[Brèves] allez on bouge – aux quat’ Sardines

Les confinements successifs ont curieusement donné envie de se dégourdir les jambes… Puisque le pays basque ne pourra figurer cette année encore au festival Si la mer monte de l’île Tudy mais qu’il nous est donné malgré tout d’exposer à la maison de la Pointe, un peu de Fandango bolero et ballet russe nous consolent… “Et si on dansait” … en voilà un thème de sortie d’isolement et de distanciation.

danseurs-basques

Avec ses danses locales rythmées par le ttun ttun tambourin et le Txistu flûte à trois trous, le pays basque parait être en perpétuel mouvement, peut-être à l’écoute de l’océan et du grondement des vagues. Par ailleurs le terreau pyrénéen façonne inspire héberge plus d’un compositeur: parmi les grands, Maurice Ravel originaire de Ciboure, Igor Stravinski en résidence dans les années vingt, tout  en laissant le champ libre aux chorégraphes et interprètes comme Diaguilev un temps accueilli par Coco Chanel. De nos jours les soeurs  Labèque pianistes, le Malandain ballet Biarritz font la part belle à la création contemporaine.

petrouchka stravinski

Petrouchka la ballerine et le maure

Musique de Stravinski, ballet russe de Diaguilev, Nijinski incarne le personnage du triste Petrouchka. La transcription pour piano des trois mouvements de Petrouchka a été écrite à la maison “la chambre d’amour” en 1921 à Anglet pour le pianiste polonais Arthur Rubinstein.

Maurice Ravel composa en 1928 le Boléro pour Ida Rubinstein née à Saint-Petersbourg.Danseuse des ballets russes, mécène, commanditrice d’oeuvres et bienfaitrice, cette femme de coeur parcourut le XXe siècle pour l’amour de la danse.

bolero danse

découpes papier format 50X70 en exposition à la maison de la Pointe, Ile-Tudy du 20 au 26 mai 2021




[Brèves] Cochons comme copains !

https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/cochons-comme-copains-20210515_T4IKXVG64BHLRJKVPCGOD27MQQ/?redirected=1


Après les révélations récentes de L214 dans un abattoir de Bretagne, un collectif de spécialistes des animaux rappelle que les cochons sont sociables, intelligents, joueurs, parfaitement propres et capables d’empathie.

Des études ont démontré que les cochons sont capables de représentations abstraites. (Damien Meyer/AFP)

Après les révélations récentes de L214 dans un abattoir de Bretagne, un collectif de spécialistes des animaux rappelle que les cochons sont sociables, intelligents, joueurs, parfaitement propres et capables d’empathie.

La semaine dernière, L214 a révélé des images insoutenables tournées dans un abattoir de truies en Bretagne. En quelques années, cette association a diffusé une vingtaine d’enquêtes sur la filière porcine en France, certaines ont été tournées dans des abattoirs (Limoges, Houdan, Pézenas…) et d’autres en élevages intensifs (Barrais-Bussolles, Finistère…) ; elles montrent l’effroyable sort réservé aux cochons par le complexe agroalimentaire : castration à vif des porcelets, meulage des dents, coupe de queue, chocs électriques, etc.

La viande de porc est la première viande consommée en France. Chaque année, près de 25 millions de cochons sont tués dans les abattoirs.

Tout le monde croit connaître les cochons ; cependant très souvent, il s’agit d’idées reçues, de préjugés, produits d’une ignorance millénaire. Il est grand temps de parler sérieusement de ces animaux proches des sangliers finalement méconnus et qui, pourtant, sont au cœur de notre alimentation.

Nous, spécialistes des animaux (vétérinaires, éthologues, biologistes), prenant appui sur des études scientifiques convergentes, nous affirmons que les cochons sont des animaux sociables, intelligents, joueurs, parfaitement propres et capables d’empathie.

Représentations abstraites

En liberté, les cochons vivent en petits groupes, qui peuvent comprendre entre 20 et 30 individus. La truie, avant de mettre bas, cherche un endroit qui lui convient et qu’elle aménage en nid douillet avec des brindilles, feuilles, pailles… Chaque porcelet choisit une mamelle pour téter, la même jusqu’à son sevrage.

Lors des études réalisées par l’éthologue Stanley Curtis, de l’Université de l’Etat de Pennsylvanie, il a été démontré que les cochons sont capables de représentations abstraites. Ils peuvent ainsi jouer à certains jeux vidéo avec une manette ! Les cochons Hamlet et Omelette, observés par Stanley Curtis, se sont complètement pris au jeu, jusqu’à s’adapter aux changements de règles. Curtis a aussi appris à des cochons à rapporter divers objets, comme des pantoufles ou un frisbee. Ces animaux apprécient particulièrement de jouer avec un ballon de football.

Test du miroir

Suzanne Held, zoologiste spécialisée en cognition et comportement des animaux dits d’élevage à l’Université de Bristol, a démontré que les cochons ont une excellente mémoire. Ils se souviennent ainsi parfaitement des cachettes dans lesquelles ils ont placé tel ou tel aliment.

Par ailleurs, le professeur Donald Broom, de l’Université de Cambridge, a démontré que les cochons réussissent le fameux test du miroir, avec quelques autres animaux comme les dauphins, les éléphants et les chimpanzés. Les cochons comprennent que le miroir n’est pas une fenêtre, mais qu’ils peuvent y voir leur reflet.

Très souvent, on associe les cochons à la malpropreté ; les cochons seraient «naturellement» sales. C’est une idée reçue, tirée d’une mauvaise compréhension de leurs comportements. En réalité, les cochons se roulent dans la boue (bain de boue) pour protéger leur peau des coups de soleil ou des puces. Au quotidien, les cochons sont très propres : ils font leurs besoins au même endroit et jamais là où ils mangent ou dorment.

Besoins physiologiques

Les cas de cochons qui ont des comportements empathiques sont loin d’être des exceptions ! Citons quelques exemples.

En 1984, au Texas, Priscilla, une jeune truie, sauve de la noyade un enfant en le ramenant sur la rive ! En 1993, à Houston, un suspect poursuivi par la police a eu la mauvaise idée de se cacher dans l’enclos de Mona, une truie. Elle lui a mordu la jambe et l’a retenu. Les policiers sont arrivés à ce moment-là et ont arrêté le suspect ! En 1998, à Charleston, c’est la truie Tunia qui a expulsé un intrus du jardin de la maison où elle vivait. En 1999, lors d’un incendie dans la ferme où il vivait, Spammy, un jeune cochon de 2 ans, n’a cessé de crier jusqu’à ce que les pompiers le retrouvent couvert de suie et de brûlures. Spammy avait utilisé son derrière pour percer un trou dans l’un des murs du hangar en feu et sauver ainsi son meilleur ami, Spot, un veau. Les fermiers et les habitants du village ont été si émus par cette histoire qu’ils ont refusé d’envoyer à l’abattoir les deux meilleurs amis.

