juin.
Daniel Cueff, maire du village breton de Langouët, le 17 juin. CAMILLE MICHEL POUR « LE MONDE »

La pièce est foisonnante. Sur les murs de bois, des affiches exposent en grand format divers projets dont on trouve les détails dans les piles de livres, schémas, plans d’urbanisme et autres documents administratifs qui jonchent la table de réunion.

Ferme en permaculture, serres photovoltaïques, habitats légers, préservation des terres agricoles, voies piétonnes… A en croire les murs de son bureau, Daniel Cueff ne manque pas d’inspiration pour faire de son village une commune écologique.

Vingt ans que cet homme de 64 ans est à la tête de la mairie de Langouët (Ille-et-Vilaine) et de ses 600 habitants. Il ne lui a pas fallu plus de quelques années pour transformer ce petit territoire rural, situé à 20 kilomètres au nord de Rennes, en laboratoire à ciel ouvert de l’écologie sociale.

« Anticipation de l’avenir »

Ce jour-là, l’édile prépare la présentation de son dernier projet : l’installation d’un panneau solaire destiné à fournir de l’électricité verte à une partie des habitants. Les bâtiments publics de Langouët produisent déjà tous leur électricité. La nouvelle installation photovoltaïque, gérée par une association regroupant la mairie et les futurs consommateurs, sera un nouveau pas vers l’entière autonomie énergétique de ce petit village breton, que le maire souhaite atteindre d’ici à dix ans.

Les bâtiments publics de Langouët produisent déjà toute leur électricité.
Les bâtiments publics de Langouët produisent déjà toute leur électricité. CAMILLE MICHEL POUR « LE MONDE »

« C’est une anticipation de l’avenir », explique Daniel Cueff, estimant nécessaire de produire localement ce qui est consommé localement. « L’autonomie n’est pas une politique d’autarcie, insiste cependant le maire. Nous devons juste prendre notre part aux évolutions d’un monde dont les modes de consommation et de production ne pourront pas durer. »

Lui se dit convaincu que les solutions environnementales ne peuvent venir que des territoires, dont chacun aura à « s’adapter différemment », en fonction de ses caractéristiques propres, à un changement climatique qu’il juge « inéluctable ».

« Le climat nous imposera des changements, mais nous ne devons pas seulement avoir une politique de réaction, précise-t-il. Je souhaite que l’urgence climatique nous permette aussi de trouver des solutions au mieux vivre-ensemble. »

Daniel Cueff dans son jardin en permaculture.
Daniel Cueff dans son jardin en permaculture. CAMILLE MICHEL POUR « LE MONDE »

Convaincre par l’expérience

La politique ne fait pourtant pas partie de l’horizon de Daniel Cueff lorsqu’il s’installe à Langouët « un peu par hasard » en 1990. Un « concours de circonstances » le porte à la tête de la mairie en 1999, à la faveur d’une élection partielle. Cet écologiste convaincu – mais non encarté –, qui a fait ses armes contre le projet de centrale nucléaire à Plogoff (Finistère) à la fin des années 1970, arrive en terrain miné. Il raconte :

« Langouët était un territoire résistant au développement durable. Elle a été la première commune remembrée en 1984 ; l’agriculture laitière intensive est née ici, très peu de gens étaient sensibles à l’écologie. »

Lire la tribune de Noël Mamère : « L’écologie “identitaire”, conçue comme seule réponse, est un rêve irresponsable »

Pour contourner les résistances locales, il choisit de faire beaucoup, et de parler peu. Il faut avant tout montrer que les solutions écologiques sont applicables et crédibles, convaincre par l’expérience. 

Premiers panneaux solaires installés sur des bâtiments publics en Bretagne en 2003

Sans grand discours ni communiqué de presse, il interdit dès 1999 l’usage des produits phytosanitaires pour l’entretien des espaces communaux, dix-huit ans avant que la loi l’interdise dans toute la France. Sous sa houlette, la mairie lance, en 2003, la rénovation de l’école, reconstruite en pierre et en bois, munie d’un système de récupération des eaux de pluie, et premier bâtiment public de Bretagne à être équipé de panneaux solaires. En 2004, avant le Grenelle de l’environnement, il fait voter le passage à une cantine 100 % bio.