La proximité des cochons avec les chiens ne fait aucun doute. Pourtant, dans les sociétés occidentales, les cochons n’ont pas la même place que les chiens. Ils n’ont pas cette chance… Nous les avons placés dans la case des animaux destinés à nous nourrir et ils en paient le prix fort. En élevage, leur vie est misérable. Leurs comportements anormaux révèlent que leurs besoins physiologiques ne peuvent être respectés (morsures de la queue et des oreilles, stéréotypies chez les truies, etc.).

L’exemple des cochons doit nous faire réfléchir : est-il vraiment possible de permettre, dans les élevages, aux animaux d’exprimer leur comportement aussi riche et complexe ?

Signataires : Pascale Aimée Schott, vétérinaire – Monique Bourdin, vétérinaire comportementaliste et chargée de cours et de consultations à l’école vétérinaire d’Alfort et de Lyon – Georges Chapouthier, neurobiologiste et philosophe – Véronique Charvat, vétérinaire – Sophie Dol, vétérinaire – Philippe Devienne, vétérinaire et philosophe – Claire Hurlet, vétérinaire – Pierre Jouventin, éthologue, ancien directeur de recherche au CNRS – Laure Moro, vétérinaire – Joël Minet, biologiste, professeur au Museum national d’histoire naturelle – Cédric Sueur, éthologue, maître de conférences, Université de Strasbourg – Isabelle Vieira, vétérinaire comportementalisme et présidente du Seevad.


[Brèves] Des militaires américains ont révélé des secrets nucléaires en révisant en ligne


Levée des couleurs sur la base militaire américaine d’Aviano (Frioul-Vénétie Julienne), en Italie, en avril 2014. Des soldats américains de cette base ont par inadvertance révélé des informations secrètes concernant des installations nucléaires en utilisant des outils de mémorisation en ligne. PHOTO / BOGDAN CRISTEL / REUTERS

Des informations ultrasensibles telles que “la position des caméras de surveillance, la fréquence des patrouilles […] et les mots de passe à utiliser en cas de menace contre un garde” sur des bases militaires américaines abritant des missiles nucléaires en Europe : c’est ce que le site d’investigation Bellingcat a révélé avoir trouvé en faisant de simples recherches sur Google.

Foeke Postma, l’auteur de cette enquête parue vendredi 28 mai, le précise : la présence de ces missiles sur le continent européen est loin d’être une découverte. De nombreuses “fuites de documents, des images et des déclarations d’anciens responsables” en ont attesté ces dernières années. En revanche, “leurs emplacements exacts restent officiellement un secret, les autorités [des pays concernés] ne confirmant ni ne niant leur présence”, souligne Postma.

Or Bellingcat a pu corroborer cette présence grâce à des informations divulguées en ligne par inadvertance par “des militaires [américains] stationnés dans chacune des six bases européennes réputées abriter des armes nucléaires”.

Comme l’explique Postma, il a suffi de taper dans Google certains mots-clés relatifs à ces dispositifs (tels que “PAS”, l’acronyme anglais qui désigne des hangars à avions ou WS3, le nom donné aux systèmes de sécurisation des armements) et de les associer à un nom de base pour atterrir sur des sites et applications tels que Chegg, Quizlet, ou encore Carm.

Protocoles à apprendre par cœur

S’adressant d’abord aux étudiants, ces outils proposent notamment des cartes de mémorisation. Destinées à aider à se réciter un cours, elles permettent d’enregistrer des questions et les réponses afférentes. Contraints d’apprendre par cœur un nombre important d’acronymes et de protocoles, les militaires américains se sont manifestement aidés de ces outils pour mémoriser des informations secrètes.

Postma donne l’exemple de la base néerlandaise de Volkel-Uden. Comme il le raconte, “un ensemble de 70 cartes intitulé ‘Révise !’ sur Chegg” permettait de connaître l’emplacement exact des missiles sur cette base.

Des informations en ligne depuis 2013

L’auteur précise que toutes les informations compromettantes ont été retirées avant la publication de l’article, lorsque le site a contacté le commandement militaire de l’OTAN et les responsables des bases concernées afin de recueillir leur réaction.

Les informations trouvées par Bellingcat étaient pour certaines en ligne depuis 2013. Les plus récentes dataient d’avril dernier.


Ce site d’investigation lancé en 2014 par un blogueur amateur britannique a révélé de nombreux scoops grâce à la technique de Renseignement d’origine source ouverte (“Open source intelligence”, ou OSINT). Il est composé d’une douzaine de journalistes épaulés par des bénévoles. Certains de ses articles sont traduits en français.


[Brèves] En Wallonie, un petit village en lutte contre le géant de la frite

https://www.liberation.fr/international/europe/en-wallonie-un-petit-village-en-lutte-contre-le-geant-de-la-frite-20210516_52CZIWA47VFLHGLFUT7TITCMA4/?redirected=1&xtor=EREC-55-%5BRecap_hebdo_22-05-2021%5D-&actId=ebwp0YMB8s1_OGEGSsDRkNUcvuQDVN7a57ET3fWtrS9G8bCGvjjyED2whMrUwU_d&actCampaignType=CAMPAIGN_MAIL&actSource=509355

L’entreprise Clarebout, spécialisée dans la frite surgelée, réalise environ 300 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel. (Dirk Waem/Belga via AFP)

Depuis deux ans, les citoyens de la commune belge de Frameries militent pour éviter l’implantation d’une usine Clarebout. Une entreprise déjà présente à Comines-Warneton, où elle rend la vie impossible aux riverains.

C’est l’histoire de citoyens et citoyennes belges qui se rebellent contre l’une des plus grandes fiertés de leur pays, la frite. Pas celles qu’on trouve dans les friteries artisanales, rendues si savoureuses par la fameuse double cuisson, mais celles produites par le numéro 1 européen de la transformation de pommes de terre, Clarebout Potatoes : une frite surgelée qui, avec ses compères (purée, croquettes, chips), permet à l’entreprise de réaliser environ 300 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel.

En 2019, dans les rues de la petite commune wallonne de Frameries, de grandes affiches annoncent la venue prochaine d’une usine Clarebout et la création de 300 emplois dans la province du Hainaut, un territoire qui en aurait bien besoin (15 communes dépassent de 20 % le taux de chômage moyen de la région wallonne).