« Les élèves [quatre-vingt à Langouët] connaissent bien tous ces dispositifs et pratiquent très tôt le développement durable », explique Sylvain Fouré, directeur de l’école. « Grâce au travail de la mairie, la plupart des enfants font du compost chez eux, et presque 6 % des familles tentent de fonctionner en zéro déchet. »

La micro ferme, qui doit s’agrandir sur tout le terrain.
La micro ferme, qui doit s’agrandir sur tout le terrain. CAMILLE MICHEL POUR « LE MONDE »

« Précurseur de l’écologie sociale »

C’est également sous l’impulsion de Daniel Cueff qu’est construit à Langouët le premier écolotissement de Bretagne en 2005, suivi d’un deuxième en 2010. Tous les logements y sont chauffés au poêle à granulés et équipés de panneaux solaires pour chauffer l’eau. « Ce sont des maisons d’environ 100 mètres carrés que les habitants chauffent pour 160 euros par an », ajoute Daniel Cueff en désignant les constructions de bois aux volets colorés situées au nord du village.

Ce sont aussi des logements en accession sociale à la propriété ou des HLM. Le maire et son équipe ont fait du village « un précurseur de l’écologie sociale », estime Mikael Laurent, coordinateur de Bruded, un réseau d’échanges d’expériences en urbanisme durable entre collectivités de la région, dont Langouët est un moteur.

Lire : Climat : « Le chaos n’est pas une fatalité, mais son évitement suppose un changement radical »

Daniel Cueff veut désormais aller plus loin, et impulser une politique à impact positif sur l’environnement. Les maisons des prochains éco-hameaux produiront plus d’énergie qu’elles n’en consommeront, leurs matériaux de construction biosourcés et réutilisables absorberont le CO2, et elles seront dotées de potagers en permaculture pour « réapprendre à travailler la terre » et « restaurer le lien entre production et consommation ».

Les écolotissement de Langouët, le 17 juin.
Les écolotissement de Langouët, le 17 juin. CAMILLE MICHEL POUR « LE MONDE »

Des obstacles encore insurmontables

Les habitants ne sont pas tenus éloignés de ces décisions, mais le maire ne leur laisse pas le choix quant au cadre 100 % écologique de sa politique. A Langouët, la démocratie n’est pas « participative », mais plutôt « collaborative », explique M. Cueff :

« L’équipe municipale fixe le cadre. Par exemple, construire un écoquartier à impact positif pour l’environnement ; il est aussi accessible aux moins aisés. Une fois ce cadre fixé, rien n’est directif, les habitants peuvent travailler avec les experts pour trouver les meilleures solutions de réalisation. »

« Daniel Cueff, c’est une main de velours dans un gant de fer », résume Mikael Laurent. A en croire les résultats électoraux du maire, réélu au premier tour en 2008 (68 % des voix) et en 2014 (78 % des voix), le système semble convaincre.

Cette politique écologique se heurte néanmoins à des obstacles qui rappellent, en creux, que Langouët ne peut pas tout inventer seul. Avec 90 % des habitants travaillant sur le bassin rennais, le village ne réussit pas à se passer des voitures ; et la mise à disposition d’une voiture électrique en autopartage ou encore le service intercommunal de location de vélos électriques n’y suffisent pas. « La mobilité reste un point noir », concède Daniel Cueff.

Lire : Elections européennes 2019 : « Les Verts doivent devenir des concurrents crédibles dans la conquête du pouvoir national »
Des affiches soutenant l’arrêté de Daniel Cueff, qui interdit l’usage des pesticides à moins de 150 mètres des habitations.
Des affiches soutenant l’arrêté de Daniel Cueff, qui interdit l’usage des pesticides à moins de 150 mètres des habitations. CAMILLE MICHEL POUR « LE MONDE »

L’agriculture chimique, toujours pratiquée par la plupart des agriculteurs du village, en est un autre. Fin mai, le maire a pris un arrêté interdisant l’usage des pesticides à moins de 150 mètres des habitations pour « forcer la transition », mais la préfecture lui intime de le retirer, au motif qu’il s’agit d’une compétence relevant du ministère de l’agriculture.

Reste qu’en vingt ans, la conviction écologique de Daniel Cueff a infusé à Langouët : les Verts de Yannick Jadot ont réuni 30 % des voix aux européennes du 26 mai, l’un de leurs meilleurs scores de Bretagne.

« Le Monde » organise dans le cadre du Monde Festival une rencontre sur le thème « Comment vivre dans un monde effondré ? », avec Jean Hegland, Corinne Morel Darleux et Pablo Servigne, animée par Audrey Garric. La conférence se tiendra dimanche 6 octobre 2019 de 15 h 30 à 17 heures, à l’Opéra Bastille (amphithéâtre).

Merci à Anh G. pour le suivi 😀


[Société] Fin du dessin de presse au “New York Times” : la colère de caricaturistes du monde entier


Dessin de Pierre Kroll, Belgique. Ce dessinateur et caricaturiste, né en 1958 au Congo belge, est une personnalité incontournable dans son pays, où il intervient aussi bien dans la presse (Le Soir, Ciné Télé Revue) qu’à la télévision (entre autres, il dessine en direct dans l’émission politique À votre avis) et à la radio.

“Les fous du roi sont en train de perdre la bataille”

“Il existe deux modes d’expression inhérents à tous les enfants du monde entier et qui constituent, une fois adultes, des autoroutes vers notre inconscient : le chant et le dessin. Les frères Kouachi – qui avaient raté leur enfance – ont massacré cinq de mes collègues [de Charlie Hebdo] le 7 janvier 2015, car ils n’acceptaient pas le fait que le dessin soit naturel et la religion culturelle – et non l’inverse.” Pour le dessinateur et éditorialiste belge Nicolas Vadot, c’est de son rapport à l’enfance” que le dessin politique tire à la fois toute sa force et sa fragilité, “surtout dans un monde dominé par la culture de cour de récréation que sont les réseaux sociaux (Moi, j’ai plus d’amis que toi, euh ! Nananère-eu !)”. Dans les colonnes du quotidien belge L’Écho, il se livre à un vibrant plaidoyer en faveur de son métier : “Nos petits dessins sont là pour dénoncer le cynisme propre au monde adulte. Or, les dirigeants politiques actuels, de l’Italie au Royaume-Uni, en passant par la Hongrie, le Brésil et les États-Unis, rivalisent à la fois de cynisme et d’incompétence, l’un tentant de masquer l’autre. […] Je suis un caricaturiste qui fait parfois de la politique. La génération des leaders populistes actuellement en vogue fait exactement l’inverse. Les fous du roi sont en train de perdre la bataille contre les rois des fous. Et c’est très inquiétant.”

  • Nicolas Vadot, Belgique – Né en 1971 et installé à Bruxelles, ce Franco-Britannico-Australien est depuis 2008 le dessinateur attitré de L’Écho, un quotidien financier belge. Il collabore également avec l’hebdomadaire Le Vif/L’Express. Il a publié plusieurs recueils de ses dessins, ainsi que des bandes dessinées.

“Oyez, dessinateurs ! Nous, les gardiens de notre chère civilisation au New York Times, estimons que votre humour irrévérencieux et vos gribouillis enfantins sont indignes de nos pages prestigieuses… Nos fragiles épines dorsales et nos yeux délicats ne sauraient souffrir plus longtemps vos éprouvantes satires. Aussi avons-nous décidé de supprimer tous les dessins sans plus attendre. Vous savez désormais à quoi vous en tenir.” Le dessinateur :  “On a compris…” Sur les pots : “Arrogance”, “Lâcheté”. Sur les étiquettes : huées, sifflets. Dessin de KAL, États-Unis.
  • KAL, États-Unis – Une star du dessin politique. Kevin Kallaugher de son vrai nom, né en 1955, est  le caricaturiste attitré de The Economist, une référence de la presse anglo-saxonne. Il travaille aussi pour The Baltimore Sun.