«Nous avons tous été un peu surpris car nous n’étions au courant de rien, se souvient Florence Defourny, une habitante. L’objectif est de construire une immense usine sur un terrain de 16 hectares classé pour le moment “zone industrielle”, avec notamment six cheminées de 80 mètres.» Sauf que juste à côté de ce terrain, existent déjà une dizaine de maisons. Le centre-ville de Frameries se trouve à peine un kilomètre plus loin.

Des habitants de Frameries ont planté, le 18 avril, des pommes de terre locales sur un terrain convoité par l’entreprise Clarebout. (Nicolas Maeterlinck/Belga via AFP)

«On vit un véritable enfer»

100 km plus au nord, dans la commune de Comines-Warneton, frontalière avec la France, Clarebout possède déjà une usine. Celle-ci brasse chaque jour des millions de patates pour les transformer en produits surgelés, et rend la vie impossible aux riverains.

Denis Viaene, habitant de la petite commune française de Deûlémont, vit depuis maintenant treize ans à moins de 500 mètres de l’usine. «Clarebout est arrivé en 2007. Pendant quatre ans nous n’avons subi aucune nuisance, raconte-t-il. Mais depuis 2011, on vit un véritable enfer.» «Nous subissons des odeurs de frites pourries et un vacarme incessant des machines et des centaines de camions qui passent chaque jour», explique Elisabeth Dumoulin, présidente de l’association locale de défense de l’environnement.

Mais ce n’est pas tout. «Régulièrement, on retrouve des traces de graisses sur nos maisons, ajoute Jean (1), habitant de Comines-Warneton. On s’est aussi rendu compte que l’usine déversait des liquides rouges, marrons et mousseux non filtrés dans la Lys, la rivière qui longe l’usine.»

Clarebout nie presque tout en bloc. «Les odeurs sont un phénomène assez rare», assure Raphaël Tassart, porte-parole de l’entreprise. La graisse ne vient pas de chez nous et les rejets sont dus à des dysfonctionnements que nous avons depuis réglés.» Un avis que ne partage pas la bourgmestre de Comines-Warneton, Alice Leeuwerck : «Clarebout n’a quasiment reçu aucune amende malgré tout le mal qu’elle fait autour d’elle. Tout ce que je souhaite à Frameries, c’est que le projet d’usine là-bas ne voit jamais le jour.»

Ces retours d’expérience ont poussé les citoyens framerisois à se mobiliser. Leur objectif : modifier le plan de secteur pour transformer le terrain en zone de développement économique mixte, et ainsi rendre impossible l’implantation de Clarebout. Toutes les communes environnantes et la grande majorité des députés wallons ont rejoint le combat.

«Au début, la commune était plutôt en faveur de ce projet pour les emplois qu’il allait créer, explique Jean-Marc Dupont, bourgmestre de Frameries. Mais très vite nos citoyens nous ont fait comprendre à quel point ce projet était absurde. Désormais, nous souhaitons que ce terrain accueille des PME ou des artisans qui pourraient créer plus d’emplois que Clarebout.»

Un autre modèle agricole

Sauf que pour arriver à leur fin, les opposants auront besoin de l’accord du ministre wallon de l’Economie et de l’Aménagement du territoire, Willy Borsus, qui évite pour le moment de se positionner. Le poids économique de Clarebout, que la région wallonne subventionne d’ailleurs à coups de millions d’euros, n’y est sans doute pas étranger. «On sait que rien n’est gagné, car l’industrie de la patate surgelée pèse fort», souligne Florence Defourny. La Belgique est le premier exportateur mondial de produits surgelés à base de pommes de terre.

«Mais nous avons bon espoir, ajoute-t-elle. De plus, si nous obtenons gain de cause, notre combat ne s’arrêtera pas là.» Car pour les Framerisois, pas question de refiler la patate chaude à leurs voisins. «Notre message c’est “Clarebout, ni à Frameries ni ailleurs !” dit une autre habitante, Cécile Bouillon. Ce modèle industriel détériore nos terres et continue d’exploiter ouvriers et agriculteurs.»

Très dépendant en pesticides (17,6 kilos de substance active par hectare) et en engrais (255 kilos /ha), ce modèle productiviste est critiqué par de nombreux producteurs à cause de contrats jugés inégaux, qui font peser sur eux l’essentiel des risques.

Pour les ouvriers, la sécurité est également à revoir : entre 2015 et 2019, l’Agence fédérale des risques professionnels a recensé 2 841 accidents dans le secteur de la frite surgelée, dont deux morts chez Clarebout, soit près de 11 % du total des incidents recensés dans l’industrie agroalimentaire belge. «Nous ne voulons plus de ça, conclut Florence Defourny. Nous voulons que le monde entier sache que nous nous battons pour que nos frites retrouvent tout leur goût et leur vertu d’avant.»

(1) Le prénom a été modifié.


[Société] Tchad : à Komé, «où est passé le magot du pétrole ?»


Dans une station de pompage du pétrole à Komé, dans le sud du Tchad. (Gail Fisher/Los Angeles Times / Getty Images)

Dix-huit ans après le début de l’exploitation de l’or noir, le rêve s’est dissipé. A l’échelle du pays comme dans la région productrice, les retombées n’ont jamais été à la hauteur des attentes, malgré les garde-fous des institutions internationales.

La terre de Komé est piquée de centaines de tuyaux blancs. C’est ici que l’exploitation du pétrole a commencé au Tchad, en 2003. L’usine géante d’Esso aspire aujourd’hui le sous-sol du bassin de Doba, dans le sud du pays, à travers un vaste réseau de pompes, de valves, de vannes, de tableaux électriques, de raccords, d’oléoducs souterrains, commandés à distance depuis une centrale grillagée et interdite d’accès. Ses hautes formes verticales, dans le paysage plat de la savane, sont visibles à plusieurs kilomètres à la ronde. Encore davantage la nuit, quand la flamme de la torchère, qui brûle les rejets de gaz fossile, illumine les ténèbres. Elle flambe en continu depuis dix-huit ans.

«On pensait que le pétrole allait être la solution à tous nos problèmes, se remémore Mahamat Ahmat Alhabo, ministre des Finances à la fin des années 90, passé depuis dans l’opposition. Je me souviens d’une réunion, aux Etats-Unis, avec tout le gratin de l’industrie pétrolière, la Banque mondiale, les bailleurs. On me tapait dans le dos en disant : “Félicitations, vous allez avoir tellement d’argent que vous n’allez pas savoir comment le dépenser !”» Il reçoit aujourd’hui les visiteurs sur la terrasse fleurie de la maison familiale, à N’Djamena, à 500 kilomètres de Komé. «Où est passé le magot ? On a reçu des sommes inimaginables, surtout quand le prix du baril a grimpé, au début des années 2010. Mais le trésor a été dilapidé et détourné massivement.»