“Il n’y a pas de presse libre sans caricatures”

“Alors que plusieurs de mes collègues, à l’étranger, ont été emprisonnés par des autocrates à cause de leur travail, les dessinateurs de presse américains restent protégés par le premier amendement de tout gouvernement qui voudrait faire taire des vérités inconfortables. Malheureusement, cela ne les protège pas des publications qui ne comprennent pas l’importance historique des dessins politiques et le rôle essentiel qu’ils jouent dans une presse libre”, écrit Ann Telnaes dans le Washington Post. Parce qu’elles font rire ou sourire, on ne prend pas les caricatures au sérieux, “alors qu’elles sont beaucoup plus qu’une simple vignette humoristique”, insiste la dessinatrice : “Des dessinateurs ont été menacés, emprisonnés et même tués parce qu’ils avaient critiqué des gens ou des institutions puissantes. Daumier, Gillray, Nast, Herblock, Mauldin, Conrad et Oliphant [illustres dessinateurs français et anglo-saxons, du XVIIIe siècle à aujourd’hui] ont tous créé des visuels puissants qui ont contribué au débat politique de leur temps.”

  • Ann Telnaes, États-Unis – Récipiendaire d’un prix Pulitzer du dessin de presse, cette Suédoise d’origine, née en 1960, est la preuve vivante que la profession se féminise peu à peu. Elle collabore entre autres avec le Washington Post.

Au dessus de l’entrée : Musée d’Histoire. Sur les ruines : Piliers de la démocatie. Sous la vitrine : Dessinateurs de presse. Dans la bulle : “Malheureusement, ils se sont tous éteints vers 2019.” Dessin de Dave Whamond, Canada.
  • Dave Whamond, Canada – Ses dessins paraissent dans The Wall Street Journal, Sports Illustrated, MacLeans ou encore Reader’s Digest. Il est aussi illustrateur de livres pour enfants.

“C’est parfois le rôle d’un dessin de choquer”

Pour le Néerlandais Tjeerd Royaards, l’un des rôles de la presse est de nourrir et d’informer le débat public. En renonçant à publier des dessins politiques après la polémique suscitée par une caricature en particulier, The New York Times faillit à cette mission et prend “une décision effrayante et peu avisée”, déplore-t-il sur le site Cartoon Movement, une plateforme de promotion du dessin de presse dont il est le rédacteur en chef. “Pourquoi autant de gens sont-ils choqués [par le dessin d’António Moreira Antunes] ? Quelles sont les limites à poser quand on critique Israël ? Quels sont les symboles que nous pouvons utiliser, jusqu’où pouvons-nous aller dans la caricature d’un homme politique israélien ? Toutes ces questions sont parfaitement pertinentes et pourraient donner lieu à un débat dont les fruits seraient de meilleurs dessins, plus percutants, et peut-être moins inutilement choquants (même si, parfois, c’est le rôle d’un dessin de choquer).” Il poursuit : “Les médias devraient avoir le courage de proposer un espace ouvert à l’expression d’une large gamme d’opinions. Il y a aura sans doute des erreurs, et parfois une opinion discutable instrumentalisera cette tribune. Si cela arrive, il faudra le dénoncer haut et fort, en débattre et en tirer les leçons. Cette éventualité ne doit pas être une excuse pour réduire au silence toutes les opinions.”

  • Tjeerd Royaards, Pays-Bas – Publié notamment par The Guardian, Der Spiegel, Le Monde, Ouest-France et Politico Europe, il est aussi le rédacteur en chef de Cartoon Movement, un site de dessins de presse et de journalisme graphique. Il est également membre du conseil de Cartoonists Rights Network International, une organisation américaine à but non lucratif qui défend les droits et la liberté des dessinateurs de presse.