Fonds «siphonné»

L’histoire du pétrole tchadien est celle d’une désillusion. En 2019, le pays pointait à la 187e place sur 189 au classement de l’indice du développement humain calculé par les Nations unies. Près de la moitié de la population vit avec moins de deux dollars par jour. Les habitants de la région productrice sont les plus amers. «Quand on me parle du pétrole, j’ai la gorge qui se noue», mime une dame dont la maison jouxte l’enceinte sécurisée du camp d’Esso. Vendeuse ambulante installée «sur la route de la Centrafrique», elle était rentrée pleine d’espoir dans son village à l’annonce du démarrage de l’exploitation. «De l’argent, honnêtement, il y en a eu. La compagnie payait des compensations aux paysans pour les champs qu’elle accaparait. Des pauvres cultivateurs analphabètes recevaient subitement des millions de francs CFA. En liquide ! Les premières années, les commerçants comme moi se sont frotté les mains. Et puis tout ça s’est tari. Aujourd’hui, c’est pire qu’avant.»

Les histoires de «compensations», réelles ou légendaires, se racontent encore pour rire et pour pleurer dans les cabarets de Doba. L’homme qui vida des casiers entiers de bière dans une baignoire pour prendre le bain de ses rêves, celui qui acheta une télévision à écran plat devenue une table de salon faute d’électricité dans le village, les clients qui posaient des billets de 10 000 francs CFA sur leurs verres pour en barrer l’accès aux mouches… «Ces paysans, qui n’avaient jamais eu d’autres revenus que le produit de leur récolte, n’ont pas su gérer, épargner ou investir, commente sèchement le chef de canton de Komé. Ils n’ont pas été accompagnés. Il y a eu un gaspillage terrible.»

Selon le dernier rapport de l’Initiative pour la transparence des industries extractives, portant sur l’année 2018, «les revenus [étatiques] générés par le secteur totalisent un montant de 676 millions USD [560 millions d’euros environ, ndlr]», soit «56,29% des revenus de l’Etat tchadien». Le contrat avec Esso (puis avec le groupe China National Petroleum Corporation, qui exploite un second gisement depuis 2009) prévoit que N’Djamena récupère 12,5% des recettes des exploitants – en nature, sous la forme de livraisons de pétrole brut. Une manne que les institutions internationales avait encadrée de nombreux garde-fous au tournant des années 2000.

La Banque mondiale, notamment, l’un des bailleurs du pipeline Tchad-Cameroun, qui écoule le pétrole de Doba vers la côte du golfe de Guinée, avait imposé des mécanismes de «bonne gouvernance pétrolière» aux autorités tchadiennes comme aux exploitants. «Ils ont tous sauté, raconte Mahamat Nour Ahmat Ibédou, défenseur des droits humains, célèbre pour ses nombreux séjours en prison. Le fonds réservé aux générations futures a été siphonné, celui dit “de stabilisation” [qui prévoyait que 80% des redevances soient affectées aux secteurs prioritaires du développement] a été dévoyé.» Quant à l’instance indépendante chargée d’examiner les circuits financiers liés aux hydrocarbures, le Collège de contrôle et de surveillance des revenus pétroliers, elle a été purement et simplement supprimée en 2018.

«Quartier Satan»

A Komé, un quartier entier est né du rêve pétrolier. Situé à quelques kilomètres du vieux village, cet agglomérat de baraques s’est greffé à l’entrée de la base d’Esso. Des paysans privés de terre, des aventuriers, des étrangers, s’y sont entassés, attirés par la promesse des retombées de la centrale. Une usine aussi gigantesque, la plus grande que le Tchad ait jamais connue, allait forcément embaucher, dépenser, ruisseler, pensaient-ils. On a baptisé l’endroit «Quartier attend». Mais les cadres comme les ingénieurs sont arrivés directement du Texas, voire du Nigeria voisin. Les habitants de Komé ne les croisent jamais, l’aéroport par lequel ils arrivent et ils repartent tous les mois, est situé à l’intérieur de la base. De toute façon, l’industrie des hydrocarbures requiert très peu de main-d’œuvre. Le pétrole de Doba est pompé de façon automatisée. Tout au plus quelques chanceux ont-ils été employés pour des tâches ménagères. La cité désœuvrée est maintenant surnommée «Quartier Satan». Avec plus de 12 000 habitants, elle a toutefois obtenu un statut de ville – réputée pour sa violence, sa prostitution et ses dérives alcoolisées.

En revanche, l’électricité n’est jamais arrivée jusqu’à Komé. Les quatre puissantes turbines d’Esso, qui alimentent l’usine et la base, narguent le reste de la province, l’une des plus peuplées et des plus pauvres du Tchad. Les lignes électriques raccordées aux centaines de puits de pétrole ne daignent pas descendre jusque dans les villages, plongés dans le noir à la nuit tombée. Là encore, les promesses de développement se sont peu à peu évanouies.

Pourtant, 5% des revenus du pétrole devaient être reversés à la région productrice. Le chiffre est même gravé dans la loi tchadienne. Un Comité de gestion a été mis en place à cet effet. Son vice-président, Iréné Mbaikoro, est un homme exténué. Il a passé la nuit précédant notre entrevue à «compiler les résultats» de l’élection présidentielle dans son bureau climatisé de Doba, le chef-lieu de la province. Iréné Mbaikoro est aussi le secrétaire local du Mouvement patriotique du salut, le parti au pouvoir depuis 1990. «Selon les prix du baril, la région reçoit entre 2 et 9 milliards de francs par an [entre 3 et 13 millions d’euros], explique-t-il. Mais on ne peut pas faire ce que l’on veut avec cet argent : on doit suivre le plan national de développement, qui identifie des secteurs prioritaires, comme la santé, l’éducation, l’accès à l’eau. Dans la pratique, le fonds peut aussi servir à construire les logements des autorités administratives…»

Lui-même en convient : l’argent du pétrole est rarement utilisé de façon optimale.«On est soumis à d’intenses pressions politiques. Pour les écoles, par exemple. On en construit dans des endroits absurdes, parfois pour satisfaire des requêtes individuelles, admet-il. Notre marge de manœuvre, en réalité, n’est pas énorme. Entre 2011 et 2017, on nous a imposé de faire des crédits à la population : on a distribué plus de 4 milliards de francs CFA [6 millions d’euros] ! La plupart n’ont pas été et ne seront jamais remboursés.»

Une «gestion caporalisée»

Esaie Mbaïtelsem Betel, coordinateur de l’Association tchadienne des acteurs du développement rural de Doba, a aussi été membre du Comité de gestion, en tant que représentant de la société civile. Dans la cour nue de son association, il a disposé quelques chaises en plastique pour discuter de cette «supercherie». «Des piles de projets étaient prêts, mais à l’époque, Déby a dit “non, distribuez des crédits aux gens, et construisez des abattoirs”, raconte-t-il en redressant sa casquette à carreaux. La gestion des 5% a été totalement caporalisée, c’est un vrai gâchis.»

L’homme politique et l’activiste se rejoignent surtout sur un constat : au lieu d’aider la région, l’argent du pétrole est venu se substituer aux fonds nationaux de développement. «Le caractère additionnel du fonds n’est pas respecté, répète Iréné Mbaikoro. Les ministres, les autorités, les députés… tout le monde se dit : à Doba, ils ont déjà les 5%. Résultat : la région est moins bien dotée financièrement que les autres, c’est un comble !»

A Komé, sur les bancs de l’église, dans les tavernes ou au marché, les revenus du pétrole sont souvent qualifiés d’«argent du diable». Celui qui brûle les doigts et qui «apporte le malheur», insiste le chef de canton. Assis sous un vénérable manguier, il a revêtu ce vendredi ses habits brodés, couleur safran, pour se rendre à des obsèques. Entouré de ses conseillers, il attend la moto qui doit passer le chercher pour le conduire à la cérémonie. Le bourdonnement de la radio meuble les silences. De temps en temps, des mangues mûres s’écrasent au sol. L’une tombe à quelques centimètres d’un bébé, surpris, qui s’arrête de pleurer. «Il est comme nous avec le pétrole, rit soudainement le chef, en pointant l’enfant avec sa canne. Esso nous est tombé du ciel. Sauf que notre mangue à nous était pourrie.»


[Brèves] Les autorités sanitaires américaines appellent à ne pas embrasser les poulets


Alors que de nombreux cas de salmonellose ont été diagnostiqués aux États-Unis, cette demande n’a pas manqué d’amuser la population.

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« Ne faites pas de bisous ni de câlins aux volailles de basse-cour, et ne mangez ni ne buvez près d’elles », ont demandé les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC). Photo d’illustration. © Sebastien JARRY / MAXPPP / PHOTOPQR/VOIX DU NORD/MAXPPP

C’est une demande qui a beaucoup fait sourire. Aux États-Unis, une recrudescence des cas de salmonellose a été identifiée. Face à ce constat, les autorités sanitaires ont imploré les Américains de ne plus embrasser leurs poules et autres volailles. « Ne faites pas de bisous ni de câlins aux volailles de basse-cour, et ne mangez ni ne buvez près d’elles », ont demandé les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC), principale agence fédérale de santé publique du pays, de manière très sérieuse.

Selon les Centres de contrôle et de prévention des maladies, une poussée du nombre de cas de salmonellose est en partie liée à ce comportement : 163 cas ont été enregistrés depuis mi-février, dont 34 hospitalisations. « Des entretiens avec les personnes malades ont montré que des contacts avec des volailles étaient probablement la source de l’épidémie », ont-ils ajouté.

Ces gestes à adopter après avoir touché une volaille

Même s’ils semblent propres, ces animaux, comme les poules ou les canards, peuvent transporter la salmonelle, une bactérie pouvant provoquer diarrhées, fièvre et vomissements, ont prévenu les Centres de contrôle et de prévention des maladies. Les autorités ont également recommandé de se laver scrupuleusement les mains après un contact avec une volaille, et de décourager les enfants de jouer avec elles. Généralement, les infections surviennent par l’ingestion d’œufs ou de produits laitiers contaminés. Des dizaines de millions de cas sont enregistrés chaque année, mais ils sont rarement mortels.




[Santé] Covid-19 : une prévention active, efficace et peu coûteuse est possible !



La pandémie de Covid-19 qui déferle sur le monde depuis maintenant un an et demi (les premiers patients Covid ont été identifiés, grâce à leurs anticorps à Sienne, en Italie, en octobre 2019) a déjà contaminé 165 millions de personnes et en a tué 3,5 millions, dont plus d’un million en Europe et 110 000 en France. Notre pays fait malheureusement parti des huit états de plus d’un million d’habitants dans le monde qui comptent plus de 100 000 victimes. Il est toutefois important de préciser, pour que cette comparaison morbide ait un sens, que, ramenée au nombre d’habitants, la France se situe, en matière de mortalité, au 24ème rang de ces pays de plus d’un million d’habitants et, au niveau européen, elle se classe au 13ème rang (en termes de décès pour 100 000 habitants), devant l’Allemagne, mais derrière la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Espagne et la Pologne.

En moins de six mois, 1,2 milliard de personnes ont déjà été vaccinées contre le Covid-19 dans le monde, soit environ 15 % de la population mondiale, mais les spécialistes estiment qu’il faudrait parvenir à vacciner au moins 70 % des habitants de la planète pour parvenir à l’immunité collective qui provoquerait l’extinction naturelle du coronavirus. Cela signifie qu’il faut encore, au bas mot vacciner 4,3 milliards de personnes pour atteindre ce seuil collectif d’immunité et il semble peu probable, en dépit des efforts sans précédent de production industrielle de tous les grands laboratoires mondiaux, et de la solidarité internationale en faveur des pays les plus pauvres, que l’on puisse parvenir à vacciner sept habitants de la planète sur dix avant la fin de l’année prochaine…

En France, plus de 20 millions de personnes ont déjà reçu au moins une dose de vaccin, soit un tiers de la population adulte, mais nous savons à présent qu’il faudra parvenir à vacciner au moins 40 millions de Français (75 % des adultes) pour parvenir à l’immunité collective. Un objectif qui semble être très difficile à atteindre mais pas irréaliste avant l’automne, si les inévitables contraintes de production, mais aussi, ne l’oublions pas, les réticences d’une partie (heureusement de moins en moins nombreuse) de la population, notamment parmi les plus jeunes, vis-à-vis de la vaccination, ne viennent contrarier la volonté d’une majorité de français.

Il est important de rappeler que les progrès majeurs intervenus dans la prise en charge des malades atteints des formes les plus graves de Covid-19 (diagnostic plus rapide, utilisation des corticoïdes, assistance respiratoire) ont permis, depuis le début de la pandémie, de faire passer la mortalité moyenne en réanimation de 60 % à 25 %, ce qui est absolument remarquable.