Comment faire taire les dessinateurs de presse (guide pour les puissants, les lâches et les gens sans humour). De gauche à droite : La méthode Al-Qaida (barbare + fouillis) – La méthode despotique (fonctionne en Turquie) – La méthode grandes entreprises (épidémique aux ÉtatsUnis). “Je suis sorry” “OK, OK, plus de dessins de presse !” “Vous fâchez pas !” “Achetez nos espaces publicitaires, SVP !” Dessin de Joel Pett, États-Unis.
  • Joel Pett, États-Unis – Depuis 1984, il est le dessinateur attitré du Lexington Herald-Leader,  un quotidien du Kentucky. Lauréat du prix Pulitzer du dessin de presse.

“Nous ne pouvons travailler sans filet”

Ce qui, entre autres choses, choque l’Israélien Michel Kichka dans la polémique autour du dessin d’António Moreira Antunes, c’est la façon dont le New York Times “s’est désolidarisé du dessinateur qu’il avait publié la veille dans ses pages d’opinion”. Il y voit “une régression très inquiétante”. Il affirme ainsi sur son site Internet : “Le dessin de presse est irrévérencieux, provocateur, culotté, effronté par nature. C’est en tout cas ce que le lecteur attend de lui car il aime être bousculé dans ses certitudes et son relatif espace de confort. Il est quelque part l’électron libre de la presse, son enfant terrible. C’est le dessinateur qui délimite ses propres lignes rouges, selon sa capacité à s’exprimer, son sens des responsabilités et son courage. Mais pas seulement. La confiance et le soutien que lui assure son organe de presse sont primordiaux. Le cartooniste est un équilibriste qui ne peut pas travailler sans filet.”

  • Michel Kichka, Israël – Né en Belgique, établi en Israël, ce caricaturiste, illustrateur et bédéiste collabore comme dessinateur éditorialiste avec plusieurs chaînes de télévision israéliennes et françaises. Aujourd’hui âgé de 64 ans, il enseigne également aux École des beaux-arts de Jérusalem.

“On ne peut pas se permettre de perdre une contribution aussi essentielle au dialogue dans le monde ! – Bien dit.” Dessin de Liza Donnelly, États-Unis.
  • Liza Donnelly, États-Unis – Cette New-Yorkaise travaille entre autres pour la prestigieuse revue The New Yorker et CBS News. Elle est également rédactrice, conférencière et commissaire d’exposition.

“Un triste jour pour ceux qui se fichent de l’opinion des puissants”

“J’ai le sentiment que les rédacteurs en chef et les décideurs se laissent trop facilement déborder par le nombre et le volume sonore des voix qui s’élèvent sur les réseaux sociaux – alors que la plupart d’entre elles restent anonymes”, écrit Brian Adcock dans The Independent. “Faire du dessin politique n’a jamais été le moyen le plus facile, ni le plus confortable, de gagner sa vie et la plupart des dessinateurs sont conscients des défis qu’implique cette profession inhabituelle. Mais quand un dessinateur n’a plus droit de cité à cause d’un positionnement éditorial timoré ou simplement d’un manque de compréhension du pouvoir et de l’importance de cette forme artistique, c’est un triste jour pour tous ceux qui se fichent éperdument de l’opinion des puissants. Dans ce monde politique de plus en plus fou qui est le nôtre, tout ce qui informe, divertit et nous fait parfois rire est plus nécessaire que jamais.”

  • Brian Adcock, Angleterre – Né en 1967, ce dessinateur et illustrateur travaille régulièrement pour le quotidien britannique The Independent. Il collabore aussi ponctuellement avec d’autres titres, comme The Guardian.

Dessin de Maarten Wolterink, Pays-Bas.
  • Maarten Wolterink, Pays-Bas“N’ayez pas peur de rire, riez de vos peurs” est son mantra. Né en 1964, il travaille en indépendant pour plusieurs journaux néerlandais et pour le site Cartoon Movement.