Sur le front des traitements, les avancées se succèdent, grâce à une mobilisation exceptionnelle de la communauté scientifique : deux traitements à base d’anticorps monoclonaux, la combinaison casirivimab/imdevimab du laboratoire Roche et bamlanivimab/etesevimab du laboratoire Lilly, viennent d’être autorisés en France. Ces anticorps monoclonaux sont conçus pour cibler spécifiquement la protéine S située à la surface du SARS-CoV-2, neutralisant ainsi la capacité du virus à se fixer et à pénétrer dans les cellules humaines. Ces nouveaux traitements, qui doivent être délivrés au début de la maladie, sont réservés à la prise en charge des personnes à haut risque d’évolution vers une forme grave de la COVID-19. Mais nous devrions également disposer, dans quelques mois, de premiers traitements à base d’anticorps polyclonaux (six sont en phase d’essais clinique dans le monde, dont celui de la société française Xenothera) qui devraient être plus efficaces que leurs homologues monoclonaux, notamment contre les nouveaux variants.

Parallèlement à ces traitements prometteurs par anticorps, plusieurs molécules anti-Covid pourraient arriver sur le marché dans les mois à venir, si les essais cliniques en cours s’avèrent concluants. C’est le cas du Baricitinib, une molécule qui inhibe des enzymes nommées Janus kinases (JAK 1 et JAK 2) qui contribuent au déclenchement de l’inflammation. Autre médicament prometteur, le molnupinavir, initialement indiqué contre la grippe, mais qui a fait ses preuves contre le Covid-19 lors d’essais de phase II. Il faut aussi évoquer le nitazoxanide, qui est en phase III d’essai et a réduit le taux d’hospitalisation de 79 % et le taux de progression vers une forme grave de 85 % chez les participants par rapport au groupe placebo.

Autre espoir sérieux, l’interféron bêta qui permet de réduire les risques de formes graves de Covid en cas d’infection et est actuellement testé sur 700 malades en France dans le cadre de l’essai clinique Coverage. Enfin, l’Institut Pasteur a annoncé le 13 avril dernier qu’il travaillait sur le clofoctol (Octofene), un antibiotique initialement utilisé dans le traitement d’infections des voies respiratoires et de la bouche, et dont l’effet anti-Covid a été mis en lumière, après le criblage de plusieurs milliers de molécules anciennes.

Si la Covid-19 a un taux de mortalité moyen (par rapport aux personnes infectées) qui est de l’ordre de 1 %, rappelons que ce virus, contrairement à ce qu’on a pu entendre ou lire sur certains médias, a un taux de mortalité parmi les patients hospitalisés qui est trois fois plus élevé que celui de la grippe saisonnière (Voir The Lancet) et laisse des séquelles (neurologiques, cardiaques, digestives)  pendant de longs mois chez les deux-tiers des patients.

Quant à la mortalité réelle de la Covid-19, elle est à présent estimée à 1 %, en moyenne, mais les travaux de l’Imperial College de Londres ont bien montré que le risque de mourir du virus doublait en fait tous les huit ans : il est de 0,1 % chez les moins de 40 ans, 2 % chez les plus de 60 ans, 5 % chez les plus de 80 ans et 11 % chez les personnes les plus âgées.

Aujourd’hui, grâce à la somme des connaissances que nous avons pu accumuler sur la nature et le mode de fonctionnement de ce virus, la plupart des scientifiques et épidémiologistes s’accordent sur le fait que le coronavirus ne va probablement pas disparaître prochainement, et risque de continuer à évoluer, et de devenir saisonnier, avec, nous l’espérons tous, une virulence qui ira en diminuant, grâce au gigantesque effort mondial en cours de développement et d’adaptation rapide des vaccins aux nouveaux variants, une prouesse rendue possible par l’efficacité et la souplesse extraordinaires de la technologie de l’ARN messager.

Mais nous aurions cependant tort de crier victoire trop vite, et de croire que les seuls vaccins, complétés par la nouvelle panoplie de traitements que j’ai évoqués, vont suffire à éradiquer rapidement cette pandémie mondiale, car ce virus est loin d’avoir livré tous ses secrets, notamment en ce concerne sa capacité à pouvoir muter et à échapper aux mécanismes de reconnaissance et de défense immunitaires, même lorsque nous avons été vaccinés…

C’est pourquoi un nombre grandissant de voix s’élèvent, au sein de la communauté scientifique, pour mettre l’accent sur la nécessité de déployer rapidement de nouveaux moyens et outils de prévention, dont nous savons à présent qu’ils sont appelés à jouer un rôle décisif dans la maîtrise de cette pandémie et le retour à une vie sociale, économique et culturelle à peu près normale, même si nous devrons probablement conserver pendant encore de longs mois des précautions de distanciation sociale et de gestes-barrière, comme le port du masque dans les espaces à forte densité d’occupation.

Evoquons d’abord le rôle protecteur de la vitamine B6 (pyridoxine), qui pourrait contribuer à prévenir les formes graves de COVID-19, et notamment la fameuse « tempête de cytokines ». La vitamine B6 pourrait également dissoudre les caillots sanguins fréquemment associés au décès par COVID-19, selon une récente étude de l’Université d’Hiroshima (Voir Frontiers in Nutrition). Selon ces chercheurs japonais, la vitamine B6 contribuerait à la fois à lutter contre les orages de cytokines, liés à une inflammation des cellules endothéliales, et contre les caillots sanguins qui peuvent endommager les organes vitaux comme le cœur, les poumons, le foie et les reins. « Qui aurait pensé qu’un petit composé basique comme la vitamine B6, présente dans la banane ou le poisson, pouvait être une clé de la réponse immunitaire contre le COVID-19 ? », soulignent les chercheurs dans leur étude…

Il y a quelques jours, une autre étude d’envergure, réalisée sur 49 000 participants, par des chercheurs du réputé Institut Karolinska en Suède, de la Harvard Medical School aux États-Unis et de l’Université Queen Mary de Londres, a montré qu’une dose quotidienne de vitamine D pouvait également réduire les risques d’infections respiratoires pour les personnes à risque (Voir The Lancet). Selon ces chercheurs, une supplémentation quotidienne de vitamine D pourrait réduire de 42 % le risque d’infection. https://www.thelancet.com/journals/landia/article/PIIS2213-8587(21)00051-6/fulltext

Autre étude récente à souligner, celle réalisée par des chercheurs israéliens de l’Université Bar-Ilan. Ces scientifiques ont voulu vérifier l’hypothèse que le traitement pré-infectieux avec une faible dose d’aspirine (75 mg) pourrait avoir un effet bénéfique sur la sensibilité au COVID-19 et sur la durée de la maladie. Ils ont analysé les données de 10.477 personnes testées positives pour COVID-19 lors de la première vague (février à juin 2020). Les résultats de cette étude sont sans appel : l’utilisation d’aspirine en prévention du développement de maladies cardiovasculaires chez des participants en bonne santé s’avère associée à un risque réduit de 29 % d’infection au COVID-19- par rapport aux non-utilisateurs d’aspirine ; en outre, la proportion de patients traités avec de l’aspirine est significativement plus faible parmi les participants COVID-19-positifs vs COVID-19-négatifs.

Il faut aussi évoquer une étude réalisée par des chercheurs de différentes universités d’Argentine (Rosario et Buenos Aires) qui a montré le pouvoir protecteur étonnant de l’Iota-carraghénane (I-C), un polysaccharide sulfaté trouvé dans certaines espèces d’algue rouge (Rhodophyceae, Chondrus crispus), connue pour sa forte concentration en antioxydants, en vitamines et en sels minéraux. Les carraghénanes ont une structure moléculaire qui permet de les utiliser facilement en biofilm ; ces derniers peuvent alors constituer une barrière physique très efficace sur la surface de la muqueuse nasale, qui est en mesure de bloquer la pénétration des agents pathogènes.

Cette famille de carraghénanes, utilisée sous forme de pulvérisations nasales, a déjà montré une activité antivirale in vitro contre différents types d’infections respiratoires par coronavirus, mais également contre l’herpès, l’hépatite A, le papillomavirus, et la grippe. Ces recherches ont pu montrer que l’I-C possédait une activité neutralisante sur le Covid-19 comparable à celle d’un sérum de patient ayant contracté la maladie qui a été observé in vitro. Une étude en double aveugle portant sur 394 travailleurs hospitaliers de 10 hôpitaux en Argentine, observés entre juillet et décembre 2020, a montré une réduction significative de l’incidence du COVID-19 dans le groupe ayant reçu le traitement préventif, par rapport groupe placebo (Voir MedRxiv). Cette étude estime que ce traitement à base d’I-C pourrait réduire de 80 % le risque de contracter la maladie.

Un autre axe majeur de prévention du Covid-19, jusqu’à présent largement sous-estimé, concerne le contrôle fin et permanent de la qualité de l’air et son corollaire, l’aération suffisante des locaux et espaces clos, combinée à la purification de l’air. Plusieurs études récentes ont en effet bien établi le rôle-clé de la transmission par les aérosols dans la propagation du Covid-19 et la contamination. C’est notamment le cas d’une étude intitulée « Le rôle des aérosols doit être redéfini dans la transmission du Covid-19 » et publiée le 14 avril dernier. Cette étude rappelle que les personnes infectées par le SRAS-CoV-2 produisent de nombreuses petites particules respiratoires chargées de virus en expirant. L’étude souligne que ces particules ont le pouvoir, dans un espace confiné, d’infecter d’autres personnes à plus de trois mètres de distance, même si celles-ci portent le masque (Voir The bmj).

L’étude réfute la distinction, artificielle à ses yeux, faite entre les « gouttelettes », c’est-à-dire les plus grosses particules, à courte portée, et les « aérosols », c’est-à-dire les plus petites particules, à longue portée, et rappelle que ces deux vecteurs sont bien des aérosols, dans la mesure où ils peuvent être inhalés directement à partir de l’air. Selon ces recherches, il est crucial de mettre davantage l’accent sur la ventilation, car les plus petites particules peuvent rester en suspension dans l’air pendant des heures, ce qui constitue une voie de transmission importante de la Covid-19.Cette étude souligne que, si la contribution de ces aérosols est sans doute faible dans les interactions courantes de courte durée et à distance d’un mètre, il n’en est pas du tout de même lorsqu’ils s’accumulent dans un espace confiné et insuffisamment ventilé, comme un salon ou un bureau. C’est ce qui expliquerait pourquoi de nombreux professionnels de santé ont été infectés malgré le port du masque. « Si nous admettons l’idée que quelqu’un dans un environnement intérieur puisse inhaler suffisamment de virus pour provoquer une infection à plus de 2 m de la source d’origine – même après le départ de la source d’origine – alors les mécanismes judicieusement implantés et réglés de renouvellement et d’aération de l’air prennent tout leur sens », précise l’étude, qui poursuit, « Toutes les tentatives à venir de réduire la propagation du Covid-19 devraient en priorité s’attaquer à la transmission aérienne du virus, qui est considérée comme sa principale voie de circulation », affirme cette étude.

Il est donc urgent de revoir nos stratégies de lutte contre l’épidémie en y intégrant un puissant volet concernant cette question du contrôle de la qualité de l’air et de l’aération des espaces fermés. Les conclusions de cette étude britannique rejoignent celle de chercheurs français du CNRS : Benoît Semin, physicien du laboratoire Physique et mécanique des milieux hétérogènes vient par exemple de montrer que l’utilisation d’un petit détecteur infrarouge, capable de mesurer le taux de dioxyde de carbone, ou CO2, dans l’air, permet d’obtenir un excellent indicateur de la ventilation d’une pièce. En effet, dans les espaces clos, la respiration des humains fait augmenter la concentration en CO2. Moins un espace est ventilé, plus cette concentration s’élève au-dessus des 400 parties par million (ppm) correspondant au taux de CO2 présent dans l’atmosphère.

Un autre chercheur, François Pétrélis, chercheur du Laboratoire de physique de l’École Normale Supérieure, a décidé de placer un détecteur de CO2 dans sa salle de cours. Ses étudiants ont constaté que cet outil indiquait souvent que la concentration en CO2 dépassait les 800 ppm, le seuil-limite défini par les autorités de santé. Ces observations ont débouché sur le « Projet CO2 », qui vise à promouvoir la généralisation du contrôle du niveau de CO2 dans les espaces fermés, ce qui permet de d’assurer une aération suffisante des locaux qui diminue sensiblement la propagation des aérosols potentiellement vecteurs de contamination au Covid-19 pendant plusieurs heures.

En juillet 2020, 239 scientifiques ont adressé une lettre ouverte à l’OMS lui demandant de prendre en compte ce risque et de reconnaître le rôle important de la ventilation, qui permet de disperser les aérosols et de réduire la charge virale. En mars 2021, l’OMS a publié ses nouvelles recommandations en matière de ventilation, reconnaissant officiellement que la transmission du SARS-CoV-2 se fait principalement par aérosols, ce qui renforce l’intérêt du port du masque.

Comme le souligne François Pétrélis, le taux de CO2 indique combien de fois l’air que l’on respire dans une pièce a été respiré auparavant. Le problème, c’est que la plupart des gens croient que leurs lieux de vie et de travail sont suffisamment aérés, même lorsque ce n’est pas le cas. » Or, pour réaliser un geste aussi simple que celui d’ouvrir les fenêtres, il faut pouvoir être informé en temps réel du niveau réel de ventilation.

Pour ces chercheurs du « Projet CO2 », il est indispensable que chaque établissement scolaire, et plus largement tous les lieux fermés accueillant du public, bureaux, services publics, salles de spectacle, soient en mesure de contrôler leur taux de CO2 à l’aide de détecteurs. Ces scientifiques font remarquer que le prix de ces dispositifs ne cesse de baisser et qu’on en trouve à présent à moins de 100 euros. Il s’agirait donc d’un investissement très rentable en matière sanitaire. En outre, à plus long terme, une meilleure ventilation permettrait de réduire les contaminations liées aux maladies respiratoires saisonnières, et de réduire les conséquences sanitaires d’une nouvelle pandémie transmise par aérosols.

Soulignons que, de manière complémentaire aux capteurs de CO2, il serait souhaitable d’équiper les bâtiments publics les plus fréquentés, à commencer par les établissements scolaires, de purificateurs d’air équipés de filtres hautes performances de type HEPA. Une récente étude réalisée par le laboratoire Virpath, codirigé par le Professeur Bruno Lina, a en effet montré que ce type d’appareil pouvait diminuer en 20 minutes la concentration de particules fines dans l’air, et supprimer finalement 99 % des particules virales en suspension dans l’air. L’efficacité de cette utilisation combinée des purificateurs d’air et des détecteurs de CO2 vient par ailleurs d’être confirmée par l’infectiologue à la Pitié Salpêtrière, Robert Sebbag, qui y voit un vrai moyen de lutte contre l’épidémie. Celui-ci préconise la généralisation de ces dispositifs dans les commerces, les bars et restaurants.

Enfin, il faut évoquer une dernière étude récente particulièrement intéressante, qui montre que l’activité physique est sans doute un facteur de risque modifiable le plus important pour prévenir les effets les plus graves de la COVID-19. Ce travail a montré que le taux d’hospitalisation, d’admission en soins intensifs et de décès par COVID-19, est significativement réduit chez les sujets suivant les recommandations d’activité physique de plus de 150 minutes par semaine par rapport aux sujets les moins actifs. Autre enseignement de cette étude, une activité physique, même modérée, permet déjà de réduire sensiblement les risques de faire une forme grave de Covid, ou d’en décéder (Voir NIH).

Pour essayer de mesurer l’effet protecteur d’une activité physique régulière avant infection par le SARS-CoV-2 sur l’évolution de la COVID-19, ces scientifiques ont travaillé sur une large base de données californienne concernant 48 440 patients adultes ayant eu un test PCR positif au COVID-19 entre le 1er janvier et le 21 octobre 2020 et disposant d’au moins 3 visites médicales ayant mesuré leur activité physique au cours des 2 ans ayant précédé le premier confinement. Ces patients ont été répartis dans trois cohortes, en fonction de leur niveau d’activité physique : régulièrement inactifs (moins de 10 minutes d’activité physique par semaine), modérément actifs (entre 11 à 149 minutes/semaine) et régulièrement actifs (au moins 150 minutes/semaine). Le taux d’hospitalisation, d’admission en soins intensifs et de décès, a ensuite été mesuré au sein de ces trois groupes, et l’association de ces paramètres en fonction du niveau d’activité physique a ensuite été évaluée.

Le moins que l’on puisse dire est que les résultats de cette étude sont édifiants : le groupe de patients régulièrement inactifs a en effet un risque d’hospitalisation multiplié par 2,26 par rapport au groupe suivant les recommandations d’activité physique. En matière de mortalité, le risque est multiplié par 2,49 chez les patients régulièrement inactifs et par 1,88 chez les modérément actifs, par rapport aux patients régulièrement actifs, qui font au moins 150 minutes d’exercice physique par semaine.

Cette étude montre, de manière saisissante, que l’augmentation du risque liée à l’inactivité physique est supérieure à celle liée au tabagisme et autres comorbidités associées à la sévérité de la COVID-19 (obésité, diabète, hypertension, maladies cardiovasculaires et cancer). Ces recherches établissent donc de manière solide que l’activité physique est bien le principal facteur modifiable pour réduire à la fois les risques de formes graves et de mortalité, liés à l’infection par la Covid-19.

En combinant et en généralisant de manière intelligente et personnalisée l’ensemble de ces nouveaux outils de prévention, dont l’efficacité est à présent bien établie scientifiquement, notre pays pourrait, pour un coût collectif tout à fait modeste, réduire considérablement les risques, pour nos concitoyens les plus fragiles, de développer une forme grave de Covid-19 (avec toutes les séquelles lourdes qui peuvent en résulter) et de décéder de cette maladie. En synergie avec la stratégie de vaccination massive en cours et le maintien de règles adaptées de distanciation et de protection, cette prévention active pourrait nous permettre, non seulement de sortir plus rapidement de la pandémie actuelle, mais également de limiter sensiblement les conséquences dévastatrices d’un éventuel retour du coronavirus, ou d’un autre agent pathogène inconnu, sous des formes mutées plus agressives et plus réfractaires aux vaccins.

Il faut souhaiter que le Gouvernement et les autorités de santé, avec le concours actif des collectivités locales, mettent en œuvre sans tarder cette politique globale et volontariste de prévention au long cours qui peut contribuer de manière décisive à la maîtrise durable de cette pandémie, qui n’est pas une fatalité et que nous pouvons vaincre, si nous savons exploiter toutes les connaissances nouvelles que nous avons accumulées sur ce virus, et savons faire preuve de lucidité, de pragmatisme, et de courage politique.

René TRÉGOUËT

Sénateur honoraire

Fondateur du Groupe de Prospective du Sénat

e-mail : tregouet@gmail.com




[Humour] Nouveau plongeoir à Concarneau par BB


L’union fait la force comme chacun le sait. Concarneau Cornouaille Agglomération est un groupement de neuf communes qui mettent en commun une partie de leur budget. Ainsi, par exemple, les habitants de Concarneau participent à la construction de la nouvelle médiathèque de Tourch, ceux de Saint-Yvi et d’Elliant aident le Musée de Pont-Aven, ceux de Melgven financent partiellement la piscine de Concarneau et ceux de Trégunc, la rénovation de la salle de sport de Rosporden … / Voici le nouveau plongeoir installé sur le quai de la rive droite du Moros à Concarneau. Doté de cinq marches en inox véritable et d’une double main courante permettant à ceux qui ont le vertige de se concentrer plus longtemps avant le grand saut, il réjouira les touristes attendus en nombre dans notre belle région, cet été. 


Précisions : 
1. La planche de saut était en option. Le budget annuel de la CCA n’autorise pas toutes les “folies” aussi, il ne faut pas hésiter à prendre de l’élan. 

2. Aux adolescents qui adorent l’ivresse des grands sauts ( Pieds en avant ), on rappellera qu’il ne faut pas plonger dans la flaque d’eau, mais dans le port en veillant à ce qu’aucun bateau ne soit amarré devant le plongeoir. Un bel été à tous !😷 ✋